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Dans la famille Graham, je demande la sœur !

Donald Trump n’aura pas attendu longtemps après la disparition de Lindsey Graham pour faire connaître son souhait : voir la sœur du sénateur de Caroline du Sud, Darline Graham Nordone, le remplacer provisoirement au Sénat jusqu’à l’élection de novembre. Le gouverneur Henry McMaster s’est rangé à cette préférence.

Sur le plan du droit, la nomination est irréprochable. Le 17ᵉ amendement de la Constitution américaine permet aux États d’autoriser leur gouverneur à pourvoir temporairement un siège vacant au Sénat. La Caroline du Sud lui laisse une très grande liberté de choix.

Mais la démocratie ne se résume pas au respect des procédures. Elle repose aussi sur une exigence de légitimité politique.

Darline Graham Nordone n’a jamais exercé le moindre mandat électif. Son parcours dans le service public est respectable, mais son expérience politique se limite à avoir accompagné son frère lors de ses campagnes, pris la parole dans certains meetings et participé à quelques publicités électorales. Son principal titre aux yeux de ses promoteurs est d’être… la sœur de Lindsey Graham.

Certes, les États-Unis ne découvrent pas aujourd’hui les successions familiales en politique. Des veuves ont remplacé leur époux au Congrès, des fils ont succédé à leur père, des noms prestigieux se transmettent de génération en génération : Kennedy, Bush, Cuomo, Murkowski ou encore Cheney. Mais la désignation d’une sœur dépourvue d’expérience élective franchit une étape supplémentaire. Elle donne le sentiment que le siège appartient moins aux électeurs qu’à une famille.

Les défenseurs de cette pratique rappellent qu’il ne s’agit que d’une nomination provisoire et que les citoyens auront bientôt le dernier mot dans les urnes. L’argument est juridiquement correct. Il répond moins à la question essentielle : pourquoi les électeurs devraient-ils être représentés, même temporairement, par une personne qu’ils n’ont jamais choisie et dont la principale qualification est sa proximité familiale avec le titulaire du siège ?

C’est précisément pour éviter ce type de dérive que certains États ont décidé d’encadrer beaucoup plus strictement les nominations. Le Kentucky, par exemple, oblige désormais son gouverneur à choisir le remplaçant sur une liste de trois noms proposée par le parti du sénateur sortant. L’objectif est clair : limiter l’arbitraire du pouvoir exécutif et respecter autant que possible le choix exprimé par les électeurs.

Cette différence illustre deux conceptions de la démocratie. L’une considère qu’une nomination discrétionnaire est acceptable dès lors qu’elle est conforme à la Constitution. L’autre estime qu’un siège de sénateur n’est pas un héritage politique que l’on transmet à sa convenance, mais un mandat confié par les citoyens.

Donald Trump, lui, évolue dans cet univers comme un poisson dans l’eau. Depuis son retour au pouvoir, il revendique une conception profondément personnelle de l’exercice de l’autorité, où la loyauté compte souvent davantage que l’expérience, où les proches sont récompensés, où les institutions sont invitées à s’adapter aux préférences du chef plutôt qu’à leur logique propre. Qu’il s’agisse des membres de sa famille, de fidèles collaborateurs ou aujourd’hui de la sœur d’un allié politique, la frontière entre fidélité personnelle et responsabilité publique apparaît de plus en plus poreuse.

Le plus préoccupant n’est peut-être pas cette nomination elle-même. C’est qu’elle ne semble plus surprendre grand monde. À force de banaliser les logiques de clan, de fidélité personnelle et de transmission quasi familiale du pouvoir, la démocratie représentative risque de perdre ce qui fait sa raison d’être : l’idée que les fonctions publiques appartiennent aux citoyens, et jamais à ceux qui les occupent ni à leurs proches.

Lindsey Graham : contre Trump puis tout contre

Juillet 2015, après les attaques de Donald Trump contre John McCain :
« Donald Trump devrait arrêter de se comporter comme un parfait imbécile. »

Août 2015 :
« Trump n’a aucune idée de ce à quoi ressemble réellement le monde et il n’a pas les qualifications pour être commandant en chef des forces armées américaines. »

Septembre 2015 :
« Donald Trump élabore sa politique étrangère en regardant la télévision… sur Cartoon Network. »

Début 2016 :
« Donald Trump n’est pas un républicain conservateur. C’est un opportuniste. Il n’est pas digne d’être président des États-Unis. »

6 janvier 2021, après l’attaque du Capitole :
« Trump et moi avons parcouru un sacré chemin ensemble. Je déteste que cela se termine ainsi. Mon Dieu, que je le déteste. À mes yeux, il a été un président qui a marqué son époque. Mais tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est : sans moi. Cette fois, c’en est assez. »

Mai 2021, revirement complet :
« Le Parti républicain peut-il aller de l’avant sans le président Trump ? La réponse est non. Je suis arrivé à la conclusion que notre parti ne peut pas se développer sans lui. »

Juin 2026, après sa victoire à la primaire républicaine :
« Je veux d’abord remercier le Très-Haut, Dieu. Trump viendra juste après. Monsieur le Président, vous n’êtes pas très loin derrière Dieu, mais nous allons quand même commencer par Lui. »

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