Les élections gagnées par des républicains sont des free and fair elections, celles gagnées par les démocrates sont truquées.
Tel est le nouveau théorème politique sous l’administration Trump.
Une fois de plus, à l’occasion du dîner des journalistes correspondants de la Maison Blanche, à réitéré sa « plaisanterie » qu’il allait se présenter pour la quatrième fois en 2028 après « avoir gagné facilement trois fois.
Combien de fois a-t-il posté un message sur le fil de son réseau social pour presser le Congrès de voter le Save America Act ?
Et combien de fois a-t-il répété qu’il avait gagné les élections de 2020 ? Le test ultime de la loyauté est de ne pas être capable de dire que Joe Biden avait gagné les élections et que Donald Trump les avait perdues.
Il est de plus en plus probable que les prochaines élections ne se déroulent pas normalement.
Dans une note publiée le 11 juillet, Robet Reich liste toutes les initiatives (Trump WILL Try to Steal the Midterms. Here’s How – And How We Prevent Him from Doing So)que pourraient prendre Donald Trump et les républicains pour détourner le résultat des élections. Selon l’ancien
secrétaire au Travail de Bill Clinton, l’administration Trump mènerait depuis plusieurs mois une opération méthodique visant à fausser les élections de mi-mandat de novembre, à quelque quatre-vingt-dix jours de l’échéance.
Le démantèlement des garde-fous neutres
L’article pointe d’abord le limogeage des trois derniers commissaires de l’Election Assistance Commission (EAC), une agence fédérale créée par le Congrès en 2002 dans la foulée du recomptage controversé de Floride en 2000. Cette commission, peu médiatisée mais structurante, épaulait les États dans la certification des systèmes de vote et avait renforcé, après l’ingérence russe de 2016, la cybersécurité des machines électorales.
Il rappelle que l’agence sœur chargée de la cybersécurité électorale, la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, a elle aussi été fragilisée par des coupes budgétaires et reste sans directeur confirmé par le Sénat. L’administration invoque un arrêt récent de la Cour suprême sur le pouvoir de révocation présidentiel pour justifier un geste qui va, selon lui, bien au-delà : la suppression formelle de fait de toute une agence.
La suppression des plafonds sur l’argent des grands donateurs
Il évoque ensuite une décision de la Cour suprême fin juin (l’affaire NRSC v. FEC, initiée par JD Vance en 2022) qui lève les limites de dépenses coordonnées entre partis et candidats. Concrètement, un don qui aurait été plafonné à 7 000 dollars adressé directement à un candidat pourrait désormais transiter, sans limite, via l’appareil du parti.
L’intimidation des électeurs
Troisième axe : l’usage de l’ICE, l’agence de l’immigration, comme instrument de pression psychologique sur des électeurs pourtant en règle. Robert Reich cite un rythme d’interpellations qui aurait doublé en un an, des dizaines de milliers de personnes en détention – dont des citoyens américains – et des poursuites pour « terrorisme intérieur » visant des manifestants anti-ICE, notamment au Texas et dans le Minnesota. Il mentionne aussi plusieurs morts lors d’interventions de l’ICE, non instruites selon lui par le FBI ni la Justice. L’objectif réel dépasse la politique migratoire : il s’agitde banaliser une présence de forces fédérales dans les grandes villes démocrates, en vue d’une surveillance des bureaux de vote suivie, en cas de défaite républicaine, d’accusations de fraude.
La chasse aux « terroristes » de gauche
Robert Reich signale également une initiative du secrétaire d’État Marco Rubio, réunissant des ministres de plus de soixante pays autour de la menace supposée d’un « terrorisme d’extrême gauche transnational ». Il rapporte, en citant des sources anonymes au sein de l’administration, que le conseiller à la lutte antiterroriste Sebastian Gorka envisagerait de qualifier la mouvance antifasciste de groupe terroriste, ce qui ouvrirait la voie à des outils de surveillance élargis contre des citoyens américains.
Complexifier le vote et son décompte
Cinquième point : une série de mesures visant à durcir l’accès au vote : demandes de listes électorales aux secrétaires d’État des états, projet de loi imposant la présentation d’un passeport ou d’un acte de naissance, menaces de poursuites pénales contre les responsables locaux en cas de vote de non-citoyens. Il note que les tribunaux ont pour l’instant bloqué certaines de ces démarches, mais que les élus républicains au Congrès n’y ont opposé aucune résistance significative.
Semer le doute sur les résultats
Enfin, Robert Reich anticipe une stratégie de contestation systématique : Trump multiplierait, selon lui, les accusations de fraude – comme il l’a fait début juin à propos de la primaire californienne – afin de préparer le terrain à des demandes de recomptage ou d’audit une fois les résultats connus, si comme prévu les Démocrates l’emportent à la Chambre, voire au Sénat.
L’appel à la mobilisation
Robert Reich conclut sur des recommandations concrètes :
– inscrire les électeurs via les associations locales de mobilisation,
– organiser le transport et l’accompagnement le jour du vote,
– signaler toute irrégularité aux autorités de l’État,
– et s’assurer que les organisations démocrates disposent d’avocats prêts à agir en urgence contre toute tentative d’entrave.
Il reprend enfin, à l’appui de sa démonstration, l’analyse de Rick Wilson, ancien stratège républicain devenu l’un des visages du mouvement anti-Trump et fondateur du Lincoln Project : il serait vain d’espérer un sursaut de conscience au sein du parti républicain, celui-ci ne répondant plus qu’à deux ressorts, la conquête du pouvoir et la peur de le perdre. Sa thèse centrale est mathématique autant que politique : les manœuvres de fraude électorale ne fonctionnent que sur des marges étroites – elles peuvent faire basculer une élection serrée, mais aucune n’a jamais permis, selon lui, de renverser un raz-de-marée électoral. D’où son message : la marge de victoire doit être si large qu’aucune contestation ne puisse l’entamer.