La veille des élections, Donald Trump s’est fedu d’un discours de 47 mn sur un sujet essentiel, la rénovation de la Reflection Pool dont il disait qu’il pensait la rebaptiser Trump Reflection Pool. En précisant que c’était pour rire. Mais on sait que Donald Trump a un sens de l’humour très limité. Il a profité du moment pour s’autocongratuler du travail effectué, notamment des réparations de fontaines et ses projets d’embellissement de la capitale. Alors que les électeurs s’inquiètent du coût de la vie, de la corruption et de la guerre contre l’Iran, le président a surtout parlé de canalisations et d’algues.
Il a présenté les travaux comme un succès, tout en continuant d’accuser des vandales d’avoir endommagé le bassin. Alors que son propre ministère de la Justice (pourtat à sa botte) et l’entreprise chargée du chantier ont clairement attribuent les dégradations à des erreurs de l’entrepreneur, dans le cadre d’un contrat de 15 millions de dollars sans appel d’offres.
Pour l’auteur, cette intervention révèle un président davantage préoccupé par ses réalisations personnelles et l’embellissement de Washington que par les préoccupations des Américains. Elle soulève aussi une question : Trump mesure-t-il réellement l’enjeu de ces élections, largement considérées comme un référendum sur son leadership ? Si l’on en juge sur les résultats, la réponse est clairement non.
Cet épisode a suggéré le petit conte ci-après ( inspiré par le conte de Blanche-Neige et rédigé avec l’aide de l’IA).
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Il était une fois, dans la grande ville de Washington, une longue pièce d’eau que les Américains appelaient la Reflecting Pool. Elle s’étirait paisiblement entre le monument à la gloire d’Abraham Lincoln et l’obélisque de George Washington.
Depuis près d’un siècle, elle reflétait le ciel, les nuages, les arbres et les monuments de la capitale. Des millions de visiteurs venaient admirer ce spectacle. Martin Luther King y avait même prononcé, en 1963, son célèbre discours « I Have a Dream ».
Mais voilà qu’un jour, un nouveau roi s’installa à la Maison-Blanche. Un roi qui aimait les choses bling-bling, les choses dorées et par-dessus tout les choses qui portaient sa marque.
Comme la méchante reine du conte de Blanche-Neige, il possédait un miroir magique. Mais, contrairement à celui de la reine, son miroir ne lui parlait pas. Il lui renvoyait simplement l’image qu’il souhaitait voir : celle d’un homme exceptionnel, d’un bâtisseur incomparable, d’un président que l’histoire retiendrait comme le plus grand de tous.
Un jour, le roi se pencha sur le miroir et demanda :
« Miroir, miroir, dis-moi, dis-moi qui est le plus beau, le plus grand, le plus fort de tous les présidents ? »
Le miroir lui répondit :
« Vous êtes grand, Majesté. Vous êtes puissant, Majesté. Vous êtes le plus grand bâtisseur que ce royaume ait connu. »
Le roi sourit. Il aimait beaucoup son miroir.
Mais, dans un recoin de son esprit, une inquiétude persistait. Car il existait un autre homme, un ancien roi, qui avait occupé la Maison-Blanche avant lui. Un homme dont le nom était encore prononcé avec admiration, dont les discours étaient encore écoutés, dont les portraits ornaient les murs de nombreuses maisons.
Et le roi Donald ne supportait pas qu’on puisse lui préférer cet ancien souverain.
Un jour, raconta-t-il, un ami venu d’Allemagne lui avait fait une remarque désobligeante : l’eau de la grande piscine du National Mall était sale, sombre, presque répugnante. Le roi en fut profondément contrarié. Comment pouvait-on laisser une telle chose en l’état, à quelques centaines de mètres de sa résidence ?
Il décida donc de s’en occuper personnellement.
Après tout, il connaissait les piscines. N’avait-il pas fait construire des dizaines de bassins dans ses hôtels et ses propriétés ? Il convoqua ses conseillers et leur expliqua qu’il fallait agir vite. Très vite. Il connaissait justement quelques entrepreneurs particulièrement compétents. L’un d’eux avait même travaillé pour lui par le passé.
Le projet était simple : nettoyer le bassin, réparer les fuites, appliquer un revêtement moderne et lui donner une couleur digne de l’Amérique. Pas un bleu ordinaire, non. Un bleu patriotique, un bleu drapeau américain.
