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America First is not a First

Donald Trump a utilisé deux slogans depuis sa candidature à la Maison-Blanche : Make America Great Again (MAGA) et America First.

Les deux ne sont pas très originaux et ont déjà été utilisés par d’autres candidats et présidents.

MAGA

Make America Great Again d’abord. Il faudra donc revenir à une époque où l’Amérique était « Great ». Le problème est de savoir à quelle période il faut remonter.

Selon Toni Morrisson dans un article publié par le magazine The New Yorker après l’élection de Donald Trump, la signification était simple : “Make America Great Again means ‘Make America White Again.”

Donc Donald Trump n’a rien inventé, il a repris un slogan déjà utilisé. Il est allé un pu plus loin en en faisant une marque : MAGA. Cela ne doit surprendre personne puisque dans les années qui a précédé son élection, il a fait commerce de la marque Trump pour développer ses affaires.

Le premier à utiliser ce slogan est Ronald Reagan qui le popularise pendant sa campagne ds élections de 1980 qui l’oppose à Jimmy Carter. Le slogan figure sur ses affiches, ses badges et tous les supports de campagne.

On pourrait penser qu’il s’agit d’un slogan pour républicain, mais Bill Clinton l’utilise à son tour. Le candidat démocrate reprend la formule au lancement de sa campagne présidentielle.

Donald Trump sera donc le troisième à le reprendre à son compte, d’ailleurs bien avant d’être candidat. Il reprend la formule dès 2011 pour la reprendre lors de sa campagne de 2016. Puis en 2020 et en 2024. Il en dépose la marque commerciale en 2015. En 2016, Clinton critique l’utilisation qu’en fait Trump, estimant qu’elle pouvait évoquer un passé idéalisé et porter un sous-entendu racial. Une critique que l’on pourrait d’ailleurs retourner à l’ancien président démocrate.

Parmi les autres politiciens qui ont aussi utilisé la formule, on peut citer Scott Walker, Ted Cruz, Mike Pence et Mike Pence, tous républicains.

La question est évidemment de savoir quand l’Amérique était “Great”.

Étaient-ils “great” en 1830, quand le président Andrew Jackson (dont Donald Trump serait un grand fan) promulguait l’Indian Removal Act, ouvrant la voie à la déportation de milliers d’Amérindiens, dont les Cherokees, contraints à la marche de la mort connue sous le nom de Trail of Tears ?

Les États-Unis étaient-ils “great” avant 1865, quand l’esclavage était légal dans plusieurs États et que des millions d’êtres humains étaient considérés comme des propriétés ?

Étaient-ils “great” entre 1877 et 1964, quand les lois Jim Crow imposaient la ségrégation raciale dans le Sud, et que la promesse d’égalité inscrite dans la Constitution restait, pour des millions d’Afro-Américains, largement théorique ?

Étaient-ils “great” en 1882, quand le Chinese Exclusion Act interdisait l’immigration des travailleurs chinois, au nom d’une conception restrictive de l’identité nationale ?

Étaient-ils “great” avant août 1920, quand les femmes n’avaient toujours pas obtenu le droit de vote au niveau fédéral et même après cette date, puisque de nombreuses femmes noires demeuraient privées de ce droit par des pratiques discriminatoires ?

Étaient-ils « great » en 1933, quand, au plus fort de la Grande Dépression, près d’un quart de la population active était au chômage, que des banques fermaient leurs portes et que des familles perdaient leur maison et leurs moyens de subsistance ?

Étaient-ils encore « great » pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque, en 1942, le gouvernement américain internait plus de 100 000 personnes d’origine japonaise, dont une majorité de citoyens américains, au nom de la sécurité nationale ?

Bien sûr, l’Amérique a aussi connu des périodes de progrès remarquables, d’innovations, de prospérité et d’élargissement des libertés. Son histoire n’est ni uniformément sombre ni uniformément glorieuse. Mais la question demeure : quand les nostalgiques d’une Amérique qui aurait été « great » veulent-ils exactement revenir ? En 1850, en 1880, en 1933 ou en 1942 ?

Et surtout, pour qui l’Amérique était-elle « great » ? Pour ceux qui bénéficiaient des privilèges de leur époque, sans doute. Pour ceux qui en subissaient les injustices, beaucoup moins.

America First

“(…) We, assembled here today, are issuing a new decree to be heard in every city, in every foreign capital, and in every hall of power. From this day forward, a new vision will govern our land. From this day forward, it’s going to be only America first. America first.

