Il y a une forme de vérité crue dans les chiffres. Quand le Pew Research Center publie, fin avril 2026, un sondage[i] (Trump Loses Ground on Several Personal Traits as Approval Rating Slips) plaçant Donald Trump à 34 % d’approbation, son plancher historique sur ce second mandat, on pourrait être tenté de penser que c’est juste un épisode de plus. Les Américains ont l’habitude des soubresauts de popularité présidentielle, et Trump a survécu à bien des tempêtes. Sauf que cette fois, quelque chose semble structurellement différent.
Ce qui frappe dans les données du Pew Research, ce n’est pas le rejet prévisible des démocrates – 98 % désapprouvent Trump, chiffre quasi-constant depuis janvier 2025. C’est la désaffection progressive de sa propre base qui mérite attention. Parmi les électeurs qui avaient voté pour lui en novembre 2024, 95 % approuvaient sa gestion dans les premières semaines de son mandat. Ils ne sont plus que 78 % aujourd’hui et la tendance est continue. Plus révélateur encore : chez les électeurs Trump de moins de 35 ans, ce taux d’approbation s’effondre à 57 %. Chez ses électeurs hispaniques, la chute atteint 27 points depuis le début 2025.

Ces groupes-là – jeunes, minorités ayant pourtant fait le pari Trump – ne sont pas des sympathisants mollement acquis. Ce sont des électeurs qui avaient pris un risque politique. Leur déception, à ce stade, a toutes les caractéristiques d’une rupture de confiance, pas d’un simple moment de doute.
Trump a bâti sa marque politique sur une idée simple : il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit. C’est précisément sur ce terrain que la chute est la plus vertigineuse. En novembre 2024, 51 % des Américains estimaient qu’il tenait ses promesses. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 38 %.

Pour un président dont l’image repose sur la rupture avec les politiciens “qui mentent”, c’est une blessure au cœur du récit. Ni la rhétorique ni les coups d’éclat ne suffisent plus à compenser le fossé entre les annonces et le vécu quotidien d’une partie de ses soutiens — notamment sur l’économie, où seulement 42 % font encore confiance à son jugement.
Le sondage pose également une question que peu de commentateurs auraient jugé pertinente il y a dix-huit mois : le niveau d’éthique et d’honnêteté dans le gouvernement fédéral a-t-il progressé ou reculé sous Trump ? 56 % (seulement ?) des Américains répondent : reculé. Même parmi les républicains, 23 % font ce constat contre seulement 11 % qui l’anticipaient en janvier 2025.
La question des “rebaptisations” de bâtiments publics au nom du président encore en exercice – aéroport de West Palm Beach, Kennedy Center – cristallise un malaise plus large. Seuls 9 % des Américains jugent cette pratique acceptable. Fait remarquable : 17 % seulement des républicains y voient quelque chose de normal. Quand un président perd la bataille symbolique jusque dans son propre camp, c’est que quelque chose a changé dans l’air.
Ce qui rend ce décrochage potentiellement durable, c’est moins son amplitude que l’indifférence apparente qu’il suscite côté Maison Blanche. Loin de corriger le tir, Trump semble avoir choisi d’accélérer : extravagances symboliques, postures militaires contestées (la confiance dans sa gestion de la force armée a chuté de 8 points en un an), et surtout une imperméabilité aux signaux d’alerte qui, chez tout autre président, déclencherait une révision de stratégie.
Les midterms de novembre 2026 approchent. Historiquement, un président à 34 % d’approbation six mois avant les élections législatives expose son parti à une vague punitive. Mais pour que ce mécanisme joue, encore faut-il que le président en question veuille conserver une majorité au Congrès ou du moins agisse comme si c’était le cas.
Rien, dans l’attitude actuelle de Donald Trump, ne suggère qu’il considère les midterms comme une contrainte à gérer. Ce détachement assumé vis-à-vis des équilibres institutionnels est peut-être, finalement, le signal le plus inquiétant que les chiffres de Pew laissent entrevoir.
[i] Source : Pew Research Center, enquête nationale conduite du 20 au 26 avril 2026 auprès de 5 103 adultes américains.