Le 3 novembre prochain, les démocrates remportent une large victoire avec un gain d’une trentaine de sièges leur donnant une confortable majorité. Un résultat d’autant plus remarquable que les républicains avaient pourtant pris toutes sortes de mesures pour orienter le résultat des élections en leur faveur. Le 3 janvier 2027, Mike Johnson, speaker républicain, refuse aux nouveaux élus démocrates de siéger au 120e congrès.
Ce scénario qui aurait été il y a quelques années, attribué à un paranoïaque prend plus de consistance avec le temps. Il a d’ailleurs été formulé par l’ex-juge Michael Luttig, conservateur assumé de longue date (The Final Battle for America’s Democracy).
Au cours des 18 mois qui ont suivi le jour de l’investiture, le président Donald Trump et son administration ont saisi un pouvoir sans précédent de l’exécutif pour mettre en œuvre des politiques extrémistes et impopulaires. Désormais, pour sécuriser ce pouvoir et échapper à la responsabilité, l’administration mène un effort inconstitutionnel pour subvertir la volonté des électeurs lors des élections de mi-mandat de novembre 2026.
Lors de sa campagne pour l’élection présidentielle, Kamala Harris avait mis la question de la démocratie au cœur de ses déclarations et affirmé que l’élection de Donald Trump pourrait constituer un danger. Beaucoup avaient balayé cet argument d’un revers de main indiquant que les garde-fous américains étaient solides et empêcheraient toute dérive autoritaire. La réalité nous montre bien le contraire.
Le Center for American Progress (CAP), à orientation progressiste, vient de publier un troisième rapport Bas du formulaire
vient de d’une série du documentant comment l’administration Trump a planifié puis construit une présidence impériale (The Trump Administration Is Interfering in the 2026 Midterm Elections To Entrench the Imperial Presidency). Ce rapport revisite des analyses antérieures, qui détaillaient les mesures prises par l’administration pour agréger le pouvoir, créer une présidence autoritaire et mettre en œuvre un agenda politique d’extrême droite.
Le rapport documente ensuite comment l’administration, à travers 15 tactiques imbriquées, travaille à subvertir les élections et à fabriquer des victoires lors des élections de mi-mandat — le tout au service de consolider le pouvoir sans précédent de l’administration. Ces tactiques incluent, sans s’y limiter, l’instrumentalisation des départements fédéraux contrôlés par des loyalistes, la mise en place d’obstacles pour que les Américains éligibles puissent s’inscrire et voter, déclencher une crise de découpage électoral au milieu de la décennie qui désavantage gravement les électeurs noirs et latinos, attaquer les administrateurs électoraux locaux et d’État et locaux, et s’exprimer publiquement sur le déploiement de troupes de la Garde nationale et d’agents fédéraux dans les bureaux de vote ou exiger que les responsables de l’État ne certifient pas les élections. Les enjeux sont majeurs : un président en exercice et son administration ont créé une crise quasi constitutionnelle impliquant les élections mêmes qui ont soutenu la démocratie américaine.
Le CAP s’appuie sur la grille d’analyse du « backsliding » démocratique développée par des politologues comme Steven Levitsky et Daniel Ziblatt : les régimes en dérive autoritaire passent par trois étapes :
– capture des institutions indépendantes,
– marginalisation des opposants,
– puis manipulation des règles électorales elles-mêmes
tout en conservant une façade formelle de démocratie.
Le rapport détaille 15 tactiques qu’il attribue à l’administration actuelle, parmi lesquelles :
1. Diffusion de désinformation sur la fraude électorale
2. Nomination de « négationnistes électoraux » à des postes clés
3. Démantèlement d’agences de sécurité électorale (EAC, CISA)
4. Collecte et instrumentalisation de données personnelles des électeurs
5. Décrets exécutifs restreignant l’accès au vote
6. Pression sur le Congrès pour le SAVE Act
7. Restrictions du vote par correspondance
8. Attaques contre les machines de vote
9. Redécoupage électoral (gerrymandering) en cours de décennie
10. Intimidation des administrateurs électoraux via DOJ/DHS
11. Saisies de matériel électoral
12. Menace de déploiement militaire
13. Menace de déploiement d’agents fédéraux aux bureaux de vote
14. Possibilité d’une déclaration d’urgence nationale pour reporter/annuler l’élection
15. Contestation de la certification des résultats ou du droit de siéger des élus
Le rapport rappelle que la Constitution ne donne aucune autorité au président sur l’organisation des élections (ce pouvoir relevant des États et du Congrès), et que ces tactiques, prises ensemble, constituent une tentative de « verrouiller » le résultat électoral plutôt que de convaincre l’électorat.
Le rapport lui-même reconnaît explicitement que « plusieurs des scénarios les plus graves (usage militaire, déclaration d’urgence nationale, refus de certification) restent hypothétiques ou n’ont pas encore été mis à exécution ». Ils sont présentés comme des « menaces », des « signaux » ou des projets de décret « qui pourraient » être appliqués, et non comme des faits accomplis. Le rapport distingue lui-même les tactiques déjà exécutées (licenciements, décrets, saisies, redécoupage) de celles qui demeurent au stade de la menace ou du brouillon (décret d’urgence nationale « ayant fuité », propos de Steve Bannon sur l’ICE aux bureaux de vote, etc.).
Le pire n’est jamais sur, dit-on couramment. Mais la formule ne semble pas s’appliquer à la présidence actuelle.