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Impeach or not impeach ? Telle est la question

Les démocrates de la Chambre des représentants sont face à un dilemme profond : faut-il engager une procédure d’impeachment à l’égard du président ? Certains démocrates comme Elizabeth Warren, première à s’être déclarée candidate aux primaires, appellent à lancer la procédure sans hésitation et sans aucune autre considération. D’autres ont mis de côté une telle initiative. D’autres enfin, comme Nancy Pelosi, Speaker de la Chambre, qui sera un acteur décisif sur cette question, n’y sont pas favorables pour l’instant mais ne ferment pas complètement cette option.

La question peut s’examiner en deux points relativement simples. Rappelons que l’Impeachment est une procédure politique prévue par la Constitution initiée par la Chambre des représentants qui considèrent qu’il y a eu « trahison, corruption ou autres crimes ou délits majeurs ». Il s’agit donc d’une question de principe qui, a priori, ne doit pas être influencée par un quelconque calcul politique.

L’objectif poursuivi par les démocrates est de reprendre la Maison-Blanche en 2020. Pour atteindre cet objectif, les plus pragmatiques pensent donc qu’il n’est pas très efficace de se lancer dans une procédure d’Impeachment donc les chances d’aboutir sont faibles – les républicains ont quitté leur parti et sont désormais entrés dans la Trump Organization. Ceux qui se sont opposés à Donald Trump ne se représentaient pas aux élections ou ont été battus. Donc, pour beaucoup, il s’agit de leur propre survie politique. On ne mentionnera pas les grands prêtres de la trumpitude (turpitude ?) qui sont des soutiens sans conditions au président : Lynsey Graham, Jim Jordan, Matt Gaetz et quelques autres… Les « Tout Sauf Trump » au moment de la primaire républicaine se sont transformés en « Rien sans Trump » abandonnant les principes politiques et moraux qui pouvaient les animer. Il est croustillant de revoir les vidéos de ceux qui étaient aux Congrès lors de la procédure d’impeachment de Bill Clinton et de les comparer aux discours d’aujourd’hui.

Plutôt que de consumer des forces dans cette initiative, mieux vaut se concentrer sur les problèmes qui se posent aux Américains ; la santé, l’éducation, la crise des opiacées, la rénovation des infrastructures… et se préparer au mieux pour 2020.

Et c’est là où l’opinion publique entre en considération. Pour l’heure, une majorité d’Américains selon un sondage réalisé pour le Washington Post et la chaîne ABC après la publication du rapport est opposée à l’idée de lancer l’impeachment (56 %) contre seulement 37 % qui y sont favorables. Un rapport de force que la publication du rapport n’a pas vraiment modifié. Il est vrai que l’approche très légaliste et factuelle de Robert Mueller permet à chacun d’y trouver ce qu’il souhaite. D’autant que le narratif a été imprimé par William Barr avec une synthèse pour le moins éloignée du contenu de ce rapport. Les démocrates considèrent qu’il y a là toute la matière et les républicains claironnent « circulez, il n’y a rien à voir ».  Près de 6 Américains démocrates sont favorables, 9 républicains sur 10 opposés. La conférence organisée par le magazine Lawfare montre bien que la matière ne manque pas (voir la vidéo ci-dessous).

Président menteur ? 58 % des américains le pensent : 90 % des démocrates et seulement 19 % des républicains et 61 % des indépendants. Bref, pour l’instant, l’opinion n’est pas vraiment favorable à lancer la procédure. Cette situation peut-elle évoluer ? Les deux premières années pourraient laisser à penser que non. Mais est-ce si sûr ? D’où l’idée de poursuivre les nombreuses enquêtes en cours par le Congrès et par les tribunaux.

La tactique actuellement retenue par Donald Trump de ne coopérer à rien – en empêchant les auditions, en fournissant par les documents demandés… – pourrait néanmoins changer la donne et enclencher quasi automatiquement la procédure d’Impeachment.

Malgré tout cela, certains analystes considèrent que l’impeachment s’impose et ne pas l’engager est un risque. C’est la position d’Elizabeth Drew (The Danger in Not Impeachment Trump) qui s’y connaît en matière d’impeachment (Washington Journal – Reporting Watergate and Richard Nixon’s Downfall). Substituer l’Impeachment aux élections de 2020 ne renforcerait-il pas le côté autoritaire de Donald Trump s’il gagnait ? L’impeachment est une question de principe et non de calcul politique.

Bref, la question reste ouverte et bien malin serait celui qui pourrait affirmer ce qui va arriver. D’une destitution à une réélection, le champ des possibles n’a jamais été aussi grand.

On April 23, Brookings Senior Fellow and Lawfare Editor in Chief Benjamin Wittes hosted a panel discussion on the redacted version of Special Counsel Robert Mueller’s final report on the Trump-Russia investigation.

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