Les États-Unis vont-ils renouer avec leur exploit de la première Coupe du monde de football en 1930 en Uruguay, alors qu’ils s’apprêtent à organiser la prochaine édition aux côtés de leurs deux grands voisins, le Mexique et le Canada ?
En 1930, l’équipe américaine s’est hissée jusqu’en demi-finale. Même si elle a perdu son match contre la Yougoslavie, elle a été classée troisième grâce à sa différence de buts. Une performance d’autant plus remarquable que le football, appelé soccer aux États-Unis, y tenait une place extrêmement marginale. Cette demi-finale reste, encore aujourd’hui, la performance la plus mémorable de toute l’histoire de la sélection américaine dans cette compétition.

Le 13 juin 1930, les joueurs américains embarquent à Hoboken, dans le New Jersey, à bord du SS Munargo. Le voyage vers Montevideo dure dix-huit jours, avec des escales aux Bermudes et à Rio de Janeiro. Les joueurs n’étaient pas des vedettes professionnelles vivant du football : beaucoup occupaient des emplois ordinaires et avaient dû abandonner temporairement leur travail pour participer à l’aventure.
L’équipe reflétait l’Amérique de l’immigration. Plusieurs joueurs étaient nés en Écosse ou en Angleterre avant d’émigrer aux États-Unis. Le capitaine était Tom Florie, tandis que les vedettes offensives s’appelaient Bert Patenaude, Jim Brown et Bart McGhee.
Le 13 juillet 1930, les Américains entrent dans l’histoire. Face à la sélection belge, ils remportent une victoire nette 3-0. La presse internationale est surprise, à juste titre. Quatre jours plus tard, les États-Unis affrontent le Paraguay et s’imposent de nouveau 3-0. Avec deux victoires, six buts marqués et aucun encaissé, les Américains terminent premiers de leur groupe et accèdent aux demi-finales.
À Montevideo, les journaux commencent à s’intéresser à cette équipe inattendue. Le *New York Times* évoque même les États-Unis parmi les prétendants au titre. Pour la première fois, le soccer américain bénéficie d’une véritable attention nationale. Le quotidien américain s’emballe d’ailleurs un peu, puisqu’il va jusqu’à prédire la victoire finale des États-Unis.

Le 26 juillet 1930, devant plus de 70 000 spectateurs au stade Centenario, les États-Unis affrontent l’Argentine. Le match tourne rapidement au cauchemar. Les Américains sont frappés par les blessures et, réduits de fait à dix joueurs, ils résistent courageusement avant de céder dans le dernier quart d’heure. L’Argentine s’impose largement 6-1.

Aujourd’hui, une demi-finale perdue conduit à un match pour la troisième place. En 1930, cette rencontre n’existait pas. Les deux demi-finalistes battus, les États-Unis et la Yougoslavie, terminent initialement à égalité. Plus tard, la FIFA établira un classement rétrospectif et attribuera officiellement la troisième place aux États-Unis en raison d’une meilleure différence de buts. C’est encore aujourd’hui le meilleur résultat de l’histoire de l’équipe masculine américaine en Coupe du monde.
Le résultat est frappant : alors que l’équipe vient de terminer parmi les meilleures du monde, l’exploit ne provoque pas un immense enthousiasme national. D’abord parce que le football est un sport mineur, mais surtout parce qu’en 1930, les Américains vivent au cœur de la Grande Dépression. Le baseball, la boxe et le football américain monopolisent l’attention du public. Le soccer reste essentiellement pratiqué au sein des communautés immigrées. Les journaux saluent la performance, mais sans l’élever au rang d’événement national. Il n’y a ni parade triomphale ni célébrité durable pour les joueurs. Peu à peu, cet exploit tombe dans l’oubli.
Ironie de l’histoire : pendant plus de quatre-vingt-dix ans, aucune génération américaine n’est parvenue à faire mieux que ces pionniers partis en bateau vers l’Uruguay, sans se douter qu’ils allaient écrire la plus grande page du soccer américain.
Quatre ans plus tard, c’est une tout autre compétition qui commence. Le premier match des États-Unis à la Coupe du monde 1934 va réserver une surprise bien différente. En réalité, les Américains arrivèrent en Italie presque à la dernière minute. Ils disputèrent un barrage de qualification à Rome trois jours seulement avant le début du tournoi, puis furent immédiatement opposés au pays organisateur : l’Italie de Mussolini.


