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Le prix de l’essence en hausse, les profits flambent

La semaine dernière aux Etats-Unis, le prix moyen au gallon de l’essence a dépassé le seuil symbolique des 5 dollars (Haro sur le prix du gallon d’essence). Au passage si le prix était exprimé dans les unités françaises, le symbole n’existerait pas puisque cela représente environ 1,32 dollar le litre soit 1,27 euros le litre. Et Jean-Luc Mélenchon serait « Gros-Jean comme devant » pour la mesure qu’il souhaite prendre s’il était Premier ministre à savoir bloquer le prix à la pompe à 1,40 euros le litre d’essence. De leur côté, les Américains donc horrifiés à chaque fois qu’ils vont faire le plein. A ce prix de 5 dollars le gallon, les Français seraient très heureux.

Pour les républicains, c’est pain béni car la faute en est attribuée exclusivement à Joe Biden et sa politique. « C’est juste une question d’offre et de demande » explique Lisa Murkowski, sénateur de l’état de l’Alaska. Comme il ne donne pas les droits de forage aux compagnies qui le demandent, l’offre est limitée et donc le prix augmente. CQFD. Peut-être mais les responsables de la pénurie ne sont pas ceux que l’on croit.

Avec les républicains, tout est simple : c’est toujours la faute des démocrates. Pire, Joe Biden fait en sorte que le prix de l’essence reste élevé. Pire encore, c’est lui qui fixe le prix élevé de l’essence. Que le phénomène soit mondial et qu’il touche tous les pays occidentaux, ne les dérangent pas outre mesure.

Dans un récent post, le blog Hoaxlines Disinformation Database from Novel Science donne quelques éléments qui éclaire un peu le débat (What to know about gas prices, what’s driving up the price, and a future threat lurking therein).

D’abord le prix de l’essence est élevé mais il peut être comparé aux pics connus à différentes époques pour différentes raisons. Sans remonter avant la Deuxième guerre mondiale, il était à peu près au même niveau en 1981, 2008 et 2012 (voir ci-dessous). Les Etats-Unis est le seul pays développé où l’essence est aussi bon marché.  

Une augmentation de prix dépend du prix de référence. Les républicains ont tendance à choisir celui qui les arrange. En retenant le prix de Memorial Day de 2020, on peut présenter une augmentation très importante. Mais cette date correspond à un moment où la pandémie avait fait baisser la demande artificiellement via les restrictions sur les déplacements. Un an plus tôt, au moment de Memorial Day 2019, le prix était aux alentours de 4 dollars le gallon.

Le prix moyen pendant la Covid était de 2 dollars le gallon et les compagnies ont essuyé des pertes importantes. En 2020, le prix du baril était tombé au-dessous de 40 dollars alors que les compagnies pétrolières indiquaient que le prix pivot du baril en-deçà duquel elles perdent de l’argent est de 49 dollars. Mais un examen un peu plus précis montre que l’augmentation à la pompe est beaucoup plus élevé que le prix du baril. A la fin 2021, le prix du baril était de 68 dollars, un niveau légèrement inférieur à celui de 2018. Le prix du gallon n’était pas celui que l’on connaît actuellement. Et la comparaison avec d’autres années, est encore plus criante.

Les prix à la pompe actuels sont donc significativement supérieurs à ceux des années 1981, 2008 et 2012 si on les compare à ceux du baril. Quels peuvent alors être les raisons qui expliqueraient cette décorrélation actuelle et le prix très élevé du gallon.

D’abord la production aux Etats-Unis. Elle est à peu près la même sous Joe Biden et sous Donald Trump, avec un léger avantage à Joe Biden. Elle n’a d’ailleurs jamais été aussi élevée. Si c’est un problème d’offre, pour les compagnies pétrolières ne produisent pas pus d’or noir ? Il y aurait actuellement 9000 permis de forage qui ne seraient pas utilisés et pour encourager la production, Joe Biden a délivré plus de permis de forage sur les terres fédérales que son prédécesseur sur les trois dernières années de son mandat. Cette politique a même été largement critiqué par les écologistes américains. En mai 2022, la Chambre des représentants a voté la loi Gas Price Gouging Prevention Act (loi sur la prévention des prix abusifs du pétrole) : tous les républicains ont voté contre. Cette loi était censée contrôler les prix en imposant des amendes aux compagnies pétrolières qui abuseraient sur les prix. La loi était soutenue par une large majorité d’Américains (As Democrats Push Price-Gouging Bill, Voters Show Bipartisan Support for Legislation That Would Bar Companies From Charging Excessively High Energy Prices) mais elle est restée bloquée au Sénat faute de supermajorité.

Pourquoi les compagnies pétrolières ne produisent-elles pas plus alors même que le prix au gallon est très élevé ? Une enquête auprès de 132 producteurs de pétrole et de gaz indique la pression des investisseurs « to maintain capital discipline ». Seulement 6 % des répondants attribuaient la cause à la réglementation fédérale. Pour finir, la raison de ne pas produire plus serait tout simplement un choix des compagnies pétrolières.

En 2021, les compagnies pétrolières ont vu leurs bénéfices augmenter, voire exploser (These Top 5 Oil Companies Just Raked In $35 Billion While Americans Pay More at the Pump ; Oil companies’ profits soared to $174bn this year as US gas prices rose). Que font-elles avec tout cet argent ? Elles investissent ? Elles embauchent ? Nombre d’entre elles ont réalisé des rachats d’actions pour en soutenir le cours. En 2017, à la suite de la loi sur les baisses d’impôt poussée par l’administration Trump avait favorisé le même phénomène. Le post publié des citations de compagnies expliquant leur stratégie de ne pas produire plus.

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