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Kushner et Mnuchin : Messieurs sans gêne

Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir dit-on couramment. Si tel est le cas, Jared Kushner Steve Mnuchin doivent être très heureux. Beaucoup de publicité a été faite, notamment par Donald Trump, à propos de Hunter Biden. A supposé qu’une partie de ce qui a été dit soit vrai, ce seraient des miettes par rapport à ce que viennent d’engranger les deux anciens collaborateurs de l’ex-président. Un cas de pantouflage[1] « on steroids ». Hunter Biden serait vraiment un petit joueur.

Jared Kushner, a été conseiller spécial de l’ex-président (également son gendre) avec un périmètre de responsabilité assez large. Il a été notamment très impliqué dans les affaires du Moyen-Orient. Il a noué des relations étroites avec MBS (Mohammed ben Salman) qui se révèlent extrêmement profitables. Steve Mnuchin a été ministre des Finances (Treasury Secretary).

Tous les deux ont créé une société d’investissement (Private Equity) : Affinity Partners pour le premier, Liberty Strategic Capital pour le second. Mais pour créer de telles sociétés, il faut disposer de fonds propres ou faire appel des investisseurs en mesure de prêter de l’argent.

Jared Kushner a sécurisé un emprunt de 2 milliards de dollars dans sa société en juillet. C’est ce que rapporte le New York Times (Before Giving Billions to Jared Kushner, Saudi Investment Fund Had Big Doubts). Le conseil du fonds d’investissement PIF d’Arabie Saoudite[2] (Public Investment Fund) avait émis des réserves en raison de l’inexpérience de Jared Kushner sur ces questions, mais MBS en a décidé autrement en octroyant le prêt : 500 M$ tout de suite et le reste lorsqu’il aura embaucher des spécialistes reconnus du domaine. Il a été demandé à Jared Kushner de faire profil bas afin d’éviter des campagnes médiatiques visant à présenter ce partenariat comme un retour d’ascenseur pour bons et loyaux services pendant que Jared Kushner était à la Maison Blanche et/ou un investissement sur le futur. Le gendre de l’ex-président pourrait devenir à nouveau conseiller de son beau-père en 2024 si celui-ci revenait dans le bureau ovale.

Jared Kushner a été un loyal (royal ?) soutien de MBS pendant toute la période de l’administration Trump. Il avait aidé dans la signature du contrat d’armes de 110 milliards de dollars sur 10 ans. Il n’a pas sourcillé après l’assassinat de Jamal Khashoggi et a maintenu un soutien indéfectible à MBS. Et Donald Trump n’avait-il pas fait son premier voyage à l’étranger en Arabie Saoudite ?

De son côté, Steve Mnuchin fait lui aussi fructifier son passage à la Maison Blanche. Il créé un fonds d’investissement baptisé Liberty Strategic Capital spécialisé dans la cybersecurité, les fintechs et le divertissement. Il a également levé 1 milliard de dollars en provenance de l’Arabie Saoudite.

Au-delà du peu de scrupule dans le mélange des genres, nos deux investisseurs ne semblent pas faire grand cas de l’implication de l’Arabie Saoudite dans l’attaque terroriste du 11 septembre (financement et participation avec 15 nationaux dans les 19 terroristes), le financement des écoles coraniques et de d’exportation de l’islam radical, sans parler de la défense des droits de l’homme. Mais comme l’aurait dit Vespasien « pecunia non olet ». Le pétrole et le sang ne sentent pas plus fort que l’urine.


[1] À l’origine, le mot « pantoufle » désignait, dans l’argot de l’École polytechnique, le renoncement à toute carrière de l’État à la fin des études. La « pantoufle » s’opposait théoriquement à la « botte ». Ceux qui « entraient dans la pantoufle », les « pantouflards », avaient le titre d’« ancien élève de l’École polytechnique » et renonçaient à celui de « diplômé de l’École polytechnique ». Plus tard, le terme a également désigné le montant à rembourser en cas de non-respect de l’engagement décennal (comparable au dédit-formation des entreprises privées).

C’est assez souvent l’entreprise recrutant l’élève en fin d’études ou le fonctionnaire qui s’acquittait de la pantoufle.

Le terme « pantouflage » s’applique aussi aux personnalités politiques qui, à la suite d’un échec électoral ou de la perte d’un portefeuille ministériel, occupent un poste grassement rémunéré dans une entreprise privée, avec des responsabilités limitées, s’arrêtant généralement à du lobbying, en attendant l’occasion de revenir sur la scène politique.

[2] Parmi les membres de ce conseil, on trouve Yasir-al-Rumayyan, chairman de l’Aramco, Andrew Liveris, ex-CEO de Dow Chemical et Ayman-al-Sayari, vice-chairman de la Saudi Central Bank. Pas vraiment des débutants.

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