Ce psychodrame de pacotille tourne à la boufonnerie. Mais peu importe, Donald Trump veut avoir raison et détourner l’attention sur autre chose que sa propre incurie. Le ministère de la Justice vient de laisser tomber toutes les charges contre David Hearn dans une requête d’une vngtaine de pages. Le ridicule ne tue pas, assurément. Vingt pages qui détaille le déroulé de cette affaire.
Vendredi 31 juillet, le parquet fédéral de Washington a demandé et obtenu l’abandon des poursuites contre David « Davey » Hearn, ancien canoéiste olympique de 67 ans, accusé d’avoir volontairement endommagé le Reflecting Pool du Lincoln Memorial. Motif invoqué par la procureure Jeanine Pirro elle-même, dans une requête de vingt pages déposée devant le tribunal supérieur du district de Columbia : les dégâts ne résultent pas d’un acte de vandalisme, mais d’une « installation bâclée » par l’entreprise chargée des travaux, Atlantic Industrial Coatings dont le choix s’est fait sans appel d’offres. Une installation bâclée sur les ordres du président -qui s’y connait en construction – pour que tout soit prêt le 4 juillet.

Le dossier judiciaire est accablant pour l’accusation initiale. Selon la requête, ce n’est qu’après le renvoi en jugement, le 2 juillet, que le ministère de l’Intérieur a transmis au parquet près de 700 mégaoctets de documents révélant un chantier mené dans la précipitation, multipliant les échecs de tests d’étanchéité, avant l’inauguration prévue pour les célébrations des 250 ans de l’indépendance américaine. Les propres inspecteurs du site avaient d’ailleurs alerté, dès le 11 juin, sur des risques de décollement du revêtement bleu « American Flag », soit huit jours avant l’interpellation de David Hearn.
Or, ce dernier n’avait fait que retirer un morceau de liner qui flottait déjà, selon plusieurs témoins et son propre récit. Il avait été arrêté et détenu plusieurs heures, avant d’être inculpé pour destruction de bien public, un chef d’accusation passible de dix ans de prison. Ses avocats, Norman Eisen, Mary Dohrmann et Steven Levin, ont dénoncé une administration qui « doit des excuses à David Hearn », fustigeant une méthode d’accusation « tire d’abord, vise ensuite ».
Mais l’aveu de ses propres services n’a pas suffi à convaincre le président. Dès le lendemain, Donald Trump a publiquement désavoué sa procureure. « Je suis en désaccord à 100 % avec Jeanine Pirro sur le Reflecting Pool. Je ne sais pas à quoi elle pensait », a-t-il écrit.
Depuis plusieurs semaines, le président attribuait systématiquement les dégradations à des vandales, allant jusqu’à évoquer, selon CNN, l’usage d’un couteau, d’un cutter ou d’un rasoir pour expliquer les longues déchirures constatées dans le bassin, sans jamais évoquer la piste d’un chantier mal exécuté, pourtant documentée par ses propres services.