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Qui pour s’opposer à Donald Trump ?

Ça fait penser un peu à une classe où les élèves ne sont pas contents de leur professeur et qui organisent un soulèvement. Soudain, le professeur entre dans la classe et tout le monde file droit. Ou encore à une copie des Révoltés du Bounty qui tournerait mal pour l’équipage et où le capitaine William Bligh redouble de cruauté envers son équipage et la plupart de ses officiers.

Donald Trump a donc annoncé urbi et orbi qu’il se présentait – pour la troisième fois – à la présidence des Etats-Unis devant un parterre de fidèle parmi les fidèles assemblés dans la ball room de de son club pour riches de Mar-a-Lago. Lisant son texte, d’une voix monocorde et sans beaucoup d’énergie…

Jusqu’ici, cette annonce n’a pas suscité un grand enthousiasme au sein du parti, seule Elise Stefanik, numéro trois de la Chambre des Représentants à apporté un clair soutien (peut-être pour un poste de candidate à la vice-présidence).

Certains ont osé formuler quelques critiques, se fondant non pas pour des raisons morales et que Donald Trump « is unfit » (Have Republicans Learned Anything From Their Dance With the Donald? He’s running again. They’re running away. For the wrong reasons), mais parce qu’il va les entraîner à la perte, pour la troisième fois. Dans la grande majorité, il s’agit là de critiques feutrées où le nom de Donald Trump n’est pas mentionné. Parmi les très rares à le faire, Chris Christie qui n’a pas grand-chose à perdre (peut-être n’a-t-il pas digéré que Donald Trump lui transmette le Covid quand il a aidé à préparer le débat contre Joe Biden) a été clair.

« We keep losing and losing and losing. And the fact of the matter is the reason we’re losing is because Donald Trump has put himself before everyone else », avait déclaré l’ancien gouverneur du New Jersey, quelques jours après l’annonce.

Mais ces critiques sont modérées. En 2015 et 2016, lors de la première campagne des primaires et jusqu’à ce que Trump l’emporte sur tous ses concurrents républicains, les critiques étaient très virulentes, la plupart de temps pour des raisons morales.

Ted CruzLyin’ Ted
Marco RubioLittle Marco
John Kasich1 for 38
Ben CarsonSleepy Ben Carson
Jeb BushLow Energy Jeb
Rand PaulTruly weird Senator Rand Paul

Dans un article publié par The Bulwark, Jonathan Last rappelle quelques-unes de ces critiques. Lindsey Graham, devenu un des plus fidèles soutiens de Donald Trump, n’hésitait pas à écrire en décembre 2015 : 

« He’s a race-baiting, xenophobic religious bigot. He doesn’t represent my party. He doesn’t represent the values that the men and women who wear the uniform are fighting for ».

Lors des primaires, Marco Rubio qualifiait régulièrement le candidat de « con man who was dangerous and unqualified to control the nation’s nuclear codes ».

En janvier 2016, le média conservateur National Review écrivait :

« Trump is a philosophically unmoored political opportunist who would trash the broad conservative ideological consensus within the GOP in favor of a free-floating populism with strong-man overtones. . . .

Trump has shown no interest in limiting government, in reforming entitlements, or in the Constitution… His obsession is with “winning,” regardless of the means — a spirit that is anathema to the ordered liberty that conservatives hold dear and that depends for its preservation on limits on government power…

If Trump were to become the president, the Republican nominee, or even a failed candidate with strong conservative support, what would that say about conservatives? »

Le message était alors simple : Donald Trump ne représente pas nos valeurs ni nos principes. Et puis quelques semaines avant l’élection, devant la ferveur des supporters du candidat, tous se sont pliés à ses caprices et ont supporté ses insultes et autres attaques personnelles.

Aujourd’hui, l’opposition se montre au grand jour même si les critiques se font à fleuret moucheté car peu de républicains, candidats potentiels pour 2024 ou non, osent braver les foudres du despote de Mar-a-Lago (entre mer et lac et non ciel et terre). Aujourd’hui, le message est très différent. Après une victoire sur le fil en 2016 et trois défaites cinglantes en 2018, 2020 et 2022, les républicains craignent que le monsieur orange ne les conduise une nouvelle fois à la défaite.

A la Republican Jewish Coalition conference qui s’est tenue à Las Vegas, de nombreux candidats potentiels dont Nikki Haley, l’ancienne ambassadrice aux Nations Unies, et Mike Pompeo, ancien Secretary of State de Donald Trump, ont défilé en faisant clairement comprendre qu’ils étaient intéressés par 2024 sans pour autant s’opposer frontalement à leur ancien maître. Collectivement, ils ont indiqué qu’ils n’allaient pas reculer devant l’ancien président après une troisième défaite avec lui aux commandes du GOP. Mais que vaudront ces déclarations lorsque l’ex-président engagera clairement les hostilités. Oseront-ils se maintenir dans cette attitude d’opposant au risque de subir le retour de bâton de la « base Trump » ou adopteront-ils une position beaucoup plus conciliante ?

C’est là une alternative digne du dilemme du prisonnier.

S’ils s’opposent, c’est la porte ouverte au déchirement du parti, une situation que le GOP a déjà connu et que décrit Newt Gingrich dans un article intitulé Avoiding 1964 in 2024 : « I am worried about the potential for 2024 to become 1964, when Republican Barry Goldwater was annihilated by Lyndon B. Johnson. I lived through 1964, and I saw how badly a bitterly split party can devour itself ». Et Donald Trump est sans doute plus dangereux que Barry Goldwater, non pas sur le plan idéologique puisque l’ancien président n’en n’a pas vraiment mais plutôt sur le plan de la pratique politique. Donald Trump sera prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris mettre le parti républicain en danger.

S’ils ne s’opposent pas, c’est alors un boulevard pour gagner les primaires et perdre les élections générales à nouveau.

Parmi les opposants, Paul Ryan a inventé une nouvelle catégorie (Paul Ryan invents a new category of anti-Trumpism). Il y a les Never-Trumpers, les Never Never-Trumpers. Avec l’ex-speaker, on a maintenant les Never-Again Trumpers, ceux qui ont soutenu l’ex-président mais qui l’ont abandonné depuis. Dans une interview à la chaine ABC, il a déclaré : « I’m proud of the accomplishments [during the Trump administration] – of the tax reform, the deregulation and criminal justice reform – I’m really excited about the judges we got on the bench, not just the Supreme Court, but throughout the judiciary. But I am a Never-Again Trumper. Why? Because I want to win, and we lose with Trump. It was really clear to us in ’18, in ‘20 and now in 2022. » Donc le seul argument avancé est que Donald Trump emmène le parti à la défaite.

Pour l’heure, beaucoup de républicains voient dans Ron DeSantis un nouveau champion. Mais osera-t-il se lever contre Donald Trump ?

L’histoire se répète au moins deux fois, sinon plus. « La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce », précisait Karl Marx.

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