Every decision on trade, on taxes, on immigration, on foreign affairs, will be made to benefit American workers and American families”, avait-il déclaré lors de son discours d’investiture du 20 janvier 2017

Certains commentateurs avaient expliqué cette posture comme une nouvelle volonté d’isolationnisme de la part de l’Amérique. On comprend aujourd’hui qu’il s’agissait d’une mauvaise interprétation. America First selon Donald Trump signifie plutôt pour les États-Unis de faire usage du rapport de force (militaire, économique, politique…) pour en tirer un avantage. Sachat que dans l’esprit de Donald Trump toute relation entre deux joueurs est à somme nulle : il faut un perdant et un gagnant. Nulle place dans son esprit étriqué pour des jeux à somme positive où les deux parties peuvent être gagnantes. Pour lui pas de place pour la célèbre phrase de John Kennedy qui utilisa à plusieurs reprises : “I believe that a rising tide lifts all the boats. If the economy of the United States is moving ahead, the economy of the South moves ahead.” Kennedy avait repris le slogan du Cape Cod : “As they say on my own Cape Cod, a rising tide lifts all the boats.”

Le slogan « America First » (« L’Amérique d’abord ») est bien antérieur à Donald Trump. Il a été utilisé par des présidents démocrates et républicains, des candidats à la Maison-Blanche, des responsables politiques et des mouvements nationalistes ou isolationnistes. Son sens a évolué selon les époques : protectionnisme économique, neutralité dans les guerres européennes, opposition à l’immigration ou priorité aux intérêts nationaux dans les relations internationales. Et là, la liste est bien plus longue et parfois fait écho à des périodes plutôt sombres.

Le premier serait le candidat républicain aux élections présidentielles de 1888 Benjamin Harrison dont la formulation exacte était : “America First, the World Afterwards!”

Quelques années plus tard, le président démocrate Woodrow Wilson qui entendait défendre la neutralité américaine pendant la Première Guerre mondiale. Il reprend la formule dans sa campagne de réélection de 1916. Son adversaire, Charles Evans Hughes reprend la formule à son compte.

Le successeur de Wilson, Warren Harding emploie une variante « Prosper America First » qui défend la même idée de la priorité donnée aux intérêts américains.

Il faut enjamber l’histoire pour trouver un candidat qui reprend le slogan. C’est Pat Buchagan qui l’utilise en 1992, 1996 aux candidats républicains et en 2000 dans le partir qu’il constitue le parti de la réforme. Pat Buchanan, que l’on pourrait qualifier de proto-Trump.

Donld Trump qui n’est pas à une reprise d’idées et de formules qui le précèdent reprend donc le slogan dans son discours inaugural : “From this day forward, a new vision will govern our land. From this day forward, it’s going to be only America first. America first”.

Le slogan n’est pas l’apanage des candidats aux élections présidentielles, d’autres personnalités l’ont elles aussi réutilisé.

Magnat de la presse, William Hearst diffuse le slogan dans ses journaux pour défendre une politique donnant la priorité aux intérêts américains, notamment contre l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale et contre la Société des Nations.  

De ces utilisateurs d’America First, Charles Lindberg est sans doute le plus célèbre et une des figures majeures America First Committee, il s’oppose à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Son engagement donne au slogan une association durable avec l’isolationnisme. Il n’a pas été élu à une fonction politique nationale. Il défend des positions très favorables à l’Allemagne hitlérienne. Son action coïncide avec une période noire de l’Amérique.

Cette idée America First a largement circulé au cours de l’histoire des États-Unis. A la fin du 19e siècle, le Parti républicain adopte des formules de priorité américaine dans le contexte des débats sur les droits de douane et la protection de l’industrie nationale, dès les années 1880-1890.

Dans les années 1920, les responsables du Ku Klux Klan des années 1920 : l’organisation reprend le slogan dans son discours nativiste, anti-immigration et suprémaciste blanc. Cela ne signifie pas que chaque responsable du Klan l’ait personnellement utilisé comme slogan électoral.

Dans les années 1930, les responsables du German American Bund, un mouvement pro-nazi implanté aux États-Unis, participe à la récupération de thèmes nationalistes et isolationnistes.

Parmi les personnalités qu’il faut mentionner dans cette mouvance America First, il faut citer le père Charles Edward Coughlin, un prêtre catholique né au Canada, installé dans la région de Détroit. À son apogée, ses émissions hebdomadaires étaient suivies par environ 30 millions d’auditeurs, soit près d’un quart de la population américaine de l’époque. Un influenceur comme l’on l’appellerait aujourd’hui.

Au début des années 1930, il soutient Franklin Roosevelt et le New Deal, qu’il considère comme une réponse à la crise économique. Mais à partir de 1934-1935, il rompt progressivement avec Roosevelt et développe un mouvement politique, la National Union for Social Justice et défend un nationalisme économique et le principe « America First », tout en attaquant les banques et la finance internationale. Ses discours deviennent ouvertement antisémites et présentent des sympathies de plus en plus marquées pour les régimes fascistes européens. En 1940, ses supérieurs ecclésiastiques le contraignent à mettre fin à ses émissions politiques.

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