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Le Roman d’un Tricheur

On dit parfois que la vie d’un homme est un roman. Dans le cas de l’actuel président des États-Unis, elle ressemble plutôt à un disque rayé où le même motif se répète, inlassablement, de la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Ce motif tient en un seul mot, brut et systématique : la triche.

Regarder la trajectoire du président américain, c’est observer un homme pour qui les règles,  qu’elles soient morales, légales ou même sportives, ne sont pas des cadres à respecter, mais des obstacles à contourner. La boucle est aujourd’hui bouclée, et elle a le goût amer de la permanence.

Au commencement étaient les affaires de famille et le cynisme entrepreneurial. À l’aube de sa carrière, le jeune Donald Trump fait face à la justice fédérale américaine. Le motif ? Une discrimination systémique et délibérée : son entreprise refuse de louer des appartements aux citoyens afro-américains. Déjà, le futur magnat de l’immobilier refuse de jouer selon les règles du jeu et de la simple décence humaine. Pour bâtir son empire, il choisit la fraude morale et le mépris des lois civiques. Il triche avec la vie des autres pour préserver ses privilèges.

Ce n’était pas une erreur de jeunesse, c’était un mode d’emploi. Tout au long de sa vie publique et privée, le schéma est resté le même. Mensonges sur ses actifs financiers, faillites stratégiques pour flouer ses créanciers, arrangements avec la vérité fiscale : la triche est devenue sa marque de fabrique, son armure, sa boussole.

Cinquante ans plus tard, l’histoire n’a pas changé de trajectoire. L’homme qui occupe le bureau ovale a bousculé la géopolitique mondiale, mais son logiciel interne n’a pas bougé d’un iota. La semaine dernière encore, une anecdote presque tragi-comique venait illustrer cette obsession : un coup de téléphone à la FIFA pour demander d’annuler le carton rouge d’un joueur de l’équipe américaine de football. Tout cela au grand jour comme s’il ne craignait plus rien. Et comme si cela n’était pas suffisant, il met en cause l’arbitre qui a mis le carton rouge en mettant en cause son intégrité. Il est triste aussi de voir son entourage, dont Michael Dell, rire de ses commentaires plutôt déplacés.

Derrière l’anecdote sportive se cache la même pathologie du pouvoir. Pour Trump, l’arbitrage n’existe pas. Les faits n’existent pas. Si la réalité ne lui convient pas, il suffit de la changer en faisant pression sur l’arbitre en réécrivant les règles qu’il prétend pourtant ne pas connaître. Qu’il s’agisse d’une élection présidentielle qu’il prétend volée ou d’un simple match de football, le mécanisme psychologique est identique : impossible de perdre loyalement quand on a passé sa vie à tricher pour gagner.

« Au début, il triche. À la fin, il triche. Durant toute sa vie, il n’a fait que tricher. »

La boucle est bouclée, mais elle n’a jamais dévié. Il n’y a eu ni rédemption, ni pivot présidentiel, ni sagesse de l’âge. De la discrimination immobilière de ses débuts aux pressions grotesques sur les instances sportives internationales aujourd’hui, Il sera resté d’une cohérence absolue. Celle d’un homme qui considère que le monde entier est un jeu truqué, et qu’il se doit d’en être le tricheur en chef.

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