Aller au contenu Skip to footer

American policy on sale

Un voleur décide de cambrioler une banque, mais au lieu de le faire discrètement, il annonce publiquement son plan à la télévision :
“Je vais voler cette banque demain à 14h, devant tout le monde !”
Le lendemain, il entre dans la banque, prend l’argent sous les yeux des clients et des caméras, et s’en va en saluant la foule.
Quand on l’arrête, il proteste :
“Mais je ne me suis pas caché ! Tout le monde a vu ce que j’ai fait. Ce n’est pas comme ces voleurs qui agissent dans l’ombre !”

Ou encore

Un maire organise une réunion publique et déclare :
“Chaque entrepreneur qui veut un permis de construire doit me donner 10 000 € en cash. Je le fais ici, devant vous tous, pour être transparent !”
Il installe même une boîte en verre sur son bureau où tout le monde peut voir les liasses de billets s’accumuler.
Quand des citoyens scandalisés portent plainte, il répond :
“Au moins, moi, je ne cache rien ! Contrairement à d’autres qui prennent l’argent en secret.”

C’est l’argument avancé par Mike Johnson, Speaker de la Chambre des représentants, sur le deux poids deux mesures dans le traitement de la corruption des Biden et des Trump.

La phrase « American policy on sale » est d’Anne Appelbaum dans un podcast de To he Contrary du 8 août dernier. « I can’t Think of Anything more corrupt » explique-t-elle en égrenant les turpitudes de l’actuelle présidence.

Anne Applebaum: “I Can’t Think of Anything More Corrupt” by Charlie Sykes

Read on Substack

Comment cela est-il possible ?

L’explication est assez simple, Donald Trump a supprimé presque tous les garde-fous qui auraient pu le restreindre. De telle sorte qu’il n’a plus à se cacher pour mettre en œuvre toutes ses actions. C’est l’argument qu’avance Mike Johnson, Speaker de la Chambre des représentants. Joe Biden et sa famille faisaient toutes leurs malversations en se cachant. Tout ce que fait Donald Tump « is out in the open ». Ne se rendant même pas compte de l’énormité de cette déclaration.  

La dernière initiative concerne l’annonce de la vente des informations en avance – quelques millisecondes – (Trump Media and Technology Group Launches Truth API, a New Licensed Data Service for Financial Services Partners That Provides the Fastest Access to Truth Social’s Most Influential Accounts).

Depuis le 1er août, Truth API permet à des clients institutionnels, notamment des sociétés de trading à haute fréquence, d’obtenir plus rapidement les publications des principaux comptes de Truth Social, dont celui de Donald Trump. Le prix peut atteindre 100 000 dollars par mois. Plus de dix clients auraient déjà souscrit au service.

Le problème est que Truth Social n’est pas un réseau social comme un autre. Donald Trump (qui en est un des propriétaires) l’utilise comme un instrument de communication présidentielle, y annonçant régulièrement des décisions concernant les droits de douane, les sanctions, les négociations internationales, les opérations militaires ou les relations avec d’autres États. Or ces annonces peuvent provoquer immédiatement des mouvements sur les marchés financiers. Reuters rappelle ainsi que ses messages sur les droits de douane ont déjà fait fortement bouger Wall Street.

Le mécanisme crée une situation extraordinairement difficile à défendre sur le plan éthique. D’un côté, Donald Trump est président des États-Unis et dispose, à ce titre, d’informations et d’un pouvoir de décision susceptibles d’affecter les marchés mondiaux. De l’autre, il reste un actionnaire majeur de TMTG : Reuters évaluait sa participation à 41,3 %**, soit environ 950 millions de dollars actuellement.

Sa société peut donc vendre à des opérateurs financiers un accès privilégié à une source d’information dont le principal contributeur est… le président lui-même. Il ne s’agit pas simplement de vendre une dépêche Reuters quelques secondes avant les autres. **Il s’agit de commercialiser l’accès accéléré à la parole d’un chef d’État lorsque cette parole peut constituer elle-même un événement économique ou géopolitique.**

TMTG répond que les informations deviennent ensuite publiques et que son API ne fait que distribuer plus efficacement des données déjà accessibles. C’est l’argument juridique essentiel de la société.  

Le conflit d’intérêts est encore plus troublant si l’on considère l’autre côté du mécanisme.

Un fonds paie 100 000 dollars par mois pour recevoir quelques millisecondes ou secondes avant le grand public un message annonçant, par exemple, de nouveaux droits de douane contre la Chine, une intervention militaire, une levée de sanctions contre un pays ou un accord de paix.

L’algorithme du fonds peut alors acheter ou vendre immédiatement des actions, des obligations, des devises, des matières premières ou des contrats à terme. La valeur de l’information ne provient donc plus seulement de son contenu : elle provient de l’avance que l’on possède sur le reste du marché. C’est ce qu’on appelle un délit d’initié. On savait que la pratique existait. Maintenant elle est monétisée.

L’autre question est la manipuleation de l’information : que se passerait-il si la décision politique elle-même était influencée, consciemment ou inconsciemment, par la possibilité de produire un mouvement de marché ? On sait qu’une décision de politique étrangère peut faire varier en quelques secondes le prix du pétrole, du gaz, du dollar, des actions de groupes de défense ou des marchés boursiers étrangers.

Imaginons par exemple un message présidentiel annonçant que Washington est proche d’un accord de paix avec l’Iran. Le prix du pétrole peut immédiatement baisser. À l’inverse, l’annonce d’une opération militaire américaine peut provoquer une hausse du pétrole et une chute des marchés.

Le 2 août 2026, The Intercept et la Freedom of the Press Foundation ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral de Manhattan contre TMTG, Donald Trump et deux responsables de Truth Social. Les plaignants soutiennent notamment que la vente de cet accès privilégié constitue une restriction anticonstitutionnelle à l’accès aux communications gouvernementales et qu’elle permet de monétiser des informations susceptibles d’avoir un impact considérable sur les marchés. ([Reuters][3])

Parallèlement, des élus américains ont demandé que la SEC (le gendarme de la bourse)  examine la question. Le député Ritchie Torres avait notamment demandé dès juillet une enquête sur la conformité du projet avec les lois fédérales sur les marchés financiers.  

Sources :

Reuters : « Truth Social to sell trading firms ‘fastest’ access to Trump’s posts » — présentation du lancement de Truth API et de son objectif financier.

Reuters :  « Trump sued over service that offers paid early access to Truth Social posts » — l’article le plus utile sur la plainte déposée le 12 août.

Associated Press : « Lawsuit seeks to ban Trump Media from charging for early access to president’s posts » : bonne synthèse du conflit constitutionnel et du fonctionnement du service.

Washington Post — « Trump firm plans to sell priority access to Truth Social posts, possibly his own » : particulièrement intéressant sur le lien entre messages présidentiels, marchés financiers et sécurité nationale.

Axios : « Lawmaker asks SEC to investigate Truth Social’s plan to monetize access to its data » — sur la demande d’enquête adressée à la SEC.

Recevez les derniers articles directement dans votre boîte mail !

Un Jour en Amérique © 2026. Tous droits réservés. 
Consentement des cookies