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Le gouvernement des milliardaires

“Government of the billionaires, by the billionaires, for the billionaires.” C’est de cette manière que pourrait caractérisée l’administration Trump en reprenant la formule d’Abraham Lincoln dans sa fameuse adresse de Gettysburg : « government of the people, by the people, for the people »

D’après le rapport « Trump’s Billionaire Boys Club » que vient de publier Public Citizen, il y a l’Amérique qui peine à joindre les deux bouts, avec un salaire annuel moyen de 64 505 dollars et un patrimoine médian des ménages plafonnant à 192 900 dollars. Et il y a l’Amérique qui dirige le pays depuis le sommet de l’État.

On se souvient de l’argument formulé quand Donald Trump s’est présenté à la présidence des Etats-Unis alors qu’il était milliardaire. Cette richesse était la garantie qu’il ne pourrait pas être corrompu. On connait la suite.

Le constat du rapport tient en une poignée de chiffres : Donald Trump a nommé au moins 57 personnes disposant d’un patrimoine déclaré pouvant atteindre 100 millions de dollars ou plus – dont huit milliardaires – pour diriger des agences fédérales ou représenter les États-Unis à l’étranger. Leur fortune cumulée oscille entre 13,9 et 34,8 milliards de dollars (une fourchette assez). À titre de comparaison, les administrations Bush et Biden ne comptaient chacune que cinq personnalités dans cette catégorie ; celle d’Obama, trois.

Le rapport s’attarde longuement sur le gouvernement Trump proprement dit. Sur les 23 membres du cabinet (hors président), huit affichent un patrimoine pouvant dépasser 100 millions de dollars, pour une fourchette totale estimée entre 3,5 et 7,1 milliards de dollars à eux seuls. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, ancien patron de Cantor Fitzgerald, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent, ex-gérant de hedge fund, côtoient au sein de ce cabinet doré des figures moins riches comme le secrétaire à la Défense Pete Hegseth (83 000 à 245 000 dollars) — recréant, au sein même de l’exécutif, l’écart de richesse que le rapport dénonce à l’échelle nationale.

Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Public Citizen relie systématiquement calendrier des dons de campagne et calendrier des nominations. L’ambassadeur au Royaume-Uni Warren Stephens a versé 4 millions de dollars au comité inaugural de Trump-Vance le jour même de sa nomination. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a donné près de 9 millions de dollars au super PAC MAGA Inc. dans les mois précédant sa nomination, puis 5 millions de dollars supplémentaires à un autre comité républicain, cinq semaines avant de témoigner devant le Congrès sur ses liens avec Jeffrey Epstein. La secrétaire à l’Éducation Linda McMahon a, quant à elle, injecté plus de 22 millions de dollars dans les caisses trumpistes. Au total, 30 des 57 ultra-fortunés identifiés ont versé plus de 65 millions de dollars aux comités affiliés à Trump entre 2022 et 2025.

Le rapport documente aussi ce qu’il appelle une tension béante entre intérêts privés et service public. Le vice-secrétaire à la Défense Stephen Feinberg, cofondateur du fonds d’investissement Cerberus Capital Management (environ 70 milliards de dollars d’actifs), a placé ses participations dans des trusts au bénéfice de ses enfants plutôt que de s’en séparer réellement- une pratique qui, selon Public Citizen, laisse subsister d’importants conflits alors même que des entreprises liées à Cerberus décrochent des contrats du Pentagone, notamment dans le cadre du programme antimissile Golden Dome. Chez Lutnick, ce sont ses deux fils qui ont pris les commandes de Cantor Fitzgerald, entreprise désormais partie prenante d’un accord gouvernemental avec USA Rare Earth — soulevant les mêmes questions. En fait, ils n’ont fait que prendre exemple sur leur maître. Trump préside, les fils récoltent.

Le cas le plus emblématique reste peut-être celui de Michael Boren, présenté dans la presse comme un « rancher milliardaire » de l’Idaho, un statut que Public Citizen relativise, ses actifs déclarés se situant plutôt entre 222 et 834 millions de dollars. Nommé sous-secrétaire à l’Agriculture chargé des ressources naturelles, il supervise aujourd’hui 30 000 employés du Service forestier américain et 193 millions d’acres de forêts et de prairies fédérales alors même qu’il a longtemps été en conflit ouvert avec ce même Service forestier, accusé d’avoir construit sans permis une piste d’atterrissage privée dans une zone protégée de l’Idaho.

Le rapport rappelle que l’Office of Government Ethics (OGE), créé après le Watergate pour prévenir précisément ce genre de dérives, a vu son directeur David Huitema limogé par Trump en février 2025, une première dans l’histoire de l’institution. Il souligne également les 21 000 transactions boursières effectuées par Trump lui-même ou ses conseillers en 2025 (contre 13 pour l’ensemble de la présidence Biden), ainsi que le lancement, le 1er août 2026, d’un accès payant anticipé aux publications les plus influentes de Truth Social – moyennant 100 000 dollars par mois – permettant aux fonds d’investissement de devancer le marché sur les annonces présidentielles.

Public Citizen s’appuie sur un sondage du Brennan Center for Justice, selon lequel 97 % des électeurs interrogés, tous bords confondus, considèrent que la corruption inclut le fait, pour des responsables publics, d’utiliser leur position à des fins personnelles, et 94 % qu’elle inclut la priorité donnée aux intérêts des milliardaires sur ceux du public. Le rapport ne mâche pas ses mots : il parle d’un « chemin vers l’oligarchie », où l’élite fortunée tient les rênes d’un appareil d’État censé servir l’ensemble des citoyens.

Lorsqu’on compare ce gouvernemet avec son équivalent français, on ne peut qu’être étonné dans le fossé qui les sépare. Le président français et ses ministres pourraient presque faire pitié. Selon les dernières déclarations de patrimoine publiées par la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) concernant le gouvernement Lecornu, mises en ligne le 20 avril 2026, c’est Serge Papin ministre délégué aux PME, au Commerce, à l’Artisanat, au Tourisme et au Pouvoir d’achat, qui arrive largement en tête avec un patrimoine net d’environ 8,4 à 8,5 millions d’euros, ancien PDG du groupement coopératif Système U. L’essentiel de sa fortune repose sur sa holding personnelle Finapa, valorisée à plus de 7,1 millions d’euros, à laquelle s’ajoute un appartement de plus de 200 m² en Charente-Maritime.

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