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La fusion Paramount-Warner en question

Aux États-Unis, la liberté de la presse et le pluralisme des médias font face à une offensive coordonnée sans précédent, où la concentration monopolistique sert de bras armé à l’alignement politique. Au cœur de cette tempête : le projet de fusion titanesque de 110 milliards de dollars entre Paramount et Warner Bros Discovery. Si cette opération suscite d’immenses inquiétudes sur le plan économique, ses implications politiques et démocratiques sont bien plus vertigineuses.

Le projet de fusion, activement soutenu par la division antitrust fédérale (fait rarissime et hautement politique), placerait un immense empire de divertissement et d’information sous la coupe de la famille Ellison. Larry Ellison, multimilliardaire et proche allié de Donald Trump, ainsi que son fils David Ellison, prendraient ainsi les rênes de réseaux d’information majeurs comme CBS News et CNN.

Pour Robert Reich, ancien secrétaire au Travail de Bill Clinton, le danger de cette concentration de pouvoir d’influence est immédiat :

« It’s frighteningly likely that two of the nation’s biggest news organizations – CBS News and CNN – […] are all about to become one giant mega-media monopoly under the control of Trump allies and suck-ups […] If this happens, it will make Rupert Murdoch’s media empire of Fox News, The Wall Street Journal, and the New York Post look small and scrupulous by comparison. »

Face à ce péril, une résistance inédite s’est organisée. Emmenée par le procureur général de Californie, Rob Bonta, une coalition de 12 procureurs généraux d’États a déposé plainte pour bloquer la transaction, dénonçant la réduction de la diversité des contenus, la hausse des prix et les ravages sociaux à venir. Les analystes prévoient en effet que les 90 milliards de dollars de dette combinée de la nouvelle entité entraîneront une purge massive, menant au licenciement de 15 000 à 20 000 employés (environ un tiers des effectifs cumulés).

Cette mainmise sur les canaux d’information dominants s’accompagne d’une stratégie parallèle de harcèlement contre les journalistes encore indépendants. L’exemple le plus flagrant et le plus récent concerne le New York Times.

Le 10 juillet 2026, le Département de la Justice (DOJ) a émis des assignations à comparaître (subpoenas) devant un grand jury fédéral à l’encontre de quatre journalistes d’investigation du quotidien (Julian E. Barnes, Eric Lipton, Tyler Pager et Eric Schmitt). Leur « crime » ? Avoir révélé que le nouvel appareil présidentiel Air Force One – un avion de luxe offert en cadeau par le Qatar – manquait cruellement des systèmes de sécurité et de contre-mesures antimissiles présents sur l’ancienne flotte.

Pour intimider la rédaction, des agents fédéraux se sont présentés directement au domicile des journalistes pour leur remettre ces injonctions, une manœuvre qualifiée par l’avocat du journal d’« acte éhonté visant à terroriser et réduire au silence les voix indépendantes ». Sous prétexte de traquer une « fuite d’informations classifiées », le pouvoir cherche en réalité à forcer les reporters à livrer leurs sources confidentielles, remettant en cause le pilier même du journalisme d’investigation.

Cette double tenaille – d’un côté, le rachat de CNN par des proches du pouvoir ; de l’autre, des menaces de prison pour les journalistes qui refusent de révéler leurs sources – dessine les contours d’un paysage médiatique verrouillé.

Dans sa newsletter BIG (Monopoly Round-Up: States to Challenge Paramount-Warner, Billionaire Larry Ellison Lashes Out Wildly ; BOOM! Billionaires Punched in the Nose Over Paramount-Warner by State Enforcers, Unions), Matt Stoller souligne à quel point la passivité face à de telles manœuvres résulte d’un système profondément anesthésié par l’argent :

« In fact, the reason for the jeering is actually a result of the normalization of corruption. Despite the multi-trillion dollar deal wave we’re in, there are no other major merger challenges happening, so there’s no frame of reference except non-enforcement. »

La tentative des procureurs généraux d’États de bloquer la fusion Paramount-Warner est l’un des derniers remparts contre ce « capitalisme de connivence ». Si les tribunaux cèdent aux pressions des Ellisons, l’information cessera d’être un contre-pouvoir pour devenir une simple extension de l’appareil de communication d’un clan politique.

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