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In Trump we Trust

Ça ne s’arrêtera donc jamais.

Les 7 billets imprimés (1, 2, 5, 10, 20, 50 et 100) par la Federal Reserve sont respectivement à l’effigie de George Washington, Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, Alexander Hamilton, Andrew Jackson, Ulysses S. Grant et Benjamin Franklin, 5 prsidents et 2 personnages historiques.

Qui manque-t-il dans cette liste très sélective ? Donald Trump, qui veut que l’on y ajoute un billet de 250 dollars pour fêter les 250 ans de la déclaration d’indépendance.

Il aura fallu attendre le 250e anniversaire de la République américaine pour que l’idée soit enfin formulée à voix haute : mettre le visage d’un président vivant sur un billet de banque. Pas n’importe quel visage, pas n’importe quelle coupure – 250 dollars, un montant inédit dans l’histoire monétaire américaine, choisie à l’évidence moins pour des raisons économiques que pour sa valeur symbolique commémorative. Le hic est que la loi actuelle interdit qu’une personnalité vivante, aussi éminente soit-elle, figure sur le billet de banque. Mais une proposition législative est en cours, et le Trésor a d’ores et déjà commandé des maquettes. Le tout, précise-t-on, dans le respect strict de la légalité. On appréciera la nuance : on prépare l’illégal en attendant de le légaliser.

C’est en 1866 que le Congrès a gravé dans la loi fédérale ce principe simple : aucun vivant ne peut figurer sur la monnaie américaine. En réaction à une affaire particulière. Cette année-là, un haut fonctionnaire du Trésor, Spencer M. Clark, fit placer son propre portrait sur un billet de cinq cents. Cette décision fut perçue par le Congrès comme un acte de vanité et un abus de pouvoir. L’indignation fut telle que le Congrès adopta rapidement une loi interdisant toute représentation d’une personne vivante sur la monnaie papier américaine. Le Congrès avait tranché : plus jamais ça. L’Amérique ne serait pas une monarchie où le souverain orne le numéraire.

Il faut pourtant s’arrêter sur ce que cette proposition dit de l’état des institutions américaines. La question n’est pas esthétique, mais politique et constitutionnelle.

D’abord, l’illégalité. Le projet viole frontalement le droit fédéral en vigueur. La parade de l’administration est habile : on dit que rien ne se fera sans vote du Congrès, tout en ayant déjà demandé à l’agence de gravure et d’impression de préparer des prototypes. La directrice de cette agence, Patricia Solimene[i], a été discrètement mutée – après s’être opposée à ce projet. Son message d’adieu, à mi-chemin entre l’épitaphe et la résistance passive, mérite d’être retenu : “The buck stopped here.” Le jeu de mots sur buck — le dollar — n’était pas fortuit.

Ensuite, le contexte politique. Le projet nécessite 60 voix au Sénat pour surmonter l’obstruction démocrate. Les républicains en détiennent 53. Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre, a résumé l’affaire avec une concision efficace : “Hard no. Get over yourself.” Mark Warner, sénateur de Virginie, a enfoncé le clou en observant que si la Maison-Blanche consacrait la moitié de son énergie à faire baisser les prix plutôt qu’à flatter l’ego présidentiel, les Américains n’auraient pas besoin d’un billet de 250 dollars pour faire le plein d’essence.

On touche ici à quelque chose de plus profond que le ridicule de l’opération — et le ridicule est réel, à commencer par le choix de l’artiste chargé des maquettes, un Britannique se définissant lui-même comme “portraitiste royal”, ce qui n’est jamais bon signe dans une démocratie républicaine.

Ce qui est en jeu, c’est la question de savoir si l’illégalité est encore un obstacle dans l’Amérique de 2026. L’administration Trump a démontré à de multiples reprises que les garde-fous institutionnels pouvaient être contournés ou ignorés : les tribunaux trancheront, le Congrès votera ou ne votera pas, mais dans l’intervalle on aura installé le fait accompli dans les esprits.

La coupure à 250 dollars existe déjà sous forme de prototype. Elle est présentée dans les journaux. Le reste est affaire de procédure. Scott Bessent, ministre du Trésor, qui n’est pas à une servilité près, explique benoîtement que puisqu’imprimer le visage d’une personne vivante est interdit par la loi, il suffit de changer la loi.

La question qui se posera de savoir alors s’il faudra changer le slogan In god we trust par In Trump we trust. Question légitime s’il en est puisque Donald Trump à plusieurs reprises à fait comprendre à son peuple MAGA qu’il avait été choisi par Dieu pour les mener vers le bonheur. Ce serait une évolution dans une référence pieuse sur les pièces ou les billets.

Pendant la guerre de Sécession. Salmon Chase, secrétaire du Trésor, le prédécesseur de Scott Bessent, écrit au directeur de la Monnaie de Philadelphie pour lui demander de trouver une devise pieuse à apposer sur les pièces : “Aucune nation ne peut être forte hormis dans la force de Dieu.” En 1863, James Pollock soumet plusieurs propositions, mais c’est Chase qui trouvera la formule In God We Trust. Après accord du Congrès, elle apparaît pour la première fois sur la pièce de 2 cents frappée en 1864.

La diffusion n’est pas systématique : de 1883 à 1938, la formule disparaît des pièces de 5 cents et est oubliée sur de nombreuses autres. Depuis 1938, toutes les pièces américaines portent l’inscription.

In God We Trust est adopté comme devise nationale par le Congrès en 1956, en réaction à l’athéisme soviétique. L’inscription apparaît pour la première fois sur les billets l’année suivante, à commencer par le billet d’un dollar de la série 1957. Les autres coupures sont mises à jour progressivement jusqu’au début des années 1960.

Dieu ayant choisi son représentant sur Terre et sélectionné les États-Unis pour qu’il exerce sa charge, n’est-il pas naturel que la formule In Trump we Trust remplace la précédente.


[i] The director of the Bureau of Engraving and Printing is the head of the Bureau of Engraving and Printing within the United States Department of the Treasury. The current director is Patricia Solimene.

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