Le mercredi 30 septembre, l’État du Tennessee a tenté d’exécuter Christa Pike, condamnée pour le meurtre (dans des conditions horribles) de Colleen Slemmer, commis en 1995 alors qu’elle avait 18 ans. Elle aurait été la première femme exécutée dans l’État depuis deux siècles. Deux injections de pentobarbital plus tard, elle était toujours en vie.
Depuis, tout l’appareil de l’État s’est mis au service d’un renversement saisissant : sauver celle qu’il venait d’essayer de tuer. Christa Pike a été transportée d’urgence à l’hôpital, placée sous respirateur, tandis que des soignants s’employaient à éliminer de son organisme le poison qui devait la tuer. Elle est aujourd’hui consciente, elle parle, et ses avocats, qui évoquent une situation « sans précédent », s’attendent à une longue convalescence. Elle reste pourtant menottée et enchaînée, malgré de graves blessures aux bras. Le gouvernement soigne Christa Pike. Pour pouvoir à nouveau exécuter ? la médecine mobilisée, non pour guérir, mais pour remettre la condamnée en état d’être tuée.
Il s’agit du second échec d’exécution de l’année dans le Tennessee : en mai 2026, les autorités avaient déjà dû renoncer à exécuter Tony Carruthers, condamné pour l’enlèvement et le meurtre de trois personnes en 1994, après plus d’une heure d’échecs répétés pour poser une voie veineuse destinée à administrer le pentobarbital (Source : Wikipedia).

Christa Pike a été condamnée à mort le 30 mars 1996, dans le comté de Knox, au Tennessee. Elle avait 19 ans au moment de sa condamnation (18 ans au moment du meurtre). Elle avait été reconnue coupable quelques jours auparavant, le 22 mars 1996, de meurtre au premier degré et de complot en vue de commettre un meurtre. Le jury a recommandé la peine capitale et le juge Mary Beth Leibowitz l’a condamnée à mort par électrocution. Elle a donc passé plus de 30 ans dans le couloir de la mort.
Cet événement n’est pas un accident de parcours, c’est le produit d’un choix historique : celui de la médicalisation de la peine de mort, peut-être pour lui donner une dimension plus humaine.
Longtemps, l’Amérique a exécuté par la pendaison, puis par la chaise électrique, introduite à New York en 1890 pour être plus « humaine » que la corde. Mais les images de condamnés brûlés, de fumée et de convulsions ont fini par heurter l’opinion. C’est dans cette perspective qu’a été imaginée, à la fin des années 1970 dans l’Oklahoma, l’injection létale, utilisée pour la première fois au Texas en 1982.
Le geste a changé d’apparence : une salle aseptisée, une table médicalisée, des produits pharmaceutiques, un condamné allongé qui semble s’endormir. L’État pouvait ainsi tuer en paraissant soigner, ou du moins en se donnant les apparences de la neutralité clinique.
Cette neutralité est pourtant largement une illusion. Les médecins n’ont pas le droit de participer, leur déontologie le leur interdit, de sorte que la pose des cathéters revient à du personnel pénitentiaire sans formation médicale, ce qui explique en grande partie les exécutions ratées, de l’Oklahoma à l’Alabama et désormais au Tennessee.
Les laboratoires pharmaceutiques, européens notamment, ont de leur côté refusé de fournir leurs produits, poussant les États à improviser des protocoles et à se tourner vers des substances de substitution, ou même à revenir à des méthodes plus brutales, comme l’azote. La médicalisation a ainsi produit son contraire : une mise en scène de la médecine, sans les médecins et sans la maîtrise qui en fait la valeur.
Cette affaire résume, de façon presque caricaturale, ce qu’est la peine de mort aux États-Unis : un système qui, pour aller jusqu’au bout de sa logique, en vient à contredire ses propres principes. Quelle est la situation actuelle ?
En 2026, selon le Death Penalty Information Center (DPIC), 27 États américains maintiennent légalement ou formellement la peine de mort, mais cela ne signifie pas que tous exécutent effectivement des condamnés. (Death Penalty Information Center). Mais en pratique, la la majorité des États qui ont conservé la peine capitale ne l’utilisent pratiquement plus. Le DPIC indique que 37 États sur 50 ont soit aboli la peine de mort, soit n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins cinq ans. (Death Penalty Information Center).
Par ailleurs, dans ceux qui continuent à la pratiquer, certains états, Floride et Texas, concentrent une grande partie des exécutions. Au 1er octobre 2026. 29 exécutions ont eu lieu dans six États en 2026 : Floride (16), Texas (6), Oklahoma (3), Alabama (2), Arizona (1) et Tennessee (1).
Le chiffre de 2025 constitue une nette remontée, principalement due à la Floride, qui a procédé à 19 exécutions, son record depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976. Hors Floride, les autres États ont procédé à 29 exécutions. Au total, 1 683 personnes ont été exécutées aux États-Unis depuis 1976. (Death Penalty Information Center)
Actuellement, le nombre de personnes actuellement condamnées à mort est cependant beaucoup plus élevé : 2 004 condamnés étaient sous le coup d’une condamnation à mort active en janvier 2026. Ce chiffre est en baisse régulière depuis le pic d’environ 3 600 détenus au début des années 2000. (Death Penalty Information Center).
Répartion des 29 éxécutions en 2026 fonction des Etats au 1er octobre
| Floride | 16 |
| Texas | 6 |
| Oklahoma | 3 |
| Alabama | 2 |
| Arizona | 1 |
| Tennessee | 1 |
Nombre des exécutions selon les années
| Année | Exécutions |
| 2009 | 52 |
| 2020 | 17 |
| 2021 | 11 |
| 2022 | 18 |
| 2023 | 24 |
| 2024 | 25 |
| 2025 | 48 |
| 2026 au 1er oct. | 29 |
(Source : Death Penalty Information Center)