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L’étoile pâlissante des États-Unis

Corruption, liberté de la presse, démocratie, état de droit et confiance dans les institutions… On peut exprimer quelque sceptiscisme sur les institutions qui publient des indicateurs et classent les pays en fonction de différents critères, mais lorsqu’ils sont uninames en montrant un recul, on est en droit de se poser des questions.

Car sur tous ces fronts, les États-Unis ont perdu du terrain ces dernières années. Particulièrement depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2017. Depuis cette date, les États-Unis ont connu un recul visible dans plusieurs grands classements internationaux mesurant la qualité démocratique, la corruption perçue, la liberté de la presse ou encore l’État de droit.

Il faut évidemment nuancer : certaines tendances précèdent Trump (polarisation politique, influence de l’argent privé, crise institutionnelle), et certains indicateurs se sont temporairement stabilisés sous l’administration Biden. Mais la plupart des organismes internationaux constatent une dégradation durable depuis la fin des années 2010 pour laquelle Donald Trump a été un facteur aggravant ou d’accélération.

1. Corruption perçue : recul continu dans l’indice de Transparency International

Le cas le plus emblématique est celui du classement de Transparency International

Transparency International parle désormais explicitement de « democratic backsliding » (“recul démocratique”) concernant les États-Unis. (Transparency International). En 2025, a régressé à la 29e place avec un score de 64, ce qui les places derrière les Emirats Arabes Unis, l’Uruguay ou encore le Bhoutan.

L’organisation attribue notamment cette dégradation aux conflits d’intérêts dans la sphère politique, aux attaques contre l’indépendance judiciaire, à l’affaiblissement des garde-fous éthiques, à la politisation des institutions et aux soupçons de corruption liés au financement politique.

Ce qui frappe surtout est la trajectoire : les États-Unis étaient historiquement vus comme un modèle institutionnel relativement stable ; ils sont désormais décrits comme un pays « en déclin » sur les standards de gouvernance. ()

Évolution du score américain (Corruption Perceptions Index)

AnnéeScore /100Tendance
2016~74Situation encore comparable aux grandes démocraties occidentales
202067Forte baisse durant le premier mandat Trump
202369Léger redressement sous Biden
202465Nouvelle chute
202564Plus mauvais niveau depuis une décennie

2. Démocratie : les États-Unis rétrogradés en « démocratie imparfaite »

L’Economist Intelligence Unit (The Economist Group) a rétrogradé les États-Unis dès 2016 du statut de « full democracy » à celui de « flawed democracy » (“démocratie imparfaite”). En 2025, les États-Unis étaient au 34e rang. Dans d’autres milieux, on parlerait de démocratie illibérale façon Hongrie. D’ailleurs, Victor Orban a été un modèle pour Donald Trump. Il a même envoyé son vice-président le soutenir lors des dernières élections. Ce qui n’a pas été suffisant. Une position assez surprenante. Comment expliquer en effet que les États-Unis qui aiment à se présenter comme la plus ancienne démocratie du monde prenne pour modèle la Hongrie.

Répartition mondiale des régimes politiques

Type de régimeNombre de paysPart de la population mondiale
Démocraties pleines266,6 %
Démocraties imparfaites4838,4 %
Régimes hybrides3215,7 %
Régimes autoritaires6139,2 %

(The Economist Group)

Cette dégradation s’est maintenue pendant toute la période Trump et au-delà. Les causes évoquées sont la perte de confiance dans les élections (Sur ce point, Donald Trump est un élément décisif qui essaie toujours, 6 ans après, de réécrire l’histoire et de présenter les élections de 2020 comme faussées), la polarisation extrême, la violence politique (la lecture de son fil Truth Social est éclairante) et les pressions exercées sur les institutions.

L’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 a aggravé cette perception internationale. Dans les classements récents, les États-Unis se retrouvent derrière plusieurs démocraties européennes ou asiatiques autrefois considérées comme moins stables politiquement.

