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Negro, Black, African-Americain…Petit retour sur le glissement sémantique dans le recensement

Alors qu’il se prépare au recensement de 2010 (tout comme la France d’ailleurs), l’U.S. Census Bureau propose un petit historique de cette opération. Tous les dix ans depuis 1790, le gouvernement américain procède au recensement de sa population. En fonction de phénomènes historiques, cette opération a utilisé un vocabulaire qui n’a cessé d’évoluer et de se transformer. Au niveau de la méthode, 1970 a été une date importante dans la mesure où les citoyens étaient amenés à une auto-identification  notamment au niveau de la race et de la couleur : Color and Race et Race seulement depuis 1990. Le recensement de l’année 2000 a aussi apporté un changement assez radical en donnant la possibilité de se déclarer comme appartenir à plusieurs races. Il est à noter aussi que depuis 1950.

Tous les dix ans, de nouveaux termes ou notions sont apparus tandis que d’autres disparaissaient.

Le premier recensement de 1790 – les Etats-Unis comptaient alors moins de 3 millions d’habitants – proposaient les catégories : free white, other free persons by colors et slaves.

Entre 1850 et 1880 sont apparues les catégories white (W), black (B) et mulatto (M). La notion de color apparaît en 1850. A ce sujet, on connaît l’expression color blind. En 1870 sont apparus les catégories chinese (C) et Indian (I). Puis en 1890, furent ajoutées les catégories Japanese, quadroon et octoron (quarteron et octavon). Ces deux dernières furent abandonnées au recensement suivant de 1900. Un quarteron est une personne qui a trois grands parents blancs et un noir ; un octavon à un de ses huit ancêtres qui est noir. Ce fut aussi la première fois que le terme negro (en bas de casse indique l’U.S. Census) apparaît.

En 1910 apparaît pour la première fois la choix entre « color or race ». Assez étonnant quand on y pense cette idée de couleur que l’on garde encore aujourd’hui ou il y a, d’un côté, le blanc et, de l’autre, toutes les autres couleurs.

En 1930, des instructions particulières ont été données pour l’utilisation du terme Negro (avec une capitale). Ce recensement introduit la règle dite du « One-drop-rule » selon laquelle à partir du moment où une personne à une goutte de sang noir (expression pour le moins étonnante quand on y pense), elle doit être considérée comme noire. Il en allait de même pour les indiens à l’exception des personnes dont la proportion de sang indien est très faible ou qui sont considérées comme un Blanc par leur entourage.

En 1940, un Mexicain doit se compter comme Blanc à moins qu’il soit Indien ou définitivement d’une autre race que blanc.

La question « color or race » ouvre à un très nombre de choix possibles : Blanc, Negro, Americain Indian, Japanese, Chinese, Filipino, Hawaiian, Part Hawaiin, Aleut, Eskimo,. L’appellation Black n’apparaît pas dans le formulaire. Les instructions données aux agents recenseurs étaient de répondre à cette question en fonction de leurs propres observations et d’indiquer que les Portoricains, les mexicains et autres Latinos devraient être comptés dans la catégorie Blanc à moins qu’ils soient sans doute possible Noir, Indien ou d’une autre race. On imagine assez bien la perplexité dans laquelle ces instructions ont du les placer.

A partir de 1970, le recensement s’effectuera de manière déclarative. De nouveau le terme black réapparaît depuis 1920.

En 1980, le choix des catégories s’étend à des nouvelles origines : Vietnamese, Asiand Indian, Guamanian, Samoan, Eskimo, Aleut. De Black on est passé à Black or Negro.

C’est en 2000 (donc très récemment) que le choix « Black or Negro » devient « Black, Africain Americain ou Negro » avec pour la première fois dans le recensement l’apparition du terme African American. Ce retard par rapport aux pratiques est assez étonnant car il y a bien longtemps que le terme Negro n’est plus politiquement correct et à la limite de l’insulte. Le dernier recensement apporte aussi l’innovation importante selon laquelle on peut décider appartenir à plusieurs races.  La communauté hispanique a dépassé en nombre la communauté noire en 2001.

C’est lors du recensement de l’année 2000 que l’administration a pris en compte de manière plus précise la minorité hispanique (les termes Hispanic et Latino étant interchangeables). Dans le recensement de l’année 2000, les origines sont couvertes par les questions 7 et 8 du formulaire du United Census.

Question 7 : La personne est-elle espagnole/hispanique/latino ?

Non, pas espagnole/hispanique/latino

Oui, mexicain américain, Chicano

Oui, porto ricain

Oui, Cubain

Oui autre, précisez

Question 8 : marquer la race, une ou plusieurs ra-ces à indiquer en fonction de ce que considère la personne :

Blanc

Noir, Africain américain ou Nègre (Noir, African ame-rican, or Negro)

Indian american ou Alaska Native

(Pour cette dernière catégorie il faut préciser la tribu)

Asian               Indian              Japonais          Hawaïen

Chinois            Coréen              Guamanian ou Chamor-ro

Philippines      Vietnamien     Samoen

Asiatiques (Autres)                 Iles du Pacifique (Autres)

Pour ces deux dernières, il faut préciser la race)

Autre race

(Pour cette dernière catégorie il faut préciser la race)

Il y a une certaine confusion entre la race et le pays d’origine. Le gouvernement fédéral fait le distinguo entre race et origine hispanique. L’Office of Management and Budget (OMB) définit un Hispanique ou un Latino comme « une personne originaire de Cuba, Mexique, Porto Rico, Amérique Centrale ou du Sud ou de culture espagnole et ce indépendamment de son origine raciale ». Ainsi, on peut être Hispanique et de race blanche, asiatique ou noire.

L’OMG impose aux agences fédérales d’utiliser au minimum les 5 races suivantes :

–           Blanc ;

–           Noir ou Africain américain ;

–           Indien américain ou natif d’Alaska ;

–           Asiatique ;

–           Natif d’Hawaï ou d’autres îles du Pacifique.

On voit donc que la notion d’Hispanique est traitée séparément du concept de race. De telle sorte que, selon les chiffres du recensement de 2000, les Etats-Unis comptaient 281,4 millions d’habitants dont 35,3 millions d’Hispaniques – soit 13 % de la population – et 246,1 millions non hispaniques. Il n’est pas rare que les instituts d’opinion séparent les Noirs non Hispaniques des Noirs Hispaniques, signifiant par là que lorsqu’un américain appartient aux deux sous-groupes, noir et hispanique, c’est la composante « ethnique », c’est-à-dire hispanique qui l’emporterait.

Dans le questionnaire du Census Bureau, il est possible d’indiquer jusqu’à 6 races constituant l’origine d’une personne. Même les métis simples (issus de deux races) sont extrêmement minoritaires puisqu’ils ne représentent que 2,3 % de la population. Le métissage le plus fréquent est celui entre la race blanche et la race noire puisqu’il représente plus de 85 % des métis.

Répartition des Américains en fonction du nombre de races de leur ascendance
(Déclaratif, chaque Américain peut déclarer jusqu’à 6 races dans ses origines)

Nb races Nombre En %
1 274 595 678 97,574
2 6 368 075 2,263
3 410 285 0,146
4 38 408 0,014
5 8 637 0,003
6 823 0,000
Total 281 421 906 100,000

(Source : US Census Bureau)

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