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Pete Hegseth : Dieu est à nos côtés

Nous avons les bombes
Les plus perfectionnées
Que saute le monde
S’il faut le faire sauter
Un levier qu’on bascule
Un bouton à pousser
N’ayons plus de scrupules
Dieu est à nos côtés

Bob Dylan : « Dieu est à nos côtés »

On l’aura compris, dans l’esprit de Pete Hegseth, il s’agit du Dieu des chrétiens à l’exception de tous les autres êtres suprêmes. Faut-il rappeler que les textes fondateurs des États-Unis ne le mentionnent pas directement ce que font mine d’oublier les représentants des “white christian nationalists“ dont Pete Hegseth est un illustre représentant ? La Constitution ne fait aucune référence substantielle à Dieu, ni le mot God, ni Creator, ni Supreme Being. La déclaration d’indépendance, écrite quelques années plus tôt, fait d’elles plusieurs références à une autorité divine, mais qu’elle ne matérialise pas comme le Dieu des chrétiens. Les mots employés sont ceux de Nature’s God, Creator, Supreme Judge of the world, Divine Providence. En 1956, la devise nationale ”In God We Tust“ (sans mentionner de quel dieu on parle) est certes devenue officielle, mais elle est totalement absente des textes constitutionnels.

Avec le communiqué (Establishment of the Office of Religious Affairs) publié fin septembre par le ministère de la défense américain, on se croirait revenu aux années soixante quand « Dieu était à nos côtés ».

Voir un département ministériel voué à la défense nationale, à la logistique militaire et à la projection de puissance se doter d’un « Bureau des affaires religieuses » (Office of Religious Affairs – ORA) pourrait surprendre. Mais il est dans la ligne des discours distillés par le ministre de la Défense Pete Hegseth. Dans le cadre institutionnel américain marqué par le Premier Amendement, l’implication de l’État dans des sphères cultuelles soulève traditionnellement des questions d’équilibre et de neutralité.

Le cœur de métier des forces armées repose sur l’efficacité tactique, l’armement, la stratégie et la supériorité technologique. Financer à grande échelle des activités de jeunesse, de chapelles, du soutien scolaire à domicile d’inspiration religieuse (faith-based homeschool support) ou des services contractuels auprès d’entités confessionnelles peut sembler éloigné des impératifs stricts de la défense. Le document révèle que cet intérêt marqué répond à une logique utilitariste et de gestion des ressources humaines :


Le mémorandum lie directement la création de l’ORA au renforcement de la « disposition morale, éthique et spirituelle des combattants » (warfighters). Dans la doctrine militaire contemporaine, la résilience psychologique est considérée comme un multiplicateur de force indispensable pour faire face aux traumatismes du combat.

IL explicite la nécessité de mobiliser des initiatives fondées sur la foi pour contribuer à la réduction globale des suicides et consolider la résilience de la force totale (Total Force resilience). Face aux taux de détresse psychologique au sein des armées, le commandement cherche à structurer et à s’appuyer sur tous les réseaux de soutien disponibles.

Plutôt qu’une nouveauté absolue, il s’agit d’une institutionnalisation et d’une sanctuarisation de compétences jusqu’alors disséminées dans les aumôneries militaires (chaplaincies). En élevant le directeur de l’ORA au rang d’assistant-principal du personnel (Principal Staff Assistant – PSA) disposant d’un accès direct au Secrétaire, et en exigeant une planification budgétaire précise pour l’exercice 2027, l’appareil militaire cherche à s’assurer que les besoins spirituels disposent de financements pérennes et d’une assise politique incontestable.

Il n’y a donc qu’à être surpris si l’on réduit l’institution militaire à une pure machine technologique et cinétique. Pour le Pentagone, la dimension spirituelle et morale n’est pas accessoire : elle est traitée comme un facteur critique de performance, de cohésion et de préservation du capital humain. L’ORA formalise ainsi l’idée qu’entretenir l’aptitude au combat passe aussi par la gestion institutionnelle du culte et du bien-être moral des troupes.

Mentionné par le quotidien USA Today, Mikey Weinstein, fondateur et président de la Military Religious Freedom Foundation, a déclaré aux États-Unis que son organisation “condamne avec la plus grande fermeté” ce qu’il a qualifié d'”actions immorales, contraires à l’éthique et inconstitutionnelles” de Hegseth qui, à son avis, violent l’interdiction du premier amendement au gouvernement “respectant un établissement de religion, ou interdisant le libre exercice de celle-ci”.

L’association Americans United for Separation of Church and State, qui a poursuivi le ministère de la Défense – sur les services de prière mensuelle au Pentagone qui ont présenté des orateurs chrétiens controversés, a déclaré que l’annonce de Pete Hegseth viole le droit constitutionnel à la liberté religieuse en “élevant le christianisme à un rôle encore plus élevé dans l’élaboration de la politique militaire américaine”.

Pour Ralph Laser, la présidente de cette association, « la dernière annonce de Hegseth viole cette promesse en élevant le christianisme à un rôle encore plus élevé dans l’élaboration de la politique militaire américaine (…) C’est encore un autre exemple de Hegseth abusant du pouvoir de sa position gouvernementale d’imposer ses croyances aux autres – et pire encore, cela place les besoins des membres du service américain en second lieu à l’agenda nationaliste chrétien de cette administration. »

L’idée que Dieu est aux côtés des forces américaines et qu’il pourrait justifier ses actions, quelles qu’elles soient est certainement ce qui guide le ministre de Défense faisant référence au psaume 33:12: « Bénie soit la nation dont Dieu est le Seigneur ».  

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