Au 28 février, le prix de l’essence à la pompe aux Etats-Unis était tout juste en dessous des 3 dollars. Il culmine aujourd’hui à 4,25 dollars. Dans un premier temps, Donald Trump avait assuré que ce prix retomberait assez rapidement à son niveau normal – 3 dollars). Aujourd’hui, il a expliqué que le prix pourrait rester élevé jusqu’aux midterms. On sait qu’on ne peut pas prendre ses déclarations sérieusement, puisqu’il peut dire une chose et son contraire parfois dans la même phrase. En revanche, la question qu’on peut simplement poser : le prix de l’essence à la pompe permet-elle de prédire le résultat des élections ?
Une première réponse, un peu triviale, est de répondre que toute hausse de prix joue en défaveur du président s’il s’agit d’élection présidentielle et du parti du président s’il s’agit des midterms. Mais c’est là une réponse très générale.
Pour aller un peu plus loin, il faut donc opérer un retour en arrière.
Au-delà des perceptions, les faits historiques et les données actuelles de 2026 montrent que si l’essence est un puissant moteur de mécontentement, elle n’est pas un oracle infaillible.
L’histoire électorale américaine récente montrerait que le prix de l’essence agit comme un “accélérateur de tendance” plutôt que comme une cause unique. Lors des midterms de 2022, malgré des prix records dépassant les 5 $ le gallon en juin, les démocrates ont mieux résisté que prévu. Cela montre que d’autres enjeux (comme le droit à l’avortement ou la menace sur la démocratie) ont neutralisé l’effet “pompe”. Il est vrai aussi que les Etats-Unis sortaient du Covid qui avait bousculé beaucoup les repères.
Donald Trump a largement utilisé l’argument du prix de l’essence (qui était descendu sous les 2,50 dollars sous son premier mandat avant de grimper sous Biden) pour gagner des voix dans la “Rust Belt” (le cœur industriel), où les citoyens parcourent de longues distances.
Nous sommes actuellement dans une phase de haute volatilité. Les chiffres récents sont sans appel. Le prix moyen du gallon est passé de 3,00 dollars en février à environ 4,25 dollars en avril 2026, par suite de la guerre avec l’Iran.
À quelques mois des élections de mi-mandat (novembre 2026), cette hausse de plus de 40 % en un mois met le camp républicain sur la défensive. Donald Trump a récemment dû changer de discours, passant de la célébration des prix bas à une justification géopolitique de la hausse. Eviter que l’Iran possède la bombe atomique et soit une menace pour le monde vaut bien quelques centimes de hausse à la pompe.
De son côté, l’indice de confiance du Michigan a chuté à 47,6 points ce mois-ci, un niveau historiquement bas qui précède souvent des revers électoraux pour le parti au pouvoir.
Une recherche ResearchGate a modélisé la corrélation entre les prix réels de l’essence et les cotes de popularité présidentielle et montré qu’il Il existe une relation non linéaire, c’est-à-dire ne hausse modérée peut être ignorée, mais dès qu’un seuil critique est franchi, la chute de popularité est brutale et prédictive. Le prix de l’essence a une valeur prédictive réelle “hors échantillon”, confirmant le mécanisme dit de “pocketbook voting” (le vote par le porte-monnaie).

Une étude de la Brookings analyse pourquoi la question de l’accessibilité financière (affordability) sera le pivot des élections de 2026. C’est dans ce cadre que bien que l’essence ne soit qu’un poste de dépense parmi d’autres (santé, logement), et pas le plus important, c’est un produit pour lequel que les électeurs voient le prix affiché en lettres géantes tous les jours (Why affordability will be a key issue in the 2026 midterm elections).
Les républicains vulnérables dans les districts pivots tentent de se distancier de la hausse en se concentrant sur les baisses d’impôts, tandis que l’opposition utilise le prix à la pompe comme symbole d’un échec de la politique étrangère.
Par ailleurs, les faits économiques contredisent souvent la croyance populaire. D’abord, en temps normal, un président a peu d’influence réelle sur les prix mondiaux du brut, qui dépendent de l’OPEP+ et de la demande mondiale. Il est vrai que c’est le déclenchement par Donald Trump des bombardements et de la fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué cette hausse.
Fait souvent ignoré par les électeurs, la production de pétrole aux États-Unis a atteint des sommets historiques tant sous Trump que sous Biden, sans pour autant empêcher les prix de monter lors de crises internationales. Cela est lié au fait que les prix du pétrole sont ds prix mondiaux qui s’imposent aux Etats-Unis. D’ailleurs, bien qu’ils soient autosuffisant, ils vendent un certain type de pétrole pour en ont acheté un autre. Les électeurs punissent le président pour les hausses de prix, mais lui accordent rarement le crédit complet pour les baisses (souvent attribuées au marché).
Les faits indiquent que l’essence est un “signal d’alarme”. Si les prix sont stables, les électeurs se concentrent sur d’autres sujets. S’ils flambent brusquement – comme c’est le cas en ce mois d’avril 2026 – ils deviennent l’unique filtre à travers lequel toutes les autres politiques sont jugées.
Tableau de corrélation : Prix vs Victoire
| Élection | Prix de l’essence (Gallon) | Résultat pour le sortant |
| 2008 | En forte hausse (4,05 $) | Défaite majeure (Républicains) |
| 2012 | Stable / Élevé (3,60 $) | Victoire (Obama) |
| 2020 | Bas (2,17 $ – COVID) | Défaite (Trump) |
| 2024 | Modéré (3,40 $) | Défaite (Démocrates) |