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Todd Blanche va-t-il être confirmé comme attorney general ?

Il y a des lapsus qui valent tous les discours. Mercredi, devant la commission judiciaire du Sénat, Todd Blanche, procureur général par intérim des États-Unis et candidat à la confirmation de son propre poste, en a offert un magnifique aux chroniqueurs de Washington.

C’est le sénateur John Kennedy, républicain de Louisiane, qui l’a provoqué. Kennedy n’est pourtant pas un adversaire déclaré de Blanche : il fait partie de ceux qui, au bout du compte, voteront sa confirmation. Mais l’homme aime malmener les témoins avant de les adouber, et il a soumis l’ancien avocat personnel de Donald Trump à un feu roulant de questions sur les emails de sénateurs prétendument espionnés par l’ancien procureur spécial Jack Smith. Blanche a botté en touche, comme à son habitude, promettant de « vérifier » sans jamais s’engager sur le fond.

C’est dans ce climat de harcèlement mesuré que la langue de Todd Blanche a fourché. Interrogé sur sa relation avec le président, il a répondu, presque naturellement, qu’il était l’avocat et l’ami de Donald Trump – avant de se reprendre, visiblement saisi par l’énormité de ce qu’il venait de dire au beau milieu d’une audition censée établir son indépendance. Il a corrigé : il *avait été* l’avocat de Donald Trump, et il allait devenir procureur général. Le distinguo n’est pas mince. Toute l’audition, et tout le débat sur sa confirmation, tient dans cette seconde de flottement : Todd Blanche peine lui-même à faire la différence entre les deux fonctions.

Le reste de son témoignage n’a fait que confirmer ce lapsus. Face à Dick Durbin, qui l’interrogeait sur les grâces collectives accordées aux émeutiers du 6 janvier, Todd Blanche a botté en touche en invoquant les pleins pouvoirs constitutionnels du président en matière de grâce – refusant tout jugement personnel sur leur bien-fondé. À Sheldon Whitehouse, qui le pressait sur son rôle dans l’abandon des poursuites contre ces mêmes émeutiers, il a répondu qu’il n’avait fait qu’exécuter la loi, dans un raisonnement circulaire où la volonté présidentielle tient lieu de loi. Interrogé par Chris Coons sur l’indépendance du ministère de la Justice vis-à-vis de la Maison-Blanche, il a cité l’article II de la Constitution pour rappeler que le département fait partie de l’exécutif, une manière de dire que l’indépendance n’est, à ses yeux, qu’une fiction commode.

Même logique face à Mazie Hirono, qui l’a interrogé sur des propos tenus en avril où Blanche avait justifié les poursuites visant les « ennemis politiques » perçus de Donald Trump comme relevant du droit, voire du devoir, du président. Il a maintenu cette position devant la commission. À Alex Padilla, qui lui demandait si le DOJ devait être indépendant, il a préféré rappeler sa future appartenance au cabinet présidentiel. Quant à Adam Schiff, il l’a interrogé sur l’accord signé par Blanche exemptant la famille Trump de tout contrôle fiscal – un accord pour lequel un juge fédéral a d’ailleurs récemment saisi le barreau de New York en vue de sanctions disciplinaires. Blanche a assumé sans ciller : il fallait bien que quelqu’un signe.

Ce sont les mots qui reviennent sans cesse dans sa bouche : le président a le droit absolu, il n’a aucune obligation, il agit pour la raison qu’il veut.

N’est-ce pas la description d’un autocrate, voire d’un dictateur ?

Reste la question à cent dollars : sera-t-il confirmé ? Tout indique que oui. Le sénateur Thom Tillis, pourtant l’un des plus critiques de Blanche – notamment sur l’accord fiscal avantageux négocié pour la famille Trump -, a fini par saluer sa loyauté sans faille, expliquant en substance qu’un subordonné doit faire ce qu’on lui demande. C’est peut-être la phrase la plus révélatrice de toute l’audition : dans une démocratie, on n’est pourtant pas tenu de faire ce qu’on nous ordonne. Todd Blanche, lui, a choisi une autre voie, et il s’apprête à en être récompensé.

Il ne manque plus que les trois voix républicaines que Todd Blanche ne peut se permettre de perdre. Deux poids lourds sortants, John Cornyn (Texas) et Bill Cassidy (Louisiane), ont exprimé des doutes similaires sur sa capacité à distinguer l’avocat personnel du procureur général de la nation. Doutes légitimes, à en juger par son propre lapsus. Mais rien n’indique qu’ils suffiront à faire dérailler une nomination que la majorité sénatoriale semble déterminée à valider.

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