La Coupe du monde 1934 se déroulait dans une Europe en crise. L’Italie était alors gouvernée par Benito Mussolini, qui voyait dans le tournoi un formidable instrument de prestige national. Le régime fasciste investit massivement dans l’organisation et transforma l’événement en vitrine politique.
Contrairement à 1930, cette édition comportait des phases qualificatives. Les États-Unis ne s’y engagèrent que tardivement et durent affronter le Mexique dans un barrage unique disputé… à Rome. Le voyage était déjà une aventure en soi : neuf jours de traversée pour les Américains, et quinze pour les Mexicains. Grâce à leur victoire lors de ce barrage, les Américains se qualifient pour la Coupe du monde. Mais le tirage au sort leur réserve immédiatement l’équipe hôte. Le match se déroule au Stadio Nazionale du Parti national fasciste à Rome, devant une foule largement acquise aux Italiens.

L’Italie possède alors plusieurs des meilleurs joueurs du monde. Après une demi-heure de jeu, le score est déjà de 3-0. Schiavio marque trois fois, Orsi deux fois, tandis que les Américains peinent à résister. Au retour des vestiaires, Aldo Donelli sauve l’honneur américain en inscrivant le seul but de son équipe à la 57e minute. L’Italie ajoute ensuite quatre nouveaux buts pour l’emporter finalement 7-1. Cette victoire constitue le premier pas de l’Italie vers son premier titre mondial.
La plupart des grands journaux américains accordèrent peu de place à l’événement, le soccer n’étant pas considéré comme un sport majeur. Pour beaucoup d’Américains, le simple fait d’avoir traversé l’Atlantique et disputé deux rencontres internationales constituait déjà une aventure remarquable. Les rares correspondances de presse soulignèrent surtout la supériorité technique des Italiens. Selon un correspondant du *New York Times*, seul le gardien américain Julius Hjulian empêcha le score d’être encore plus lourd.
L’opinion publique ne réagit donc pas comme elle l’aurait fait après une défaite olympique ou un revers en baseball. Il n’y eut ni scandale ni crise nationale ; la compétition passa relativement inaperçue.
Par la suite, la participation des États-Unis à cette compétition est restée relativement modeste. En 1938, ils ne se qualifient pas. Lors de la reprise de la Coupe du monde en 1950, après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis terminent derniers de leur poule (même si, dans les faits, les quatre quatrièmes de groupe sont classés ex æquo). Ils réussissent pourtant l’exploit de battre l’Angleterre lors de leur premier match. La suite est moins probante : de 1954 à 1986, ils ne parviennent plus à se qualifier. Depuis les années 1990, ils atteignent régulièrement les huitièmes, voire les quarts de finale (comme en 2002), ce qui reste la meilleure performance de l’ère moderne pour le soccer américain.
Évolution des performances
1950 : 1er tour
1990 : 1er tour
1994 : 1/8
1998 : 1er tour
2002 : 1/4
2006 : 1er tour
2010 : 1/8
2014 : 1/8
2018 : absent
2022 : 1/8
En 2022, au Qatar, les Etats-Unis s’inclinent 3-1 contre l’équipe néerlandaise. Pour la présente coupe, les Etats-Unis l’abordent avec une équipe classée au seizième rang mondial selon le classement FIFA. Cette année, les Etats-Unis commence la compétition avec un match contre le Paraguay le 13 juin prochain.

