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Midterms J-51 : Le bœuf va-t-il peser ?  

La question du prix de la viande de bœuf est devenue un sujet politique important aux États-Unis. Elle oppose plusieurs intérêts : les éleveurs américains, qui cherchent à obtenir un prix rémunérateur pour leur bétail, les consommateurs, confrontés à une viande de plus en plus chère, et les grandes entreprises de transformation et de distribution, qui occupent une position d’oligopoles

Le marché de la viande est marqué par un forte concentration : quatre grandes entreprises de transformation, les fameux meat packers, contrôlent environ 85 % du marché. Une concentration qui limite fortement la concurrence pour l’achat du bétail aux éleveurs.

Cette situation fragilise progressivement les ranchers américains. Lorsque les prix du bétail remontent, les éleveurs devraient pouvoir normalement augmenter leurs troupeaux. Le problème est que les grands transformateurs parviennent ensuite à faire baisser les prix au moment où les animaux arrivent sur le marché. Les éleveurs ont donc progressivement réduit leurs troupeaux et certains ont cessé leur activité. Le cheptel américain serait ainsi tombé à un niveau historiquement bas.

Il existe donc un paradoxe : les éleveurs ont longtemps eu des prix trop faibles, tandis que les consommateurs paient aujourd’hui leur viande de plus en plus cher. On ne demande pas qui s’engraisse au passage ?

La diminution du cheptel américain a fini par provoquer une raréfaction de l’offre. Moins de bétail signifie moins de viande disponible, ce qui contribue à faire monter les prix. Au moment où les éleveurs commençaient enfin à bénéficier de prix plus favorables, l’administration Trump a décidé de faciliter l’importation massive de viande étrangère.

Le gouvernement a notamment annoncé l’importation de 300 000 tonnes de morceaux de bœuf maigres, destinées à être mélangées à des morceaux plus gras pour fabriquer du bœuf haché. Ceux que l’on mange dans les hamburgers. L’objectif affiché était notamment de faire baisser les prix pour les consommateurs avant les élections de mi-mandat.

Mais l’importation de viande moins chère ne garantit pas nécessairement une baisse des prix en supermarché, ce que l’on observe actuellement, la viande de bœuf est actuellement chère. Le secteur de la distribution est lui aussi très concentré, et l’administration avait demandé à plusieurs grands distributeurs, dont Walmart, de s’expliquer sur les prix de la viande.

Pour faire baisser les prix, les États-Unis se tournent davantage vers les importations, notamment en provenance d’Argentine, du Brésil et d’Australie. Sauf que tous ces pays producteurs ne sont pas soumis aux mêmes exigences sanitaires.

La Chine aurait bloqué des importations de bœuf argentin en raison de la présence de chloramphénicol, un antibiotique interdit dans de nombreux pays. L’Union européenne aurait également refusé du bœuf brésilien pour des raisons liées à la sécurité alimentaire et à l’utilisation des antibiotiques.

La question est particulièrement sensible pour le bœuf haché : les parures provenant de nombreux animaux peuvent être mélangées, ce qui augmente les possibilités de contamination croisée. Par ailleurs, ces importations ne sont pas nécessairement identifiables par le consommateur comme de la viande étrangère une fois mélangées à de la viande américaine.

L’enjeu n’est donc pas seulement économique. Il est aussi celui de la confiance dans la sécurité alimentaire et de la capacité du gouvernement à garantir des normes communes à tous les producteurs.

Une situation qui fait penser à la crise des subprimes et les produits financiers titrisés, notamment les MBS (Mortgage-Backed Securities) et, à un niveau plus complexe, les CDO (Collateralized Debt Obligations). Des banques accordaient des milliers de crédits immobiliers à des particuliers. Elles regroupaient ces crédits dans de gros « paquets ».