Top 10 mondial des démocraties en 2025

Rang 2025PaysCatégorie
1NorwayDémocratie pleine
2New ZealandDémocratie pleine
3DenmarkDémocratie pleine
4IcelandDémocratie pleine
5FinlandDémocratie pleine
6SwedenDémocratie pleine
7IrelandDémocratie pleine
8SwitzerlandDémocratie pleine
9=CanadaDémocratie pleine
9=LuxembourgDémocratie pleine

(The Economist Group)

3. Liberté de la presse : dégradation marquée

Reporters Without Borders (Reporters sans frontières) constate un recul significatif des États-Unis sur ce point.

Sous Donald Trump, les attaques verbales contre les médias (“enemy of the people”) ont profondément marqué l’image internationale des États-Unis. Depuis 2024-2025, RSF évoque même une « pression systématique » contre certains médias et journalistes. Les manœuvres actuelles par le biais de regroupement des médias y participent largement. Le cas de CBS, désormais sous la coupe de Paramount, est exemplaire. La prochaine cible est assez clairement CNN. Dans la presse papier, les propriétaires de grands journaux comme le Washington Post ou le Los Angeles Times ont fait allégeance au régime. D

Les États-Unis ont chuté dans le classement mondial de la liberté de la presse. Historiquement dans le top 20, ils sont désormais relégués bien plus bas (64e pour le classement 2026) et classés dans la catégorie des pays « problématiques » pour les journalistes.

Les critiques portent sur les attaques politiques contre les médias, les procédures judiciaires contre des journalistes, les pressions économiques et politiques.

4. Freedom House : érosion démocratique intérieure

Freedom House continue de classer les États-Unis comme un pays « libre », mais avec une baisse progressive de sa note globale. Le score des États-Unis est aujourd’hui de 81/100, sur l’indicateur Global Freedom contre des niveaux plus élevés auparavant (lire le rapport sur les États-Unis).

Freedom House mentionne la montée de l’extrémisme politique, les contestations électorales de plus en plus présentes (par le président lui-même quand lui ou ses affidés perdent), les tensions autour des droits civiques et les dysfonctionnements institutionnels. Certes, selon ce classement, les États-Unis restent une démocratie solide comparée à des régimes autoritaires, mais ne sont plus considérés comme un modèle incontesté.

5. État de droit et confiance institutionnelle

Selon le World Justice Project Rule of Law Index qui mesure le niveau de l’état de droit, les États-Unis sont classés au 27e rang en recul par rapport aux années précédentes. Les causes sont multiples : baisse de confiance dans l’impartialité des institutions ; critiques sur la Cour suprême ; perception accrue d’une justice politisée ; tensions entre exécutif et institutions indépendantes.

Des éditorialistes américains parlent désormais ouvertement d’un risque de « corruption systémique » ou de « démocrature électorale ».

6. Le V-Dem Institute et la démocratie

Le V-Dem Institute (Université de Göteborg) est devenu l’un des centres de référence mondiaux sur la qualité démocratique. Leur dernier rapport (DEMOCRACY REPORT 2026

Unraveling The Democratic Era?) est particulièrement sévère envers les États-Unis après l’attaque contre le Capitole du 6 janvier 2021, les attaques contre les médias, la contestation du résultat des élections et les tentatives de pression sur les administrations électorales.

Il met l’accent sur l“Autocratization in the USA”

Principales conclusions sur les États-Unis

– Under Trump’s presidency democracy in the USA has fallen back to the same level as in 1965. Yet the situation is fundamentally different than during the Civil Rights era.

– President Trump’s second term can be summarized as a rapid and aggressive concentration of powers in the presidency.

– The speed with which American democracy is currently dismantled is unprecedented in modern history.

– Legislative Constraints – the worst affected aspect of democracy – is losing one-third of its value in 2025 and reaching its lowest point in over 100 years.

– Civil Rights & Equality before the Law, and Freedom of Expression & Media are now at their lowest levels in 60 years.

– Electoral components of democracy, however, remain stable – for now.

Les États-Unis ont été cités comme exemple de “democratic erosion” voire d’“autocratization tendencies”. Le rapport compare certaines dynamiques américaines à celles observées en Hongrie, en Turquie, en Inde ou au Brésil (du temps de Bolsonaro).

