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Midterms J-9 : Pour J.D. Vance, la fin justifie les moyens

On connaît bien la formule qui, posée sous la forme d’une question, constituerait un sujet à l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Le Vice-Président des États-Unis y a répondu en expliquant sans hésiter par l’affirmative pour remporter une élection, quels que soient le moyens, aussi vils et bas soient-ils.

Petit retour en arrière.

Il y a des déclarations qui en disent long, moins par ce qu’elles affirment que par ce qu’elles refusent de voir. Celle du vice-président J.D. Vance, « dégoûté » non pas par la publicité controversée de Vivek Ramaswamy, mais par les républicains qui osent la critiquer, appartient à cette catégorie.

La publicité en question met en scène la mère d’Amy Acton, adversaire démocrate de Ramaswamy dans la course au gouvernorat de l’Ohio, accusant sa propre fille d’être une « menteuse » et d’« avoir besoin d’aide ». Ce que la publicité omet soigneusement de mentionner, c’est que la mère est restée mariée à l’homme qui a abusé sexuellement d’Amy Acton dans son enfance, et que la jeune fille lui a été retirée à l’âge de 12 ans. Le frère d’Acton a d’ailleurs publié une contre-vidéo pour rétablir cette vérité que l’annonce éditorialisait à des fins politiques.

Vivek Ramaswami est une rédiciviste des attaques de caniveau

Face à cela, on aurait pu attendre d’un vice-président des États-Unis qu’il marque d’une phrase la distance qui sépare la stratégie de campagne de la décence élémentaire. Mais n’était-ce pas trp exigeant ? J.D. Vance se dit « dégoûté » non par la vidéo mais par les élus de son propre parti qui s’en émeuvent et se disent choqués par cette annonce. La hiérarchie des indignations est inversée : ce qui devrait choquer — instrumentaliser la mère d’une victime d’abus sexuels pour la dépeindre comme une menteuse — ne « pose pas de problème » à celui qui sera peut-être candidat à la présidence des États-Unis en 2028 ; Ce qui le révolte, c’est qu’on ose le trouver choquant.

La phrase clé de ce renversement mérite d’être citée : « Que la publicité soit appropriée ou non n’est pas vraiment ce qui me préoccupe. » Voilà le vice-président des États-Unis qui déclare que la question de la décence ou la justesse d’une attaque aussi brutale est secondaire. Ce qui le préoccupe, c’est de savoir « qui va gouverner la prochaine génération du gouvernement américain », qui va gagner la course au Sénat, qui va gagner celle du gouvernorat. La fin, la victoire électorale, justifie les moyens, n’importe lesquels. CQFD.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une déclinaison politique, et assumée devant les caméras, de la maxime machiavélienne. Vance ne dit rien d’autre : peu importe que l’annonce soit cruelle, trompeuse par omission, qu’elle exploite une blessure d’enfance ; ce qui importe, c’est de « gagner la course dans 13 jours ». « La politique est un métier difficile », ajoute-t-il, comme si la dureté du métier pouvait couvrir une exploitation scénarisée d’un traumatisme. La difficulté devient une dispense. Le cynisme habillé en vertu.  

Mais ce dégoût républicain, que Vance accuse de « pleurnicher » plutôt que de se battre, mérite d’être remarqué : il vient de son propre camp. Des républicains et des démocrates ont condamné l’annonce et demandé à Ramaswamy, qui a reconnu qu’elle venait bien de sa campagne, de faire machine arrière. Le vice-président ne discute pas le fond de leur critique ; il ne dit pas : « vous avez tort, cette annonce est acceptable ». Il dit, en substance : « taisez-vous, on a une élection à gagner. » Quand la loyauté partisane devient le seul critère du bien, il ne reste plus beaucoup de place pour le reste. C’est ici que la boussole est perdue : non pas qu’elle pointe dans la mauvaise direction, mais qu’elle ne pointe plus du tout.

La fausse symétrie, ensuite. « Je suis un petit peu dégoûté quand je vois des républicains qui se plaignent davantage de cette publicité que de ce que les démocrates veulent faire aux États-Unis », explique Vance. Voilà le mécanisme complet : il s’agit de mettre en balance une attaque « en dessous de la ceinture » à une candidate et une prétendue « catastrophe » nationale. C’est, très exactement, le cas d’école : dévaloriser la morale au présent — une publicité, « pas vraiment ma préoccupation », en surenchérissant sur le péril au futur. Le procédé est simple : rendons l’adversaire si effrayant que tout ce qui s’oppose à lui devient légitime. Le vice-président ne dit pas que l’annonce est acceptable ; il dit qu’elle est hors sujet, qu’elle n’est « pas vraiment » la question.

Où en sont arrivés les États-Unis ? Au point où le second personnage de l’État, investi de la continuité institutionnelle et non d’une simple course locale, considère que la décence est un luxe dont on peut s’accommoder à treize jours d’une élection, et que ceux qui s’en offusquent dans son propre camp sont des pleurnichards. La boussole de Vance ne se contente pas de pointer vers le victoire : elle a abandonné le nord pour un autre repère — le seul qui compte désormais, le gain électoral. Le jour où la question « est-ce approprié ? » n’est « pas vraiment » une préoccupation d’un vice-président, ce n’est plus une publicité qui pose problème ; c’est l’étalon moral de toute une vie politique qui a glissé.

A une dizaine de jours du scrutin, Amy Acton devance son adversaire républicain et semblerait en passe de l’emporter. Mais ce n’est pas parce qu’on est aux abois que tout est permis. En fait, Vivek Ramaswamy n’est pas content parce que Amy Acton n’a pas jugé utile de débattre avec lui. Il voulait être président, il ne sera même pas sénateur.

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October 16, 2026
Bowling Green State University/YouGov published results from a poll they had conducted of 1,000 likely voters, showing Acton winning 50% of the vote and Ramaswamy 44%. The margin of error was ± 4.0.
(Source : Ballotpedia)

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