Malheur aux vaincus. Suite à la cuisante défaire des républicains, certains membres de l’administration en place vont-ils quitter le navire pour prendre leurs distances avec Donald Trump et le Trumpisme, désormais un peu radioactifs, en vue de préparer les élections de 2028. D’autres seront peut-être forcés de quitter leur poste, par exemple suite à une procédure d’impeachment.
Dans la première catégorie, des rumeurs circulent déjà sur un possible départ de Marco Rubio, ministre des Affaires étrangères. Qui a dû avaler plusieurs couleuvres. D’abord face à Elon Musk lors du déploiement du DOGE, ou surtout face à Jared Kushner et Steve Witcoff, les deux pieds nickelés qui font office d’envoyés spéciaux au Moyen-Orient et à Moscou. Et en profitent pour faire des affaires à titre personnel.
L’autre qui, certes, n’a fait aucune déclaration dans ce sens, mais qui aurait peut-être intérêt à se désolidariser de Donald Trump, devenu assez toxique serait le vice-président J.D. Vance. Faut-il se souvenir qu’il avait qualifié Donald Trump de Hitler avant qu’il soit choisi pour faire parti du ticket républicain. Après la déroute des midterms, il a pris ses distances dans un message sur le fil de son réseau social. Une situation dont on ne voit pas comment Donald Trump pourrait lui pardonner.
Un vice-président peut-il démissionner ? Oui, mais la Constitution ne prévoit rien à ce sujet. La section 2 du 25e amendement mentionne seulement que « Lorsqu’un poste de vice-président devient vacant, le président nomme un nouveau vice-président, qui entre en fonction après confirmation par un vote à la majorité des deux chambres du Congrès ».
Si d’aventure un tel évidemment se produisant, on serait dans la situation inédite où un candidat à la vice-présidence devrait être confirmé par une chambre à majorité démocrate. Quel spectacle ?
Est-ce déjà arrivé ? Oui à deux reprises
Vice-président d’Andrew Jackson, John C. Calhoun avait démissionné le 28 décembre 1832, trois mois avant la fin de son mandat. La raison était essentiellement politique : il est en conflit ouvert avec Jackson, notamment sur la question des droits des États et de la politique douanière fédérale. Cela ne l’empêche de poursuivre une belle carrière politique.
John C. Calhoun a poursuivi une carrière politique de premier plan pendant près de vingt ans après sa démission de la vice-présidence, en décembre 1832. Il est même devenu l’une des figures les plus influentes du Sud esclavagiste.
Il retourne au Sénat (1832-1843). À peine sa démission annoncée, il retrouve un siège de sénateur de Caroline du Sud, élu pour remplacer Robert Y. Hayne.
Il devient rapidement l’un des principaux défenseurs :
– des droits des États face au gouvernement fédéral ;
– de la doctrine de la mellification, selon laquelle un État peut déclarer inapplicable une loi fédérale qu’il juge inconstitutionnelle ;
– de l’esclavage et de son maintien dans les territoires de l’Ouest.
En 1837, il prononce un discours resté tristement célèbre dans lequel il qualifie l’esclavage de « positive good », un bien positif, et non d’un mal nécessaire.
En 1844, le président John Tyler le nomme secrétaire d’État. John Calhoun joue alors un rôle majeur dans le processus d’annexion du Texas. Il défend cette annexion notamment parce qu’elle permettrait d’étendre les territoires où l’esclavage est autorisé.
Le traité d’annexion qu’il soumet au Sénat échoue d’abord, mais l’annexion est finalement réalisée en 1845 par une résolution conjointe du Congrès. 
Il revient au Sénat jusqu’à sa mort. Il retrouve son siège de sénateur en novembre 1845. Il devient l’un des trois grands protagonistes du Sénat de cette époque, avec Henry Clay et Daniel Webster, parfois désignés comme le Great Triumvirate.
L’autre démission est celle de Spiro Agew, vice-président de Richard Nixon, le 10 octobre 1973, en pleine crise du Watergate. Vice-président de Richard Nixon depuis 1969, Spiro Agnew démissionne le 10 octobre 1973, en pleine crise du Watergate. Il est poursuivi pour fraude fiscale et corruption liées notamment à ses activités antérieures comme gouverneur du Maryland.
Sa démission entraîne une situation inédite depuis l’adoption du 25e amendement : Nixon doit désigner un nouveau vice-président. Il choisit Gerald Ford, alors chef de la minorité républicaine à la Chambre. Celui-ci est confirmé par les deux chambres du Congrès et entre en fonction le 6 décembre 1973. Après la démission de Richard Nixon, Gerald Ford devient donc président des États-Unis, sans avoir été élu. La seule occurrence où un tel événement est arrivé aux États-Unis.
Dans la seconde catégorie, celle des personnes à qui l’on demandera de partir, Peter Hegseth, le ministre de la Défense est sans doute le premier sur la liste. Dans un récent tweet, il conseille à Donald Trump le remplacer pendant qu’il a toujours la majorité au Congrès plutôt que d’attendre qu’il lance sa procédure d’impeachment. Avec l’arrivée des démocrates, la pilule sera beaucoup plus dure à avaler.
Que ce soit dans la première ou la seconde catégorie, la liste n’est certainement pas close.