Aller au contenu Skip to footer

Trahison autour du diesel

Méchant avec le faible, gentil avec le fort, telle peut être définie de manière triviale et presque enfantine la politique de Donald Trump vis-à-vis de l’Ukraine et la Russie. Finalement, le mot trahison n’est pas adapté dans la mesure où cette annonce ne doit surprendre personne et ne fait que prolonger ce que l’on observe depuis de longs mois.

Le prix du diesel a dépassé le seuil des 6 dollars, accélérant l’insatisfaction de nombres d’Américains qui en dépendent largement. Ce qui est très problématique à quelques jours des élections de mi-mandat. Que faire ? Tout simplement en nouant une accord commercial avec la Russie pour approvisionner les Etats-Unis. Au total, près de 5 millions de tonnes de diesel dans les prochains, donnant une bouffée d’air à l’économie russe.

À trois semaines des élections de mi-mandat, Donald Trump vient de franchir un nouveau cap dans son rapprochement avec Vladimir Poutine, au détriment de l’Ukraine. Comme le soulignent Anne Applebaum dans le magazine The Atlantic et Jonathan Lemire et Simon Shuster dans The New York Times, les dernières décisions du président américain ne relèvent pas seulement d’une diplomatie favorable à Moscou : elles contribuent directement à affaiblir Kyiv et à soutenir l’économie russe.

Et il va permettre de pousser le message que, grâce aux gentils Trump et Poutine, le prix du diesel de baisser, qu’il baisse ou non d’ailleurs.

Cet infâme accord va donc peut-être pousser Donald Trump a demander aux Ukrainiens d’arrêter de bombarder les raffineries russes qui vont désormais travailler pour les Américains.

Après un nouvel entretien téléphonique de 90 minutes avec Poutine, Trump a annoncé la levée des sanctions sur les importations de diesel russe, en contradiction avec la législation qu’il avait lui-même signée quelques semaines auparavant. Cette décision offre de nouvelles recettes à Moscou, alors que les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes commençaient à fragiliser son approvisionnement énergétique. Son impact sur les prix américains du carburant pourrait, en revanche, rester limité.

Dans le même temps, Trump accentue la pression sur Volodymyr Zelensky. Il exige que l’Ukraine cesse de frapper les raffineries russes, menace de suspendre les ventes d’armes et envisage de priver Kyiv du renseignement américain. Il réclame même le départ du président ukrainien, présenté comme un obstacle à la paix. En revanche, il ne formule aucune exigence comparable à l’égard de Poutine, dont les forces continuent de bombarder les villes et les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

L’épisode du prétendu cessez-le-feu sur les infrastructures énergétiques illustre ce déséquilibre. Trump a annoncé un accord entre Moscou et Kyiv sans avoir préalablement obtenu l’aval des Ukrainiens ni des Russes. Quelques heures plus tard, la Russie bombardait une centrale électrique à Kharkiv. Zelensky avait pourtant proposé une suspension réciproque des attaques contre les installations énergétiques. Trump a refusé de considérer comme équivalentes les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes et les bombardements russes contre les infrastructures ukrainiennes.

Les motivations du président américain sont évidemment liées à la politique intérieure. L’envolée des prix du carburant, aggravée par la guerre en Iran déclenchée par Washington, menace les chances républicaines aux élections de mi-mandat. En faisant porter une grande partie de la responsabilité sur l’Ukraine tout en présentant l’importation de diesel russe comme une réponse à la crise, Trump peut tenter de détourner les critiques de ses propres décisions. Mais cette explication ne suffit pas à rendre compte de son alignement persistant sur les positions du Kremlin.

Les intérêts économiques pourraient également jouer un rôle. Les négociations menées par ses émissaires, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont notamment évoqué d’importants accords commerciaux susceptibles d’être conclus avec la Russie après la guerre : gazoducs Nord Stream, exploitation de ressources minières dans l’Arctique, actifs russes gelés en Europe et opérations autour des biens de la compagnie pétrolière Lukoil. Selon des informations rapportées par la presse américaine, un consortium susceptible de reprendre des actifs de Lukoil comprendrait des partenaires moyen-orientaux des négociateurs de Trump, ainsi que des proches de leurs familles.  

Cette séquence s’inscrit dans une histoire plus longue. Depuis son voyage à Moscou en 1987, Trump manifeste une préférence durable pour la Russie et une défiance envers les alliances américaines traditionnelles. Lors de son premier mandat, il avait notamment refusé, à Helsinki en 2018, de soutenir publiquement les conclusions des services de renseignement américains sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016, préférant afficher sa confiance envers Poutine. Plus récemment, il s’est abstenu de tenir le dirigeant russe pour responsable de son soutien à l’Iran, alors que les services américains ont révélé que Moscou avait transmis à Téhéran des informations permettant de cibler des forces américaines.

Trump contribue aujourd’hui à réhabiliter Poutine sur la scène internationale. Après l’avoir accueilli en Alaska en 2025, il l’a invité au sommet du G20 prévu en décembre, organisé sur un parcours de golf en Floride lui appartenant. Si Poutine accepte, il s’agira de sa première participation à un sommet multilatéral dans un pays occidental depuis l’invasion de l’Ukraine. Cette invitation intervient alors que le dirigeant russe reste visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre présumés.

Au fond, le paradoxe est saisissant : Trump prétend vouloir mettre fin à la guerre, mais ses décisions récentes affaiblissent celui qui la subit et renforcent celui qui la mène. Il exige des concessions de Kyiv sans imposer de contreparties à Moscou, apporte une bouffée d’oxygène à l’économie russe et maintient ouvertes les perspectives d’accords commerciaux avec le régime de Poutine. Qu’il s’agisse d’une affinité personnelle ancienne, d’une vision commune des rapports de force ou d’intérêts économiques potentiels, le résultat est le même : la politique américaine se rapproche des objectifs du Kremlin, tandis que la confiance des alliés européens dans les États-Unis s’érode.

Sources :
Trump’s October Surprise
Trump’s Message to Ukraine Is Now Crystal Clear

Recevez les derniers articles directement dans votre boîte mail !

Un Jour en Amérique © 2026. Tous droits réservés. 
Consentement des cookies