Le roi annonça que l’opération coûterait environ un million et demi de dollars et ne prendrait que quelques semaines. Elle serait achevée avant le 4 juillet 2026, date à laquelle le pays célébrerait en grande pompe les 250 ans de son indépendance.
Les spécialistes du patrimoine firent quelques grimaces. Cette piscine n’était pas une piscine comme les autres. Sa couleur sombre, son aspect minéral et sa capacité à refléter les monuments faisaient partie de son histoire. Mais qui aurait l’audace de contredire un roi qui prétendait connaître si bien les piscines ?
Les travaux commencèrent.
Et le premier miracle fut accompli : le bassin fut transformé en une immense surface bleue, brillante, presque artificielle. Le roi était ravi. Il avait choisi la couleur, il avait choisi les hommes, il avait choisi la méthode.
À peine l’eau fut-elle remise dans le bassin que les ennuis commencèrent.
Le magnifique bleu américain vira progressivement au vert. Des algues envahirent la surface. L’eau, qui devait être limpide, prit des allures de marécage. Le roi s’impatienta. On lui avait promis un miroir, on lui avait livré une soupe aux épinards.
Les ingénieurs furent rappelés. On installa des équipements de purification, des dispositifs à bulles, des systèmes de traitement. On essaya même de combattre les algues avec du peroxyde d’hydrogène. Les machines furent déplacées, retirées, puis réinstallées. À chaque intervention, le bassin semblait trouver une nouvelle façon de résister à son souverain.
Mais le pire restait à venir.
Le magnifique revêtement bleu commença à se décoller. Des morceaux de peinture se détachaient du fond. Il fallait recommencer. Le chantier, qui devait durer quelques semaines, s’éternisait. Le budget initial, estimé à 1,5 million de dollars, dépassait désormais les 14 millions.
Le roi n’appréciait guère ces mauvaises nouvelles. Il lui fallait trouver un responsable.
Il déclara donc que des individus malveillants avaient saboté son œuvre. Des vandales, disait-il, étaient venus nuitamment lacérer le revêtement, peut-être avec des couteaux ou des lames de rasoir. Ils auraient même déversé des produits dans l’eau pour favoriser la prolifération des algues.
L’affaire prit une tournure judiciaire. Un ancien champion olympique de canoë fut arrêté et poursuivi pour avoir prétendument endommagé le bassin.
Malheureusement, l’enquête ne confirma pas cette belle histoire. Les poursuites furent abandonnées. Les dégradations semblaient plutôt résulter d’un travail bâclé. Le roi, lui, continua de parler de vandalisme.
Il fallut donc reprendre les travaux. On décapa, on répara, on remplaça des canalisations, on reprit le revêtement. Le bassin fut à nouveau vidé, puis rempli. Les barrières de chantier restèrent en place pendant des mois. Le 4 juillet était passé depuis longtemps.
Finalement, à l’automne, on annonça que les réparations étaient terminées. L’eau recommença à couler. Le roi déclara que tout était désormais parfait.
Il se rendit alors au bord du bassin, contempla la surface bleue et s’admira longuement.
Puis il se pencha vers l’eau et prononça les mots que la méchante reine de Blanche-Neige adressait à son miroir :
« Miroir, miroir, dis-moi, dis-moi que je suis le plus beau. »
Et le bassin, qui avait tant souffert, lui répondit dans un murmure :
« Vous êtes grand, Majesté. Vous êtes puissant, Majesté. Mais il existe un homme qui est mille fois plus aimé que vous. »
Le roi se redressa brusquement.
« Qui donc ? » demanda-t-il, furieux.
« Barack Obama, Majesté. »
Le roi devint rouge de colère.
Il ordonna qu’on vide le bassin. Il exigea qu’on repeigne le fond. Il voulut que l’on change les canalisations, les pompes, les filtres, les systèmes de purification. Il fit appeler les ingénieurs, les architectes, les entrepreneurs, les responsables du patrimoine et les fonctionnaires chargés des monuments nationaux.
Il fallait que le miroir dise enfin la vérité.
On lui expliqua que le bassin n’était pas fait pour flatter les présidents. Il avait été construit pour refléter les monuments, pas pour distribuer des compliments.
Mais le roi n’écoutait plus.
Il avait compris une chose : son miroir lui renvoyait l’image de Barack Obama.
