“You are now reportedly participating as “Special Envoy for Peace” in negotiations on behalf of the United States government to address the roiling conflicts in the Middle East. At the same time, you are soliciting billions of dollars from Gulf monarchies for your private business ventures while already managing billions of dollars of their money in your international investment firm, A Fin Management LLC (Affinity).
From the standpoint of the American people, your decision to act in these two roles—one public for the government and one private for personal profit—creates a glaring and incurable conflict of interest. Your clients Saudi Arabia and the Royal Crown Prince Mohammed Bin Salman have unique and significant strategic, economic and political interests that are certain to diverge sharply from the strategic, economic and political interests of the American people”.

La lettre, datée du 16 avril 2026, signée par le représentant Jamie Raskin, membre de haut rang de la commission des affaires judiciaires de la Chambre, et adressée à Jared Kushner, gendre de Donald Trump et envoyé spécial pour des missions à l’étranger, dénonçant ce qu’elle qualifie de conflits d’intérêts « incurables » laisse pantois et sans voix. Comment les Etats-Unis ont-ils pu en arriver là, à un tel niveau de népotisme et de corruption sans que cela fasse scandale ?
“The apple doesn’t fall far from the tree.”
Et toute l’interview
Lors du premier mandat, le gendre du président a mené des efforts diplomatiques, notamment en organisant le premier voyage à l’étranger de Donald Trump en Arabie saoudite et en facilitant d’importants contrats d’armement. Il a largement aidé le prince héritier Mohammed ben Salmane à éviter toute responsabilité après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi (coupé en morceau dans l’ambassade d’Arabie Saoudite en Turquie).
Dès le lendemain de son départ de la Maison-Blanche, le 21 janvier 2021, il a fondé sa société d’investissement, Affinity Partners et a rapidement levé 2 milliards de dollars auprès du fonds souverain saoudien, malgré l’opposition de certains responsables saoudiens soulignant son manque d’expérience en investissement. Les efforts menés en direction de MBS ont été largement payant.
Bien qu’il ait initialement promis de ne pas rejoindre l’administration Trump 2, il occupe désormais le poste d’« Envoyé spécial pour la paix ». Il cumule ses fonctions officielles de négociateur avec la gestion de sa firme privée, ce qui crée un conflit d’intérêts majeur selon la commission judiciaire de la Chambre. Ce poste, créé sur mesure, offr l’avantage de ne pas nécessiter de confirmation par le Sénat.
Il a négocié un accord l’année dernière qui, bien que n’ayant pas mis fin à la guerre, servait les intérêts économiques et de réputation de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar. Il a d’ailleurs qualifié la bande de Gaza de « propriété de bord de mer de grande valeur ».
En février, il a tenté une médiation pour un cessez-le-feu impliquant des contacts avec des financiers russes, sans progrès. Actuellement, il participe actuellement aux négociations sur le conflit avec l’Iran alors que son principal investisseur, le prince héritier saoudien, fait pression pour une poursuite et une escalade de cette guerre.
Contrairement à ses engagements de 2024, il a continué à lever des capitaux auprès des monarchies du Golfe durant ses fonctions, portant ses actifs sous gestion à environ 6,16 milliards de dollars en mars 2026. Difficile dans ces conditions de mener des négociations en toute impartialité.
La lettre souligne l’incompatibilité entre les fonctions diplomatiques publiques de Kushner et ses activités privées de recherche de profits. Alors qu’il participe à des négociations officielles au Moyen-Orient (notamment sur les conflits en Iran et à Gaza), il continue de solliciter et de gérer des milliards de dollars provenant des monarchies du Golfe. 99% des actifs gérés par sa firme (soit environ 6,10 milliards de dollars) proviendraient de ressortissants étrangers.
Jamie Raskin rappelle que Kushner avait promis, au début du second mandat de Donald Trump, de rester en dehors du gouvernement et de ne pas lever de capitaux pour Affinity pendant que son beau-père serait au pouvoir. Selon la lettre, ces deux promesses ont été rompues.
Le document pointe une divergence flagrante d’intérêts :
Le Prince héritier Mohammed ben Salmane, qui n’est pas un paragon de démocratie, est le plus gros investisseur d’Affinity, lui conférant un levier financier considérable sur le « diplomate ».
La lettre indique que les Saoudiens poussent à l’escalade de la guerre en Iran pour leurs intérêts stratégiques, alors que le peuple américain souhaite minimiser les pertes humaines et financières.
Jamie Raskin demande directement si Jared Kushner représente « 100 % les intérêts de ses partenaires commerciaux » ou « 100 % ceux du peuple américain ».
La lettre évoque un « schéma d’exploitation des liens familiaux ». Elle mentionne que l’investissement initial de 2 milliards de dollars consenti par le fonds souverain saoudien dès 2021 – malgré l’inexpérience de Kushner – pourrait être un paiement pour son soutien passé à la monarchie lorsqu’il était à la Maison-Blanche (notamment sur les ventes d’armes et l’affaire Khashoggi).
L’enquête vise à réformer les lois sur la corruption et les conflits d’intérêts. En conséquence, Jamie Raskin exige la production de 15 types de documents avant le 30 avril 2026, incluant :
– Toutes les communications avec des officiels saoudiens, émiriens, qataris et israéliens depuis 2022 ;
– La liste complète des investisseurs de son fonds et les montants investis ;
– Ses échanges avec la Maison-Blanche et les départements d’État et du Commerce concernant son rôle gouvernemental.
L’intéressé s’exécutera-t-il ? Pas sûr. Déjà son partenaire chez Affinity, Chad Mazelle, qui avait l’objet d’une enquête entre 2022 et 2024 par le Congrès, avait refusé de coopérer. Il occupe actuellement un haut poste au ministère de la Justice.
Si la lettre détaille longuement le népotisme lié au rôle de conseiller de Jared Kushner auprès de son beau-père, elle ne mentionne pas explicitement dans ce texte que son père, Charles Kushner, est ambassadeur en France. Elle se concentre sur les flux financiers entre Affinity Partners et les puissances du Moyen-Orient.