Le site d’investigation Popular Information révèle que l’administration Trump s’apprête à supprimer plusieurs règles originellement destinées à mieux protéger les éleveurs de volailles américains face aux grands groupes de transformation (poultry processors). L’information, discrètement enfouie dans la dernière édition du “Unified Agenda of Federal Regulatory and Deregulatory Actions”, n’a fait l’objet d’aucune annonce officielle. Pourtant, elle marque un changement important de politique.
Selon le média, l’USDA (U.S. Department of Agriculture) envisage notamment d’abroger les obligations de transparence imposées aux industriels sur les revenus des éleveurs, leurs antécédents judiciaires et leurs pratiques contractuelles. Une autre règle, qui devait limiter les effets du très controversé *tournament system* en garantissant une rémunération minimale aux producteurs, serait également abandonnée avant même son entrée en vigueur (Massive giveaway to Trump donors buried in obscure government document).
Le secteur concerné est loin d’être marginal. Les États-Unis constituent le premier marché mondial de la transformation de la volaille, avec un chiffre d’affaires annuel estimé entre 75 et 90 milliards de dollars. Six entreprises – Tyson Foods, Pilgrim’s Pride, Wayne-Sanderson Farms, Perdue Farms, Koch Foods et Mountaire Farms – contrôlent plus de la moitié de la production nationale. Leur modèle repose sur une intégration verticale très poussée : elles fournissent les poussins, l’alimentation, les médicaments et les débouchés commerciaux, tandis que les fermiers financent les bâtiments, assurent le travail quotidien et supportent une large partie des risques économiques.
Cette organisation crée un rapport de force très déséquilibré. Les éleveurs ne vendent pas leurs poulets sur un marché libre : ils sont rémunérés selon un système de classement (tournament system) qui compare leurs performances à celles d’autres exploitations. Or les principaux paramètres de cette performance – qualité des poussins ou de l’alimentation – sont eux-mêmes contrôlés par les industriels. Les organisations de producteurs dénoncent depuis des années un système opaque qui laisse peu de marge de négociation à des exploitants souvent très endettés après avoir investi des centaines de milliers de dollars dans des bâtiments répondant aux exigences des intégrateurs.
C’est précisément ce déséquilibre que l’administration Joe Biden avait tenté de corriger par des règles renforçant la transparence et limitant certaines pratiques contractuelles. Leur remise en cause constitue donc une victoire importante pour les grands transformateurs, dont plusieurs figurent parmi les généreux soutiens financiers du Parti républicain et de Donald Trump. Popular Information rappelle notamment que Pilgrim’s Pride a versé 5 millions de dollars pour l’investiture présidentielle de 2025, tandis que le propriétaire de Mountaire Farms a consacré des dizaines de millions de dollars au financement des campagnes républicaines au cours de la dernière décennie.
Cette évolution met en lumière un contraste politique. Donald Trump continue de se présenter comme le défenseur de la working class et de l’Amérique rurale. Dans ce dossier comme dans bien d’autres, les décisions de son administration favorisent avant tout les grands groupes agroalimentaires au détriment des exploitations familiales auxquelles il affirme vouloir rendre leur pouvoir de négociation. L’écart entre le discours populiste et les choix réglementaires apparaît ici particulièrement net.