Make America Great Again, tel était avec America First, les deux slogans répétés à l’envi par le candidat Trump pour par le président du même nom. La question que l’on peut se poser est : quand l’Amérique était-elle Great. Si l’on en juge par la toute dernière décision de la Cour Suprême Louisiana v. Callais (Arrêt officiel de la Cour suprême (PDF) dont l’objectif direct ou indirect est de revenir avant la période du Voting Rights Act de 1965 dans le cadre des mouvements des droits civiques.
L’affaire Louisiana v. Callais porte sur le redécoupage électoral (redistricting) en Louisiane.
Rappelons que la Louisiane compte une importante population afro-américaine, envirion un tiers de la population. Callais est un électeur de Louisiane, associé à un groupe de plaignants contestant la carte électorale adoptée par l’État et soutenu par des organisations juridiques conservatrices.
Après des contentieux fondés sur la Voting Rights Act of 1965 (VRA), un tribunal fédéral avait exigé à l’époque la création d’une deuxième circonscription à majorité noire. L’État a donc adopté une nouvelle carte électorale (S.B. 8) intégrant deux districts majoritairement noirs.
Cette carte a été contestée par des électeurs (dont Callais), qui soutenaient que la dimension race avait été utilisée de manière excessive, en violation de la Constitution (14e amendement – égalité).
La Cour Suprême, dans une opinion majoritaire (6-3) du juge Samuel Alito, a jugé que la carte électorale est inconstitutionnelle car elle constitue un racial gerrymandering (découpage fondé sur la race) arguant que le fait de vouloir se conformer au Voting Rights Act ne justifie pas l’usage déterminant du critère racial. Elle affirme ainsi que permettre à la race de jouer un rôle dans les décisions publiques est une exception grave au principe d’égalité.
La décision ne déclare pas explicitement inconstitutionnelle la Section 2 du VRA, mais elle en restreint fortement son application et rend beaucoup plus difficile de justifier des districts visant à protéger les minorités.
En pratique, cela revient à exiger non plus un simple effet discriminatoire mais une intention discriminatoire prouvée dans certains cas.
Les trois juges libéraux (dont Elena Kagan) dénoncent une décision qui vide le Voting Rights Act de sa substance et un recul historique de la protection des minorités.
Les effets sont rapides et auront un impact sur les prochaines élections de mi-mandat donnant la possibilité pour les États de supprimer des districts majoritaires minoritaires et de rendre plus difficile les recours contre la dilution du vote des minorités.
La décision est déjà interprétée par le site Democracy Docket comme un tournant électoral majeur avant les élections de 2026.
Le Voting Rights Act of 1965 est issu du mouvement des droits civiques. Il interdisait les discriminations raciales en matière électorale et permettait de contester les lois ayant un effet discriminatoire, même sans intention prouvée. Cette loi est considérée comme un pilier de la démocratie américaine post-ségrégation.
La décision Louisiana v. Callais n’est pas tombée du ciel à la surprise générale. Elle s’inscrit dans une série de décisions qui ont été poussé par les conservateurs qui entendent bien gommer les effets dévastateurs à leur yeux du Voting Right Act.
Cette affaire réactive une tension structurelle en deux visions de l’égalité. D’un côté, l’Égalité “colorblind” (sans prise en compte de la race) soutenue par soutenue par la majorité conservatrice et qui considère que toute politique fondée sur la race est suspecte ; De l’autre, :
L’égalité “substantielle” (corriger les inégalités historiques) au fondement même du Voting Rights Act et qui justifie des mesures correctrices. Louisiana v. Callais marque une victoire claire de la première conception.
Gain possible pour les républicains suite au redécoupage
| État | District(s) clé(s) | Mécanisme | Gain GOP |
| Louisiane | LA-2 | démantèlement urbain | +1 |
| Alabama | AL-2 | suppression district noir | +1 |
| Géorgie | GA-6 / GA-7 | dilution banlieues | +1 |
| Texas | TX-9, TX-18, TX-32 | dispersion massive | +2 à +4 |
| Tennessee | Memphis | éclatement urbain | +1 |
| Caroline du Sud | SC-1 | dilution côtière | +1 |
Cette décision va avoir des conséquences directes sur les élections de 2026 et pourrait, selon les estimations coûter entre 5 et 10 sièges aux démocrates, principalement dans les Etats du Sud gouvernés par des républicains. Le webzine Strengh In Numbers évalue même ce gain pour lzs républicains entre 13 et 15 sièges (America’s new redistricting doom loop). Une simulation sur ordinateur montre qu’il est facile dans un état où la répartition entre les deux partis est de 55-45 d’opérer un découpage donnant une majorité en siège de 80 %. On est loin de l’utopie démocratique.