Il y a mille et une façons d’influencer le résultat des élections. L’argent en est un qui est de plus en plus employé et pose clairement un problème démocratique. Et l’arrêt Citizen United v. FEC rendu en 2010 par la Cour suprême des États-Unis, il coule à flots, quasiment sans limite. A chaque élection, les montants injectés sont de plus en plus importants.
La Cour a estimé que le Premier amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression, s’applique également aux organisations à but non lucratif, aux entreprises et aux syndicats. Par conséquent, interdire ou limiter les dépenses politiques indépendantes de ces entités équivaut à restreindre illégalement la parole politique.

Cette décision a invalidé les plafonds sur les dépenses indépendantes des entreprises et des unions syndicales lors des campagnes électorales. Bien qu’elle n’autorise pas les contributions directes illimitées aux candidats eux-mêmes, elle a permis la création des Super PACs (comités d’action politique pouvant lever et dépenser des sommes illimitées pour appuyer ou attaquer des candidats) et a ouvert la voie à l’explosion du « dark money » (fonds politiques d’origine anonyme transitant par des organisations exemptes d’impôts). Une des règles, qui n’est évidemment pas respectée, est que ces SuperPac ne doivent pas se coordonner avec les candidats.
Dans une notre récente (Big Changes to Makeup of the Biggest Midterm Donors), le Brennan Center for Justice[i], met en lumière quatre transformations structurelles majeures concernant le financement politique.
Premièrement, le volume global des contributions financières a connu une explosion historique. Les quarante plus grands donateurs ont injecté des sommes atteignant des montants records s’élevant à des milliards de dollars, soit un volume multiplié par huit en valeur réelle par rapport au cycle de mi-mandat de 2014. Le ticket d’entrée pour intégrer ce cercle restreint des quarante plus gros donateurs a également grimpé en flèche pour atteindre vingt-cinq millions de dollars, soit dix fois le seuil observé quatre cycles auparavant.
Deuxièmement, l’orientation politique de ces super-donateurs a basculé au profit des républicains et de nouveaux intérêts spéciaux. Alors qu’en 2014 les plus grands contributeurs favorisaient largement le camp démocrate, le rapport de force s’est inversé au profit du Parti républicain. De surcroît, les contributions émanant d’intérêts sectoriels investissant de manière pragmatique dans les deux partis, telle que l’intelligence artificielle, la cryptomonnaie et les jeux en ligne, ont progressé de manière fulgurante pour se rapprocher des niveaux de financement traditionnellement réservés aux seuls démocrates. Au Texas par exemple, Elon Musk finance la campagne du républicain Ken Paxton pour protéger ses intérêts (SpaceX est basé au Texas) ; En Californie, les géants de la tech ont financé des masses de publicité contre la propositin 40 qui vise à la taxer. Parfois, avec de faux arguments.

Troisièmement, le paysage sectoriel des donateurs s’est profondément transformé au détriment des acteurs historiques. Le secteur syndical et du travail, qui occupait autrefois une place prépondérante aux côtés de la finance, a totalement disparu du classement des quarante plus grands donateurs, ses contributions n’ayant pas pu rivaliser avec la croissance exponentielle des méga-dons. À l’inverse, l’industrie de la cryptomonnaie, quasi absente avant 2022, s’est imposée au premier plan pour rivaliser directement avec la finance traditionnelle.
Enfin, l’article souligne une opacité accrue du financement à travers l’usage massif de l’argent occulte (dark money). Les contributions provenant de structures masquant l’identité de leurs bailleurs de fonds ont été multipliées par treize depuis 2014 pour représenter près de 29 % des flux financiers au sommet de la pyramide des donateurs. Une part importante de ces fonds opaques provient d’organisations affiliées aux directions des partis au Congrès ou défendant des causes ciblées, illustrant le recul de la transparence dans la vie politique américaine.
[i] Le Brennan Center for Justice est un institut de recherche et d’action juridique indépendant et non partisan, affilié à la faculté de droit de l’université de New York (NYU School of Law), qui œuvre pour la défense de la démocratie, des droits de vote et de la justice aux États-Unis.