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Bill Pulte, Director of National Intelligence : loyalty first

Après le départ (forcé ?) de Tulsi Garard, Donald Trump vient de nommer Bill Pulte au poste de Directeur du DNI, alors qu’il n’a objectivement aucune expérience dans le domaine de l’intelligence (au sens américain, mais peut-être aussi français). Devrait-on être surpris ? Pas vraiment, car c’est désormais une méthode retenue par Donald Trump de sélectionner des personnes non en raison de leurs expériences ou de leurs compétences souhaitées, mais seulement de leur loyauté envers le chef.

La liste devient longue : Steve Witcoff et Jared Kuhsner, envoyés spéciaux sur des dossiers majeurs en matière de politique étrangère, Pete Hegseth, ministre de la Défense, ancien major de la Garde nationale de l’armée américaine, mais a surtout fait carrière comme animateur et commentateur sur la chaîne Fox News, Ben Carson Secrétaire au Logement et au Développement urbain, alors qu’il était neurochirurgien, Robert Kennedy Jr au poste de ministre de la Santé alors qu’il c’est un antivax notoire, Linda McMahon, ministre de l’Éducation, dont la principale expérience est d’avoir cofondé et dirigé avec son mari la WWE (World Wrestling Entertainment),

Donc la nomination de Bill Pulte n’a rien de surprenant, mais la différence est que si Linda McMahon n’a pas d’expertise particulière pour sa fonction, ce n’est pas très grave, car au pire elle fermera son ministre ce qui d’ailleurs est presque sa fonction, alors que lui est à la tête d’une administration qui chapeaute les 17 agences de renseignement des États-Unis et a donc des responsabilités considérables.

La nomination fulgurante de Bill Pulte au poste de directeur par intérim du Renseignement national (DNI) marque un point de rupture critique dans l’histoire moderne des institutions américaines. En confiant la supervision des dix-huit agences de renseignement du pays à un promoteur immobilier – décidément, Donald Trump favorise ses anciens homologues – et régulateur du logement n’ayant strictement aucune expérience en matière de sécurité nationale, l’administration Trump ne se contente pas de bousculer les usages : elle officialise un fonctionnement profondément anormal où l’expertise sectorielle est traitée comme une anomalie, et la servilité politique comme l’unique vertu cardinale.

On l’a donc bien compris, pour comprendre le choix de Bill Pulte, il ne faut pas chercher dans son CV une quelconque maîtrise des tensions géopolitiques au Moyen-Orient ou de la cyberguerre. Non, ses titres de gloire résident exclusivement dans son utilisation belliqueuse des réseaux sociaux, mise au service des vendettas personnelles du président. À la tête de la FHFA, Bill Pulte s’est en effet distingué non pas par des résultats probants – son projet d’introduction en bourse de Fannie Mae et Freddie Mac est au point mort et ses propositions de réformes ont été unanimement rejetées – mais par sa transformation en procureur zélé du mouvement MAGA.

En multipliant les signalements criminels opportunistes pour « fraude hypothécaire » contre des opposants à Donald Trump – Lisa Cook, Adam Schiff ou Letitia James —, il a démontré sa volonté d’instrumentaliser l’appareil d’État à des fins de représailles politiques et s’est comporté en un fidèle et indéfectible lieutenant.

Que Linda McMahon soit ministre de l’Éducation, ce n’est pas très grave dans la mesure où aux États-Unis c’est un ministère très réduit, mais que Bill Pulte soit directeur du Renseignement est beaucoup plus problématique. Sachant qu’en plus, il conserve ses fonctions précédentes (qui n’étaient pas à mi-temps pourtant).

La fonction de directeur du Renseignement national a été créée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 avec une mission vitale : centraliser et analyser l’information de manière objective pour éviter que le pays ne soit à nouveau pris au dépourvu. Et surtout, éviter que les agences travaillent en silo et ne communiquent pas entre elles (parfois même éviter une sorte de concurrence interne).

Ce poste exige, par essence, une intégrité absolue et la capacité de délivrer des vérités inconfortables aux dirigeants politiques. En installant un “exécuteur” à sa tête, le pouvoir exécutif s’assure du contraire. Cette nomination doit-elle être analysée en regard des prochaines élections ?

L’utilisation systématique des nominations « par intérim » (Acting) constitue l’autre pilier de cette dérive institutionnelle. En contournant le processus constitutionnel de confirmation par le Sénat, Donald Trump s’affranchit ainsi du contrôle parlementaire sur ces nominations. Cette nomination a suscité quelques réactions de quelques élus républicains (le chef de la majorité John Thune ou son prédécesseur Mitch McConnell. Mais elles restent bien molles et ne semblent pas être de nature à faire reculer le président.

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