Ces paquets étaient transformés en titres financiers : les MBS. L’investisseur achetait donc, indirectement, une part des remboursements de milliers d’emprunteurs. Ces titres pouvaient ensuite être reconditionnés et mélangés à d’autres dettes pour créer des CDO. Les titres étaient revendus à d’autres banques, fonds, assureurs, investisseurs, etc., parfois plusieurs fois. Le problème était que, plus on avançait dans la chaîne, plus il devenait difficile de savoir précisément ce qu’il y avait à l’intérieur : quels crédits immobiliers, quels emprunteurs, quelle proportion de prêts risqués (subprimes), etc. On a vu le résultat.

La dimension politique de l’affaire est renforcée par le rôle de JBS, géant mondial de la viande, très présent notamment au Brésil et en Australie. On se rappelle que les dirigeants de JBS ont été impliqués dans des affaires de corruption au Brésil et que les frères Batista ont reconnu avoir versé des pots-de-vin à des responsables politiques.

Le point le plus polémique concerne une rencontre entre **Joesley Batista, cofondateur de JBS, et Donald Trump**, le 20 août. Le lendemain, Trump annonçait le projet d’importation de 300 000 tonnes de bœuf maigre. Une filiale de JBS, Pilgrim’s Pride, avait versé 5 millions de dollars pour l’investiture de Trump.

Cela alimente des soupçons d’influence indue (un euphémisme pour dire corruption) : la proximité temporelle entre la rencontre et la décision, ainsi que les contributions financières de JBS, laisse à penser que l’entreprise a pu bénéficier d’un accès privilégié au président.

La question de la viande peut devenir politiquement délicate pour Donald Trump et le Parti républicain, car elle oppose deux électorats importants.

Premier électorat : les ranchers.

Les éleveurs de bétail constituent traditionnellement une clientèle électorale très favorable à Donald Trump et au Parti républicain. Or ils sont particulièrement mécontents de l’arrivée massive de viande étrangère au moment où la diminution du cheptel leur permettait enfin de vendre leur bétail à de meilleurs prix.

Pour tenter de les rassurer, Donald Trump a annoncé différentes mesures concernant notamment l’étiquetage de l’origine, les prédateurs, la concurrence entre transformateurs et la possibilité pour les éleveurs de transformer eux-mêmes leur viande. Mais les réactions des ranchers sont partagées : certains approuvent, d’autres attendent de voir les résultats, tandis que certains jugent ces mesures insuffisantes. 

Deuxième électorat : les consommateurs.

Pour de nombreux Américains, le problème est plus simple : le bœuf coûte cher. Cela s’inscrit dans une situation générale liée à l’affordability (nouveau mot pour la vie chère). L’administration Trump cherche donc à montrer qu’elle agit sur les prix en autorisant davantage d’importations. L’objectif est particulièrement important à l’approche des midterms, car le prix des produits alimentaires a un impact direct sur le pouvoir d’achat et peut influencer le vote.

Le problème politique est que ces deux objectifs peuvent entrer en contradiction : favoriser les importations peut contribuer à satisfaire les consommateurs à court terme, mais affaiblir encore les éleveurs américains à long terme.

La crise du bœuf révèle donc un problème beaucoup plus large que celui du prix d’un hamburger. Elle met en évidence les conséquences possibles de la concentration économique : quelques grandes entreprises contrôlent une part considérable de la transformation de la viande, tandis que les petits et moyens éleveurs ont de moins en moins de poids dans la chaîne alimentaire.

Donald Trump se trouve ainsi face à un dilemme politique : S’il protège les ranchers en limitant la concurrence étrangère, il risque de maintenir des prix élevés pour les consommateurs. S’il facilite les importations pour faire baisser les prix, il risque de fragiliser davantage les éleveurs américains.

À cela s’ajoutent les questions de sécurité alimentaire et de confiance, ainsi que les soupçons de conflits d’intérêts autour de JBS et de sa proximité avec Donald Trump.

À l’approche des élections de mi-mandat, la question est donc particulièrement sensible : Donald Trump doit simultanément conserver le soutien des ranchers, électorat traditionnellement républicain, et convaincre les consommateurs qu’il est capable de faire baisser le prix de la viande. La difficulté est que les intérêts de ces deux groupes ne coïncident pas.

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