Les Democratic Socialists of America (DSA) bousculent de plus en plus le partic démocrate et devrait jouer un rôle important dans les prochaines élections
Pour les républicains, ils constituent un épouvantail pratique, car ils peuvent l’affubler du qualificatif censé jouer un rôle naturel de repoussoir. Pour les démocrates, il constituait jusqu’à il a pu, un aiguillon poussant le parti vers la gauche. Mais aujourd’hui, après plusieurs victoires électorales significatives, il impose une certaine clarification du côté démocrate.
Le parti a été fondé lors de la disparition du Parti socialiste d’Amérique en 1973, dont une partie est devenue l’actuel Parti socialiste des États-Unis et une autre le Democratic Socialist Organizing Committee, devenu depuis 1982 les Democratic Socialists of America. Le nouveau parti fait campagne en faveur d’une loi pour le plein-emploi et s’engage dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.
Le DSA comptait environ 6 000 membres en 2015 et revendique aujourd’hui près de 105 000 adhérents, portés par les candidatures de Bernie Sanders lors des présidentielles de 2016 puis par la percée de figures comme Alexandria Ocasio-Cortez, élue représentante aux primaires de 2018, et surtout Zohran Mamdani, élu récemment maire de New York. Ses fédérations locales se sont fortement musclées : NYC-DSA reste la plus importante avec plus de 14 000 membres, devant DSA-LA qui dépasse les 5 000 adhérents, contre seulement 1 000 en 2018.
Les primaires démocrates de 2026 ont vu une série de victoires marquantes des progressistes donnant au parti une plus grande visibilité :
En juin, une liste soutenue par Mamdani avait battu trois démocrates traditionnels sortants lors des primaires new-yorkaises, et des candidats DSA ont également battu des démocrates établis dans le Colorado, à Washington DC et à Los Angeles.
Abdul El-Sayed a remporté la primaire démocrate au Sénat dans le Michigan, bien qu’il ne soit pas membre du DSA, ne se revendique pas socialiste et insiste sur sa capacité à rassembler un “grand parti” démocrate. Il a gagné contre son opposante malgré un rapport défavorable en matière de financement de 1 à 15.
Dans la foulée, Donavan McKinney a battu le représentant sortant de Detroit Shri Thanedar, avec le soutien actif de militants DSA venus de New York.
Un sondage de fin juillet montrait El-Sayed devançant son adversaire de 42 points chez les moins de 50 ans, et un sondage du Cato Institute indiquait que plus de 60% des 18-29 ans ont une opinion favorable du socialisme. L’analyse dominante est que c’est le message porté – plus que la personnalité des candidats – qui explique ces succès.
La progression du DSA crée des tensions au sein du parti démocrate et nourrit un débat stratégique majeur : certains démocrates ont accueilli ces nominations avec inquiétude. Alors que la reconquête de la Chambre et du Sénat semble à portée de main grâce à l’économie et à l’impopularité de Trump, des centristes craignent que des candidats trop marqués à gauche ne coûtent des sièges. D’ailleurs, Donald Trump s’est félicité lors de la victoire de Abdul El-Sayed se mettant en scène à ses côtés sous-entendant que l’un est américain et l’autre non ou un autre le qualifiant de jihadiste.



Certains politologues comparent la dynamique DSA à la prise de contrôle du Parti républicain par le mouvement MAGA une décennie plus tôt. Un signe des crispations : un candidat new-yorkais a dû retirer d’anciens messages en ligne faisant l’éloge du communisme et du marxisme pour tenter de limiter les dégâts.
Un rapport publié par la Brookings souligne que l’échantillon des candidats soutenus par des sections DSA n’est pas idéologiquement homogène : certaines fédérations locales soutiennent des progressistes classiques, voire des modérés. Et l’étiquette “socialiste démocrate” garde un attrait national limité selon le Pew Research, la dynamique restant concentrée dans des bastions déjà acquis aux démocrates (New York, Californie) plutôt que dans les circonscriptions disputées qui décideront du contrôle du Congrès. Pour la Brookings (un think tank plutôt orienté centriste), l’incursion du DSA sur la scène politique sera limitée (Democratic socialist candidates show gains but limited reach in 2026)
– Sur 282 candidats DSA recensés, le mouvement a remporté 123 primaires et en a perdu 110 (le reste étant en attente ou sans opposition), avec de fortes disparités : 63% de victoires au niveau des législatures d’État, mais seulement 30% au Congrès et 33% pour les postes à l’échelle d’un État.
– Seuls 10 candidats DSA l’ont emporté dans des circonscriptions cotées moins de D+10 (c’est-à-dire réellement disputées) sur le Cook Political Report, illustrant la concentration de leurs succès dans des bastions démocrates déjà acquis (111 des 168 candidats recensés à un stade venaient de Californie et New York).
Beaucoup de ces candidats – El-Sayed, McKinney, Melat Kiros dans le Colorado – se présentent dans des États ou circonscriptions très favorables aux démocrates, rendant leur victoire en novembre quasiment acquise. Le vrai test ne sera donc pas électoral en novembre, mais celui de leur poids réel une fois élu dans la définition de la ligne du Parti démocrate.
Dans sa constitution, le parti précise : « Nous sommes socialistes parce que nous partageons la vision d’un ordre social humain fondé sur le contrôle populaire des ressources et de la production, la planification économique, la distribution équitable, le féminisme, l’égalité raciale et les relations non oppressives. Nous sommes socialistes parce que nous développons une stratégie concrète pour réaliser cette vision, pour construire un mouvement majoritaire qui fera du socialisme démocratique une réalité en Amérique. Nous croyons qu’une telle stratégie doit reconnaître la structure de classe de la société américaine et que cette structure de classe signifie qu’il y a un conflit d’intérêts fondamental entre les secteurs ayant un pouvoir économique énorme et la grande majorité de la population »[12].
Cependant, différents courants idéologiques coexistent au sein des DSA (marxisme, antispécisme, socialisme libertaire…), bien que tous reposent sur les idées socialistes. Le Green New Deal est devenu le point central du programme du parti. Celui-ci comprend également l’instauration d’un salaire minimum à 15$/heure, un système de santé à payeur unique (« Medicare for All »), ou encore la gratuité des études supérieures. Les DSA encouragent leurs militants et sympathisants à s’engager sur le terrain syndical (Source : Wikipedia).