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280 milliards pour les semi-conducteurs

Rien de tel qu’un adversaire (ennemi ?) commun pour motiver et mobiliser les troupes. Le Sénat a adopté mercredi un projet de loi de 280 milliards de dollars visant à renforcer l’avance manufacturière et technologique des semiconducteurs des Etats-Unis pour contrer la Chine, embrassant lors d’un vote bipartite l’intervention gouvernementale la plus importante dans la politique industrielle depuis des décennies. Dire que républicains et démocrates sont divisés quasiment sur tous les sujets est un fait depuis longtemps déjà. Mais face à ce qui est perçu comme la menace chinoise, les deux partis se sont donc accordés sur ce projet de loi baptisé Creating Helpful Incentives to Produce Semiconductors (CHIPS).

Accordés partiellement car certains républicains n’ont aucune envie d’offrir un cadeau à Joe Biden à quelques mois des élections de mi-mandat. La mesure a été adoptée par 64 voix contre 33, avec 17 républicains votant en sa faveur. Le soutien bipartite a illustré comment la concurrence commerciale et militaire avec Pékin – ainsi que la promesse de milliers de nouveaux emplois américains – a radicalement changé les orthodoxies de longue date du parti, générant un accord entre les républicains qui avaient autrefois évité l’intervention du gouvernement sur les marchés et les démocrates qui avaient résisté à inonder les grandes entreprises de largesses fédérales.

Le projet de loi fournira 52 milliards de dollars en subventions et des crédits d’impôt supplémentaires aux entreprises qui fabriquent des semiconducteurs aux États-Unis. Il ajoutera un peu plus de 200 milliards de dollars pour la recherche scientifique, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique, de l’informatique quantique et de diverses autres technologies.

Il prévoit d’injecter 10 milliards de dollars dans le ministère du Commerce – qui distribuerait également les subventions aux puces aux entreprises qui en font la demande – pour créer 20 « centres technologiques régionaux » à travers le pays. Conçus par le sénateur républicain de l’Indiana Todd Young et leader de la majorité démocrate Chuck Schumer, les centres viseraient à relier les universités de recherche à l’industrie privée dans le but de créer des centres d’innovation technologique semblables à ceux de la Silicon Valley dans des domaines touchés par la mondialisation.

Ce projet de loi devrait passer l’étape du Congrès où les démocrates ont la majorité mais il devrait bénéficier du soutien de certains républicains. La législation dirigerait des milliards vers le ministère de l’Énergie et la National Science Foundation pour promouvoir à la fois la recherche fondamentale et la recherche et le développement dans la fabrication avancée de semi-conducteurs, ainsi que des programmes de développement de compétences dans les industries émergentes. Cet effort marque une incursion dans la politique industrielle qui a eu peu de précédents dans l’histoire américaine récente.

De nombreux sénateurs, y compris des républicains, ont vu la législation comme une étape cruciale pour renforcer les capacités de fabrication de semi-conducteurs de l’Amérique, car le pays est devenu dangereusement dépendant de pays étrangers – en particulier d’un Taiwan de plus en plus vulnérable – pour les puces avancées.

Cette loi est considérée comme une étape cruciale pour renforcer les capacités des États-Unis en matière de semi-conducteurs, alors que la part de la capacité de fabrication aux États-Unis est tombé à 12%. Cela a laissé le pays de plus en plus dépendant des pays étrangers au milieu d’une pénurie de puces à la suite de la désorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales.

On pourrait néanmoins se poser la question sur la nécessité de ces 52 milliards en subventions et des crédits d’impôt supplémentaires pour inciter les fabricants américains à rapatrier la fabrication des composants aux Etats-Unis. Les 7 sociétés présentes dans le Top10 mondial ont réalisé en 2021 un chiffre d’affaires cumulés de 229 milliards de dollars et un bénéfice cumulé de 69 milliards. Elles ne semblent donc pas dans le besoin.

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