En 2024, ils avaient apporté un soutien important qui avait sans doute permis à Donald Trump d’être élu. Deux ans après, à l’occasion des midterms, leur vote sera un élément important de la poussée démocrate, plus par effet repoussoir de Donald Trump que par adhésion massive aux idées dés démocrates.
Le rapport publié le 16 octobre par le Pew Research Center dresse un tableau sans ambiguïté : Donald Trump, qui avait pourtant séduit une part historique de l’électorat hispanique en 2024, est devenu pour celui-ci un véritable repoussoir. Deux ans après son retour à la Maison Blanche, le président ne recueille plus que 24 % d’opinions favorables auprès des électeurs latino inscrits, contre 38 % au début de son second mandat. L’effritement est encore plus spectaculaire au sein de son propre électorat : parmi les Hispaniques qui avaient voté pour lui en 2024, 57 % approuvent encore son action, soit une chute de 36 points depuis février 2025.

Cette défiance se traduit d’abord par une politisation inédite du vote. Pour 55 % des électeurs hispaniques, le vote pour le Congrès s’apparente à un vote *contre* Trump, alors qu’ils ne sont que 14 % à le vivre comme un soutien au président. Le contraste avec 2022 est saisissant : à l’époque, Joe Biden n’était « pas vraiment un facteur » de motivation de leur vote pour la moitié d’entre eux. Aujourd’hui, le rejet de l’administration en place s’explique autant par le ressenti économique que par la politique migratoire. Sept électeurs hispaniques sur dix estiment que les politiques de l’administration nuisent à leur communauté, six sur dix jugent que leur situation s’est dégradée en un an, et 62 % trouvent que le gouvernement va trop loin en matière d’expulsions. L’économie, premier enjeu du scrutin pour 86 % d’entre eux, s’est fortement dégradée dans leur regard : ils ne sont plus que 19 % à juger les conditions économiques bonnes, tandis que l’inquiétude sur le prix de l’essence a bondi de 48 % à 80 % depuis janvier.

Le résultat, dans les urnes, est net : les candidats démocrates à la Chambre des représentants mènent 51 % contre 24 % parmi les électeurs hispaniques inscrits. Plus significatif encore, un tiers des Hispaniques ayant voté Trump en 2024 ne soutient plus le candidat républicain de leur district, preuve que le ralliement de 2024 relevait du vote pour une personne plus que d’une fidélité durable au Parti républicain. Les sympathisants démocrates latinos, enfin, se mobilisent bien davantage qu’en 2022 : 53 % se disent « extrêmement motivés » contre 41 % il y a quatre ans, ce qui laisse présager une participation élevée.
Ce basculement pourrait se révéler décisif, au Texas notamment. La voie vers la majorité à la Chambre passe par des districts à forte population hispanique, en Arizona, au Colorado et au Texas, où les démocrates espèrent récupérer les électeurs déçus de Trump. Dans cet État, où les Latinos représentent près d’un tiers de l’électorat éligible et 45 % des jeunes électeurs potentiels, les républicains avaient redécoupé la carte électorale en misant sur la fidélité de cet électorat — un pari qui risque de se retourner contre eux. Un sondage réalisé pour le Cook Political Report donne ainsi aux candidats démocrates texans une avance de deux contre un parmi les électeurs hispaniques probables, et la course au Sénat dans l’État est devenue beaucoup plus disputée que prévu.

Il faut toutefois nuancer ce tableau : ce mouvement relève davantage d’un vote anti-Trump que d’une adhésion aux démocrates. Seuls 42 % des partisans démocrates hispaniques estiment que ce parti « se soucie de gens comme eux ».
La vraie question du 3 novembre ne sera donc pas celle des intentions de vote, largement connues, mais celle de la participation : si l’énergie constatée côté démocrate se transforme en bulletins, le vote hispanique pourrait bel et bien faire basculer le Congrès. Le risque pour les démocrates est, qu’à nouveau, il considère le votes des hispaniques comme acquis et allant de soi.
