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Midterms J-58 : Le cas du Canada peut-il peser sur les midterms ?

A deux mois des midterms, la décision d’instaurer des droits de douane sur des produits importés du Canada n’a pas beaucoup de sens d’un point de vue économique, mais aussi politique, car globalement les Américains, démocrates comme républicains, expriment des sentiments plutôt amicaux vis-à-vis de leur voisin du Nord.

Depuis le milieu des années 1980, les relations commerciales entre les États-Unis et le Canada constituent l’un des piliers majeurs de l’économie mondiale. Structuré par des accords bilatéraux et multilatéraux ambitieux, ce partenariat stratégique a traversé plusieurs mutations industrielles, crises économiques et réorientations politiques majeures. L’analyse de ces flux de marchandises révèle une constante remarquable : l’existence d’un déficit commercial structurel et quasi permanent pour les États-Unis vis-à-vis de leur voisin du Nord.

L’histoire contemporaine de ce commerce transfrontalier s’articule autour de trois grandes étapes institutionnelles. L’Accord de libre-échange bilatéral de 1989 a d’abord posé les bases de la suppression progressive des tarifs douaniers. Il a été suivi par l’Accord de libre-échange nord-américain, l’ALÉNA (NAFTA), entré en vigueur en 1994 sous la présidence de Bill Clinton. Ce traité tripartite intégrant le Mexique a accéléré l’intégration des chaînes de valeur, particulièrement dans l’automobile et l’énergie, faisant passer les échanges totaux de 242 milliards de dollars à plus de 611 milliards en 2018. Enfin, l’ACEUM (USMCA), instauré en 2020 sous le premier mandat de Donald Trump, a modernisé ce cadre en renforçant les exigences de contenu régional.

L’empreinte des administrations américaines successives témoigne de l’essor ininterrompu de ces échanges, mais aussi de l’installation durable du déséquilibre commercial. Sous Ronald Reagan et George H. W. Bush, le déficit américain s’était temporairement résorbé, mais la mise en place de l’ALÉNA sous Bill Clinton a définitivement ancré la tendance déficitaire de Washington. Durant les mandats de George W. Bush, le déficit a atteint des sommets, frôlant les 78 milliards de dollars en 2008. Après une phase de réajustement sous Barack Obama et les turbulences politiques et sanitaires du premier mandat de Donald Trump, les échanges ont atteint sous Joe Biden un record historique proche de 797 milliards de dollars en 2022, maintenant un solde négatif significatif pour l’économie américaine.

Ce déficit commercial américain s’explique par plusieurs réalités économiques et industrielles. Le premier facteur concerne le secteur de l’énergie et la chimie du pétrole. Bien que les États-Unis soient devenus autosuffisants en volume grâce au pétrole de schiste, leur production est un pétrole léger et doux. Or, la majorité des raffineries américaines du Midwest et de la côte du Golfe du Mexique ont été construites pour traiter du pétrole lourd et bitumineux, précisément la variété produite en abondance dans les sables bitumineux de l’Alberta au Canada. Il est donc indispensable et géographiquement beaucoup plus rentable pour les États-Unis d’importer ce pétrole lourd canadien par pipeline direct et d’exporter leur propre pétrole léger. Ce qui explique aussi l’envolée des prix du pétrole aux États-Unis, car celui-ci est arrimé au prix du marché mondial.

Le deuxième facteur réside dans l’intégration étroite d’industrie de transformation et de l’industrie automobile (véhicules, de machines-outils et d’équipements industriels…). Dans le secteur automobile, la frontière est devenue virtuelle et les pièces détachées comme les moteurs, les composants électroniques ou les châssis traversent la frontière entre cinq et sept fois au cours du processus d’assemblage. Or, les pièces américaines expédiées au Canada ont une faible valeur unitaire comptable, tandis que les véhicules finis assemblés dans les usines canadiennes d’Ontario qui repartent vers les concessionnaires américains ont une valeur marchande très élevée. Les douanes enregistrent ainsi l’importation de produits finis très coûteux venus du Canada, ce qui creuse artificiellement le déficit commercial officiel des États-Unis.

Cette réalité économique se heurte à la vision politique simpliste de Donald Trump. Le président américain réduit en effet le déficit commercial à une équivalence arithmétique élémentaire, affirmant que le solde négatif prouve que le Canada « profite » des États-Unis et subventionne son économie à leurs dépens. Pour corriger ce qu’il perçoit comme une injustice, Donald Trump a de nouveau déclenché une guerre commerciale en imposant de lourds droits de douane unilatéraux de 50 % sur l’acier, l’aluminium, les produits laitiers et l’automobile canadienne.

Face à ces attaques tarifaires, le Premier ministre Mark Carney, a choisi la fermeté (contrairement à ses homologues européens) en orchestrant une riposte ciblée dollar pour dollar. Ottawa a instauré des droits de douane de rétorsion de 15 % à 50 % sur environ 20 milliards de dollars de marchandises américaines, en choisissant avec une précision chirurgicale des produits fabriqués dans des États clés dominés par les républicains. Les taxes canadiennes touchent ainsi de plein fouet les appareils électroménagers du Wisconsin, les produits de la mer et les homards du Maine, le papier et la pâte à papier de Géorgie, les tracteurs et équipements agricoles de l’Iowa et du Nebraska, ainsi que l’acier et les machines de la ceinture industrielle de l’Ohio et de l’Indiana. Cette stratégie de rétorsion vise à faire porter le coût économique des décisions de la Maison-Blanche directement sur la base électorale conservatrice et fait déjà réagir plusieurs figures politiques du Parti républicain. Inquiète pour les pêcheurs de son État frappés par la surtaxe canadienne sur le homard, la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a publiquement qualifié la politique tarifaire de Donald Trump d’erreur stratégique. De même, dans le Midwest agricole et industriel, de nombreux représentants républicains avertissent que leurs agriculteurs et leurs industriels sont en train de perdre définitivement le marché canadien au profit de concurrents étrangers tout en subissant le renchérissement des intrants comme la potasse ou les pièces automobiles canadiennes. En fragilisant les économies locales dans des régions clés, la riposte canadienne insufflée par Mark Carney pourrait peser lourdement sur la campagne républicaine lors des prochaines élections de mi-mandat et forcer Washington à revoir sa position.

Réactions de certains élus républicains

Susan Collins (Sénatrice républicaine du Maine) : Suite à la surtaxe canadienne sur le homard américain, elle a publiquement qualifié la stratégie tarifaire de la Maison-Blanche de « faute économique » (a mistake), avertissant qu’elle mettait en péril des milliers d’emplois de pêcheurs dans son État.

Randi Becker et représentants agricoles du Midwest (Iowa, Nebraska, Wisconsin) : Des élus républicains du Midwest représentant les circonscriptions rurales ont averti que les fermiers américains perdaient leur premier marché d’exportation (le Canada) au profit d’autres pays et ont demandé des exemptions d’urgence ou l’annulation des taxes de la Maison-Blanche sur les produits agroalimentaires et les engrais (comme la potasse canadienne).

Les élus de la Rust Belt (Michigan, Ohio) : Plusieurs représentants républicains issus de zones automobiles ont exprimé leurs vives inquiétudes face aux risques de fermetures d’usines d’assemblage d’ingénieurs et d’ouvriers américains si les pièces détachées canadiennes continuaient d’être lourdement taxées à la frontière.

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