Et il ne pouvait le supporter.
Alors il décida que le bassin devait être plus propre que jamais, plus bleu que jamais, plus brillant que jamais. Il voulait que l’eau soit si parfaite qu’elle ne puisse plus refléter que lui.
Il fit donc recommencer les travaux. Il fit installer de nouvelles machines, de nouveaux filtres, de nouvelles pompes. Il fit dépenser des millions supplémentaires. Il fit condamner les abords du bassin, afin que personne ne puisse troubler la surface de l’eau.
Et lorsqu’enfin le miroir fut redevenu limpide, il se pencha une nouvelle fois au-dessus de lui.
« Miroir, miroir, dis-moi, dis-moi qui est le plus grand de tous les présidents ? »
Le roi espérait enfin entendre son propre nom. Mais le miroir lui répondit :
« Barack Obama, Majesté. Barack Obama reste le plus grand président que ce royaume ait connu. »
Le roi entra dans une colère terrible. Il avait dépensé des millions pour rendre le bassin parfaitement limpide, et voilà que son reflet continuait de lui renvoyer le visage de son rival.
Il comprit alors que le problème n’était pas la propreté de l’eau, mais ce qu’elle reflétait.
Et c’est ainsi que le roi Donald passa des mois à nettoyer une piscine, à dépenser des millions et à faire arrêter un innocent, pour obtenir d’un bassin ce qu’il n’avait jamais réussi à obtenir des hommes : une admiration sans réserve.
Mais le miroir n’avait pas encore révélé toute la vérité.
Car, quelques semaines auparavant, le roi avait demandé à ses partisans de faire comme si son nom figurait sur les bulletins de vote.
« Prétendez, je vous en prie, que je suis sur le bulletin », leur avait-il dit. « Quand je suis sur le bulletin, nous gagnons toujours. »
Il voulait que les élections de mi-mandat soient un plébiscite en sa faveur. Il avait parcouru le royaume, multiplié les discours et les promesses. Il avait même assuré que son parti remporterait une victoire écrasante si ses fidèles se rendaient aux urnes.
Mais le soir du scrutin, le miroir lui renvoya une image qu’il ne connaissait pas.
Les électeurs avaient rejeté ses candidats. Son parti avait subi une lourde défaite. Le roi avait beau avoir demandé à ses sujets de voter pour lui, ce n’était pas son nom qu’ils avaient choisi.
Il entra dans une colère terrible.
« C’est impossible ! » cria-t-il. « Le miroir se trompe ! »
Mais cette fois, il n’y avait ni bulletins suspects, ni urnes douteuses, ni résultats à contester. La victoire de ses adversaires était trop écrasante. Même lui ne pouvait prétendre qu’elle lui avait été volée.
Alors le roi changea de stratégie. Puisqu’il ne pouvait empêcher ses ennemis de prendre le Congrès, il allait leur rendre la vie impossible.
Il se lança dans une guerre contre la nouvelle majorité parlementaire. Il deviendrait Monsieur Veto. Il bloquerait les lois, multiplierait les décrets et userait de tous les pouvoirs de la Maison-Blanche pour contourner le Congrès, entraver son action et imposer sa volonté.
Car le roi avait une conviction : le Congrès pouvait bien compter des centaines d’élus, il ne possédait ni armée, ni palais, ni pouvoir exécutif.
« Le Congrès ? Combien de divisions ? » lança-t-il, en reprenant à son compte la célèbre formule attribuée à Staline.
Les bulletins avaient été comptés. Les électeurs avaient parlé. Les résultats étaient là, et les procédures de certification suivraient leur cours.
Le roi Donald se pencha une dernière fois au-dessus de l’eau.
« Miroir, miroir, dis-moi, dis-moi que je suis le plus grand de tous les présidents ! »
Le miroir resta silencieux.
Alors le roi comprit qu’il pouvait repeindre un bassin, changer ses pompes, faire arrêter un homme, accuser des ennemis imaginaires et dépenser des millions pour obtenir un reflet plus flatteur.
Mais il ne pouvait pas obliger des millions d’électeurs à lui renvoyer l’image qu’il souhaitait.
Et le 3 janvier, lorsque les nouveaux élus prendraient place au Congrès, le miroir lui montrerait enfin ce qu’il avait toujours refusé de voir : il n’était plus le maître du royaume.