7. Le Fragile States Index et les États fragiles

Le Fund for Peace publie le Fragile States Index. Les États-Unis restent évidemment très loin d’un État fragile au sens classique, mais la cohésion sociale, la violence politique, la polarisation, la défiance envers les institutions et la fragmentation informationnelle se sont fortement détériorées. Ils ne figurent pas en très bonne position aux côtés d’Oman, la Hongrie ou la Croatie, l’Argentine.

Les États-Unis ont vu leur score se dégrader de façon continue depuis la fin des années 2010, donc bien avant que Donald Trump arrive à la Maison-Blanche. Mais il n’a pas été un facteur d’amélioration.

8. La paix et l’Institute for Economics and Peace

Le Institute for Economics and Peace publie le Global Peace Index. Selon le dernier rapport, les États-Unis ont reculé sur les violences politiques, les tensions civiles, les homicides (on sait que le taux d’homicide des États-Unis est l’un des plus élevés au monde tout comme les tueries de masse), l’extrémisme intérieur et les risques de troubles internes.

Le pays reste très bas par rapport aux démocraties occidentales comparables, il se situe au 128e rang sur 163 pays étudiés.

9. Le Cato Institute et le Fraser Institute et les libertés

Le Cato Institute (très conservateur) et le Fraser Institute publient le Human Freedom Index.

Selon le dernier rapport, les États-Unis sont assez loin dans le classement en raison des mises en cause des libertés civiles, de la liberté d’expression, de la protection de la vie privée et de la confiance dans les institutions. A noter que les États-Unis ont gagné quelques places pendant l’administration Biden.

10. L’Alliance of Democracies Percepton et la perception de la démocratie

L’Alliance of Democracies Foundation mesure l’indice de perception mondiale des démocraties (Democracy Perception Index).

Depuis que Donald Trump occupe la Maison-Blanche, l’image internationale des États-Unis s’est fortement dégradée, la confiance mondiale dans le leadership américain a chuté. Les États-Unis sont devenus plus clivants que plusieurs puissances européennes.

La période 2017-2021 constitue un véritable point de rupture dans les enquêtes d’opinion mondiales.

11. Le Social Progress Imperative et le progrès social

Le Social Progress Imperative (payant) donne des indications dans le domaine de la santé, de la sécurité, de l’accès aux droits, de l’inclusion et de la qualité de vie.

Le Social Progress Imperative a été créé pour mesurer ce que le PIB ne mesure pas : la qualité réelle de vie des populations et la capacité d’une société à répondre aux besoins humains fondamentaux.

Pour résumer, les États-Unis figurent en queue de peloton des grandes démocraties. Ils sont moins bien classés que la plupart des pays nordiques, de nombreuses démocraties européennes et même certains pays asiatiques développés. Le SPI indique que les États-Unis excellent dans la création de richesse, mais beaucoup moins dans sa transformation en bien-être collectif.

12. Les classements universitaires

Dans les divers classements, les universités américaines restent encore assez largement au-dessus du lot. Toutefois, ils pointent une baisse de l’attractivité internationale, des inquiétudes sur la liberté académique, des tensions politiques sur les campus, des coupes dans certaines recherches et des restrictions migratoires ayant affecté les talents étrangers. Il est à noter qu’il ne s’agit pas ici des États-Unis dans leur globalité, mais d’institutions indépendantes.

L’Academic Freedom Index évalue l’autonomie des universités, la liberté de recherche et les pressions politiques sur les campus. Concernant les États-Unis, il note que les États-Unis ont connu une baisse récente liée aux conflits idéologiques, aux lois sur les programmes universités (réécriture de l’histoire, orientation des sciences sociales…), des pressions politiques sur les universités.

13. Les États-Unis et le bonheur

La poursuite du bonheur est le troisième pilier de la Déclaration d’indépendance avec le droit à la vie et la liberté.

Selon le World Happiness Report de 2025, les États-Unis sont classés au 23e rang derrière l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis. Sur ce point, il convient de rester modeste puisque la France est au 35e rang.

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