La primaire républicaine pour le Sénat au Texas a tourné à la démonstration de force. Ken Paxton, procureur général de l’État et loyaliste inconditionnel de Donald Trump, a infligé une défaite cinglante au sénateur sortant John Cornyn lors du scrutin de ballottage de mardi. L’écart dépasse 25 points, une déroute pour celui qui fut pendant des années le numéro 2 des républicains au Sénat.
Le résultat est d’autant plus révélateur que John Cornyn n’était pas un opposant à Trump : il affirmait avoir voté avec le président à 99 % et avait même proposé de baptiser une autoroute texane en son honneur. Cela n’a pas suffi.
Quelles sont ses fautes ? Donald Trump lui a reproché d’avoir validé les résultats de l’élection de 2020 – Litmus test des MAGA – et lui a préféré Ken Paxton, dont le seul titre de gloire déterminant fut sa tentative d’annuler cette même élection devant les tribunaux. Le message est limpide : la loyauté personnelle prime sur tout le reste. Et pourtant, John Cornyn a voté à plus de 99 % dans le sens souhaité par Donald Trump. Que faut-il faire de plus pour obtenir les grâces du président. « Lui léc**er le cul » comme ce dernier avait dit au sujet de Mohamed Ben Salman.
Cette primaire texane s’inscrit dans une série. En moins de deux semaines, Trump a mis hors-jeu deux sénateurs républicains en exercice, après des primaires similaires en Indiana, au Kentucky, en Louisiane et en Géorgie. Ceux qui douteraient de la mainmise de Donald Trump sur le parti républicain en seront pour leurs frais.
Ken Paxton était pourtant un candidat plutôt embarrassant. Il traîne un passé judiciaire et moral particulièrement chargé. Il a fait face à une inculpation pour fraude sur titres, a survécu à une procédure d’impeachment conduite par les républicains eux-mêmes à la Chambre du Texas, et sa femme – sénatrice d’État républicaine – a demandé le divorce l’été dernier après des accusations d’adultère. Des accusations qui n’ont pas empêché sa victoire, et que ses partisans ont accueillies comme une preuve de plus de sa ressemblance avec Donald Trump lui-même. L’époque où les républicains attachaient de l’importance au caractère est bien révolue. Ils y ont bien été obligés avec le président qu’ils ont choisi comme role model.
La campagne a également été marquée par un déséquilibre financier spectaculaire : environ 92 millions de dollars ont été dépensés en publicités en soutien à John Cornyn, contre bien moins pour Ken Paxton, qui s’est plaint d’être surpassé à dix contre un. Total des dépenses publicitaires pour la seule primaire : 128 millions de dollars. Un record historique pour une primaire américaine. Cet avantage considérable au niveau du portefeuille n’aura donc pas suffi.
Mais, cette victoire de l’aile la plus radicale du GOP pourrait se retourner contre lui. Les stratèges démocrates espéraient précisément affronter Ken Paxton plutôt que John Cornyn, jugé plus modéré et plus difficile à battre en novembre. C’est d’ailleurs un des travers des primaires de sélectionner les candidats les plus extrêmes.
Le candidat démocrate, James Talarico, 37 ans, représentant d’État et séminariste presbytérien, a levé 27 millions de dollars au premier trimestre, un record national toutes primaires confondues. Il dispose désormais de plusieurs mois d’avance sur son adversaire pour structurer sa campagne.
Les républicains nationaux sont inquiets. Le principal super PAC sénatorial du GOP a omis le Texas de ses réservations publicitaires pour l’automne. Des voix au sein même du parti se font entendre : le sénateur Thom Tillis, républicain de Caroline du Nord, a comparé le bilan éthique de Ken Paxton à Jeffrey Dahmer[i]. On fait mieux.
Les démocrates n’ont pas remporté la moindre élection au niveau de l’état au Texas depuis 1994. L’État reste résolument républicain. Mais avec un candidat aussi controversé en face, ils ont obtenu le match qu’ils voulaient.
Le président, dont les sondages d’approbation sont en déclin et qui se trouve englué dans une guerre commerciale et géopolitique dont les issues restent incertaines, a une nouvelle fois démontré sa mainmise totale sur l’appareil républicain. Sa capacité à éliminer ceux qu’il perçoit comme déloyaux reste intacte. Mais cette discipline de parti, imposée par la peur et non par l’adhésion, commence à fracturer le caucus sénatorial. Avec seulement 53 républicains au Sénat, quelques voix dissidentes suffisent à bloquer un vote. La victoire de Paxton a renforcé cette résistance silencieuse. Ils pourraient ajouter le Texas dans leur tableau de chasse pour les prochaines élections sénatoriales de novembre aux côtés de l’Alaska, de la Caroline du Nord, du Maine et de l’Ohio. Ce n’est pas gagné pour les démocrates, mais le spécialiste reconnu des élections Tim Cook a modifié le positionnement de likely republican to lean republican. C’est un progrès.
[i] Jeffrey Dahmer (1960–1994) était un tueur en série américain parmi les plus tristement célèbres de l’histoire des États-Unis. Surnommé le “Cannibale de Milwaukee”, il a assassiné 17 hommes et garçons entre 1978 et 1991 dans le Wisconsin.
Ses crimes étaient d’une brutalité extrême : il pratiquait le démembrement, la nécrophilie et le cannibalisme sur ses victimes, dont il conservait parfois des parties du corps. Il fut arrêté en juillet 1991 lorsqu’une de ses victimes parvint à s’échapper et alerta la police.
Condamné à 957 ans de prison en 1992, il fut tué par un codétenu en novembre 1994.