Pas étonnant lorsque l’on se souvient que le maître à penser de Donald Trump est Roy Cohn, l’avocat de McCarthy.
Il y a le coût de la vie et l’inflation (le nouveau mot est affordability). L’inflation reste perçue par les Américains comme le problème le plus important pour le pays, sept sur dix la considérant comme un très grand problème, même si les Républicains sont désormais beaucoup moins nombreux à considérer l’inflation comme un très grand problème qu’il y a un an.
Il y a aussi le coût des soins de santé. Environ sept adultes sur dix se disent très préoccupés par le coût des soins de santé, un sujet de préoccupation transpartisan.
Les déficits budgétaires fédéraux s’accumule et la dette frôle les 40 000 milliards de dollars.
La criminalité violente et les violences par armes à feu restent préoccupantes. Ces deux enjeux restent parmi les principales préoccupations exprimées, autour de la moitié des sondés les jugeant très préoccupants.
La polarisation politique est au plus haut et le fonctionnement du gouvernement au plus bas. La capacité des Républicains et des Démocrates à travailler ensemble, ainsi que le poids de l’argent en politique, sont perçus comme de très grands problèmes par l’ensemble du spectre politique.
L’écart entre les plus riches et le reste de la population continue de se creuser, ce qui intensifie les tensions sociales et freine la mobilité économique, sur fond de salaires stagnants et de coût de la vie en hausse.
Malgré les progrès des dernières décennies, les communautés marginalisées, notamment les Afro-Américains, les populations autochtones et d’autres personnes de couleur, continuent de faire face à des discriminations systémiques.
Malgré tous ces problèmes qui sont bien réels, Donald Trump préfère alerter ses compatriotes sur un danger qui serait encore plus important : le communisme. Cela alors que seulement 5 pays dans le monde sont recensés comme pays communistes contre 25 au plus fort de la guerre froide. Mais, qu’à cela ne tienne, cela n’empêche pas Donald Trump de pointer sur ce danger imminent. La démarche de détourner l’attention est grossière, le procédé est connu. Va-t-il fonctionner cette fois ?
Faute de pouvoir défendre son bilan, Donald Trump ressort une vieille recette de la politique américaine : inventer un ennemi intérieur. Cette fois, il s’appelle « le communisme ». Une rhétorique qui dépasse largement le simple slogan de campagne et qui pourrait préparer l’opinion à des mesures d’exception.
Il fut un temps où Donald Trump dénonçait les immigrés, la fraude électorale ou le « deep state ». Désormais, le nouvel ennemi est le « communisme ». Le mot est partout dans ses discours. À Mount Rushmore, lors des célébrations du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, il a présenté le pays comme menacé par une résurgence communiste, alimentée selon lui par la gauche américaine, les médias, les universités et même les nouveaux immigrés.
L’accusation peut sembler anachronique. Elle ne l’est pas. Elle constitue le cœur d’une stratégie politique soigneusement élaborée depuis plusieurs années dans l’entourage intellectuel du président.
Dans sa newsletter Letter to an Amarican, Heather Cox Richardson souligne combien cette logique rappelle les mécanismes classiques des régimes autoritaires, qui commencent toujours par transformer leurs opposants politiques en ennemis existentiels avant de justifier des mesures d’exception.
Cette construction idéologique trouve aujourd’hui sa traduction politique.Donald Trump affirme que la Chine aurait infiltré les élections américaines de 2020, que des millions de non-citoyens figureraient illégalement sur les listes électorales et que les médias participeraient à une vaste opération de dissimulation.
Or, les documents publiés par sa propre administration ne corroborent pas ces accusations. Plusieurs affirmations ont été démenties par les vérifications factuelles ou contredites par les services de renseignement eux-mêmes.
Mais l’exactitude importe moins que la fonction politique du récit. Si les États-Unis sont réellement victimes d’une offensive communiste, alors des mesures extraordinaires deviennent acceptables : durcissement du contrôle électoral, pressions sur les États, poursuites contre les responsables locaux, voire recours à des pouvoirs d’urgence au nom de la sécurité nationale.
Steve Bannon ne cache d’ailleurs pas cette logique. Selon lui, cette menace constituerait le « fondement » permettant au président de déclarer un état d’urgence et d’étendre considérablement ses pouvoirs. La menace extérieure est un mécanisme qui fonctionne toujours.
Pour Robert Reich, l’ancien secrétaire au travail de Bill Clinton, cette offensive idéologique s’explique d’abord par la faiblesse politique de Donald Trump. L’économie ne lui offre pas d’argument convaincant. L’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat. Sa politique commerciale produit peu de résultats. La guerre contre l’Iran et les tensions internationales n’ont pas renforcé son image. Même sa politique d’immigration suscite désormais davantage de critiques que d’adhésion.
Que reste-t-il ? Le plus vieux ressort de la politique américaine : accuser ses adversaires d’être des communistes.
L’histoire américaine offre un précédent célèbre : le maccarthysme des années 1950. À l’époque, Joseph McCarthy voyait des agents soviétiques partout. Les accusations suffisaient à détruire des carrières. Les preuves devenaient secondaires. La peur faisait le reste.
Robert Reich rappelle un détail particulièrement révélateur : Roy Cohn, le principal conseiller de McCarthy, deviendra quelques années plus tard le mentor politique et juridique du jeune Donald Trump. Une filiation qui éclaire bien des méthodes.
Le paradoxe est que le mot « communisme » ne provoque plus aujourd’hui la même peur qu’au temps de la guerre froide. Les jeunes générations américaines se préoccupent davantage du coût du logement, de l’endettement étudiant, de l’accès aux soins ou des inégalités économiques que d’une hypothétique révolution marxiste. Les nouvelles figures du Parti démocrate défendent essentiellement des politiques sociales proches de celles pratiquées dans de nombreuses démocraties européennes.
Plus préoccupant encore est l’effet de cette rhétorique sur les institutions. En présentant systématiquement l’opposition comme une menace existentielle, en assimilant toute contestation à une forme de subversion communiste et en suggérant que les élections ne sont fiables que lorsqu’il les remporte, Donald Trump contribue à délégitimer les mécanismes mêmes de la démocratie américaine.
Un calcul qui pourra être utile en novembre prochain.