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Généalogie du Trumpisme et de l’ultra-right

Un très intéressant échange entre Robert Reich et Heather Cox Richardson. Le premier à la fois praticien (il a occupé des postes importants dans différentes administrations, en particulier ministre du Travail dans l’administration Clinton), mais aussi professeur de sciences politiques et d’économie à l’université de Berkeley) et la seconde avec une perspective d’historienne, spécialiste du 19e siècle, notamment de la période dite du Gilded Age à laquelle Donald Trump se réfère souvent, et championne toutes catégories de la blogosphère.

Une première idée majeure avancée par Robert Reich est que la situation actuelle, personnifiée par les excès et les ignominies du président, est en fait le résultat d’un long processus qui a démarré dans les années 70.

Alors que les démocrates dominaient largement la politique et poursuivaient l’œuvre de Franklin Roosevelt selon laquelle le gouvernement doit être un acteur important de la vie politique et sociale, un avocat, Lewis Powell publie un mémo intitulé Attack on the American Free Entreprise System adressé à la Chambre de Commerce dans lequel il appelle les grandes entreprises à reprendre le pouvoir.

Reagan, Newt Gingrich, George W. Bush, le Tea Party et enfin Trump ont conduit l’évolution qui a accouché de la situation actuelle. Avec des changements stratégiques majeurs impulsés par le dernier maillon : le libre-échange a laissé place au protectionniste et aux droits de douane (comme outil de politique économique, mais surtout de menace et de vengeance), l’immigration n’est plus une chance, mais un poids et un danger, la religion doit être remise aux centres du village, et le gouvernement redevient central sur la base de facteurs personnels et non de l’intérêt général. Et une pratique du pouvoir autoritaire et un non-respect des normes.

Selon Robert Reich, le parti démocrate, fort de contrôler le pouvoir depuis l’ère FDR (les républicains n’ont pas remis en cause le liberal consensus) a voulu singé le parti républicain et faire alliance avec les grandes entreprises en devenant des corporate democrats. L’argent s’est immiscé dans les rouages du parti démocrate et en a changé la nature..

Pour Robert Reich, la désindustrialisation, qui a commencé à la fin des années 1970 et a créé une vague de ressentiment des classes populaires, n’est pas seulement la conséquence de l’offshoring et l’automatisation, mais aussi et surtout de décisions politiques majeures.

La montée en puissance des services a correspondu au développement du travail féminin. Les républicains ont alors conjugué deux mouvements : les entreprises sont en train de perdre le pouvoir face aux politiques, aux syndicats et aux mouvements sociaux, les hommes sont en train de perdre le pouvoir face aux femmes.

La concomitance de ces deux tendances a abouti à l’émergence du virilisme et de l’hypermasculinité que l’on connaît actuellement chez les Tech Bros. Une des conséquences a été que les hommes des classes populaires blanches ont déserté le parti démocrate et se sont réfugiés chez les républicains sur la base du ressentiment et de la guerre culturelle lancée et alimentée par ces derniers. Dans le même temps, les démocrates délaissaient les questions économiques et sociales pour embrasser les questions sociétales.

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