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Des contrats bien juteux

Pendant que la Maison-Blanche continue de se transformer en chantier au profit d’un projet de salle de bal à 400 millions de dollars (un budget prévisionnel revu en permanence à la hausse, on en serait à 1 milliard aujourd’hui), une question s’impose avec une insistance croissante : qui paie, et surtout, qui encaisse ?

La réponse, documentée dans un rapport publié par l’organisation Public Citizen et intitulé “Ballroom Billions”, a de quoi faire tiquer même les esprits les moins enclins au complotisme. Sur les 27 entreprises identifiées comme donatrices du projet de rénovation de l’aile Est désormais rasée de la Maison-Blanche, 14 ont reçu, depuis leur contribution, de nouveaux contrats gouvernementaux ou des contrats revus à la hausse, pour un total dépassant les 50 milliards de dollars en à peine six mois. Amazon, Palantir, NextEra Energy, Lockheed Martin : l’annuaire des bénéficiaires ressemble à un Who’s Who du capitalisme américain sous perfusion fédérale.

En octobre dernier, Donald Trump avait convié ces généreux donateurs à un dîner fastueux à la Maison-Blanche, une soirée de remerciements, officiellement. Dans les semaines qui ont suivi, les contrats ont afflué. Coïncidence heureuse, dira-t-on côté gouvernemental. Conflit d’intérêts manifeste, répond le rapport de Public Citizen.

L’organisation a dû recourir à une procédure judiciaire fondée sur la loi FOIA (Freedom of Information Act) pour obtenir le contrat de financement de la salle de bal, un document qui stipule explicitement que les donateurs peuvent rester anonymes. Ce qui signifie que la liste de 27 entreprises rendues publiques n’est probablement pas exhaustive.

Au total, sur l’ensemble des donateurs corporatifs identifiés, les deux tiers -19 sur 27 – ont bénéficié de contrats fédéraux cumulant 338 milliards de dollars sur les cinq dernières années. Et 16 d’entre eux font face à des poursuites réglementaires fédérales, ou en faisaient face avant que l’administration Trump ne décide de les suspendre.

Jon Golinger, l’un des auteurs du rapport, ne mâche pas ses mots : *”Ces géants de l’entreprise ne financent pas la lubie de Trump par altruisme. Ils ont des intérêts considérables devant le gouvernement fédéral et espèrent s’attirer ses faveurs. Quelques millions pour financer les caprices de Trump, ce n’est rien comparé aux milliards qu’ils récupèrent en contrats et en décisions réglementaires favorables. Ce sont les citoyens américains qui paient la note.”*

Le projet de salle de bal reste l’un des plus impopulaires de l’ère Trump : selon un sondage ABC News, les Américains s’y opposent dans une proportion de deux contre un. Mais l’impopularité, à Washington, n’a jamais empêché un chèque d’être encaissé.

*Sources : Public Citizen, « Ballroom Billions » (juin 2026) ; ABC News, CNN, PBS, New York Times, CBS News.*

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