La chambre des représentants,, le Sénat, une majorité de sièges de gouverneurs… Pas besoin de rentrer dans les détails des chiffres. Ou seulement pour dire que les démocrates ont largement gagné, avec une majorité très confortable.
Projection à 7h du matin
| Chambre des représentants La fourchette basse se situe donc autour de 245 sièges, la plus haute autour de 255. Avant le scrutin, les modèles tablaient plutôt sur 233 à 239 sièges. C’est un résultat supérieur aux prévisions. | – NBC News : les démocrates devraient finir avec au moins 255 sièges contre 180 aux républicains, soit une majorité d’environ 75 sièges. Son décompte partiel donnait 219 démocrates et 120 républicains, avec 96 courses non appelées. – CNBC : au moins 245 sièges démocrates. – MS NOW : 245 démocrates contre 160 républicains dans son estimation. |
| Sénat 47 sièges démocrates et indépendants au départ, plus six gains, donnent 53, avant l’issue du Michigan, du Maine et de l’Alaska. La fourchette de référence est donc 52 à 55 sièges démocrates. Les modèles d’avant-scrutin tablaient sur 52-53, ce qui place le résultat dans le haut de la fourchette. | – AP projette six sièges républicains basculés : Iowa, Kansas, Caroline du Nord, Ohio, Caroline du Sud et Texas. – MS NOW : 52 sièges démocrates contre 41 républicains déjà attribués. Il en reste donc sept en suspens. – En suspens : le Michigan et le Minnesota étaient encore en cours de dépouillement. Le Maine et l’Alaska ne sont pas non plus appelés dans mes sources. |
“The collapse of the president party live before your eyes“ comme le disait Jake Tapper, le présentateur de la chaîne CNN. “A rebuke, a repudiation, a spanking, a shellacking, a bloodbath”, embrayait John King, l’encyclopédie vivante des statistiques électorales. Les mots se succèdent pour décrire la situation Blue wave, Bluenami… De son côté, Van Jones, commentateur de la chaîne CNN : “It is Christmas, Easter, Thansgiving at the same time”. “The worst midterms for the republican party since 1974” déclarait une autre présentatrice.
Bref, une défaite cuisante pour le parti du président. Et puisque Donald Trump a demandé à ses supporters de prétendre qu’il était sur le bulletin de vote, c’est donc une défaite cuisante du président lui-même. Mais, comme à son habitude, il trouvera le moyen de trouver des responsables de cette Berezina.
Devenant le premier noir speaker de la chambre des représentants, Hakeem Jeffries prenait la parole très tôt avec un discours à la fois d’unité, mais aussi de réalité : affordability, accoutability et corruption ont été les termes retenus pour montrer à la fois le chemin qui sera suivi ces deux prochaines années. “This not a blue moment, this is not a red moment, it is a blue, white and red moment because America won tonight (…) We don’t work for the president, we don’t work for the vice-president, we work for all of you, the American people (…) The end of a national nightmare”
Les démocrates ont remporté le contrôle total du Congrès américain en faisant basculer la Chambre des représentants et le Sénat lors des élections de mi-mandat. Cette victoire historique, une première depuis 2006 pour un parti minoritaire dans les deux chambres le même soir, s’est concrétisée grâce à des gains significatifs dans plusieurs États conservateurs comme l’Iowa, le Kansas, l’Ohio, les deux Carolines et le Texas. Les premiers des nouveaux élus des démocrates indiquent clairement une volonté d’unité et non d’esprit de parti. Ce qui n’a pas empêché James Talarico de faire une allusion à la corruption et au plus grand corrupteur de l’État sans le nommer. Évidemment, tout le monde à compris. Dans un discours de victoire qui ressemblait parfois à un sermon sur l’amour et sur la haine (Love can turn a enemy to a friend), a repris à son compte l’histoire de David et Goliath. Il est vrai que cette victoire est vivifiante dans la mesure où l’argent, souvent utilisé en dessous de la ceinture, n’a pas eu raison de la démocratie. James Talarico a largement gagné dans un état où les républicains devraient être comme des poissons dans l’eau. Mais ici, le poisson s’est noyé. “It is not left versus right, it is top versus bottom”
Ce résultat constitue un rejet clair des politiques de Donald Trump et de sa gestion de l’économie, les électeurs sanctionnant l’inflation, la hausse des prix des carburants liée au conflit en Iran, ainsi que le manque de contrôle du Congrès sur l’exécutif. La détérioration de son soutien auprès de l’électorat latino a également lourdement pesé dans la balance. C’est aussi le résultat d’un entêtement du président à pousser ses propres candidats, même lorsque ceux-ci étaient très controversés ou contestés. Le cas du Texas avec Ken Paxton est significatif à cet égard. John Cornyn aurait sans doute gagné.
Ce basculement politique va profondément modifier les deux dernières années de mandat du président américain. Forts de leur nouvelle majorité, les démocrates entendent exercer une surveillance stricte sur l’administration, avec au programme l’ouverture d’enquêtes ciblant les affaires financières de la famille Trump, les grâces présidentielles et la politique d’immigration.
De son côté, le Sénat sera en position de bloquer toute future nomination présidentielle à la Cour suprême. Face à ces défaites, Donald Trump s’est empressé de rejeter la responsabilité sur ses troupes, tandis que des chefs républicains comme Mike Johnson et John Thune voient leur avenir remis en question et que les perspectives du vice-président JD Vance pour la présidentielle de 2028 se trouvent fragilisées.
Officiellement devenu un lame duck (un président en fin de règne sans majorité), Donald Trump se retrouve dans une position inédite d’affaiblissement politiquement et institutionnellement. Bien qu’il conserve d’importantes prérogatives exécutives en politique étrangère et son statut de commandant en chef, le président voit son emprise sur son propre parti s’effriter. Alors que le parti républicain – et ses courageux membres qui se sont couchés toutes ces années -commence déjà à se projeter dans l’après-Trump pour la présidentielle de 2028, Donald Trump fait face à ce qu’il redoute le plus : le début irrémédiable de son déclin et de sa perte de centralité politique.
Malheur aux vaincus, gloire aux vainqueurs. Les démocrates ne doivent pas s’endormir sur cette victoire, mais plutôt l’utiliser pour préparer dès aujourd’hui l’échéance de 2028.