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La dernière interview d’Hannah Arendt : une ode à la liberté

Née en 1906, Hannah Arendt étudie la philosophie avec des maîtres comme Martin Heidegger et Karl Jaspers. Avec la montée du nazisme et l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933, elle est brièvement arrêtée, puis contrainte de fuir, d’abord à Paris, puis aux États-Unis en 1941. Elle y enseignera dans de grandes universités comme L’université de Chicago ou Princeton.

Cette interview, qui a été réalisée en 1973, sera la dernière. Elle décède en 1975.

« Je ne possède pas de philosophie politique que je pourrais résumer dans un terme en isme. Moi je me sers où je peux ».

Les États-Unis ne sont pas un État-nation, les Américains ne sont pas unis par l’histoire, la langue, l’origine ethnique. Ils deviennent citoyens des États-Unis par la simple adhésion à la Constitution des États-Unis.

Pour les Français ou les Allemands (la première en a connu 15, la seconde trois), la Constitution n’est qu’un morceau de papier. On peut la changer. Aux États-Unis, la Constitution est un document sacré. C’est la matérialisation et le souvenir d’un acte sacré, l’acte de fondation des États-Unis comme une « more perfect Union ». Avec l’idée central E pluribus unum consistant à réunir des citoyens d’origine différente dans un même ensemble sans pour autant supprimer leurs différences.

Tout cela est très difficile à comprendre pour un non Américain. Dans ce système politique, c’est la loi qui règne et non pas les hommes.

Les années 60 ont été marquées par les assassinats du président Kennedy, de Martin Luther King, de Bobby Kennedy ; la décennie suivante par la crise du Watergate avec un conflit ouvert entre l’Exécutif et le Législatif. Pour Hannah Arendt, c’est la Constitution qui est en cause, car les Pères fondateurs ne pensaient pas que la tyrannie pouvait émerger de l’Exécutif puisque ce dernier était conçu et pensé comme l’exécutant du pouvoir législatif. Or, le pouvoir présidentiel n’a fait que se renforcer au fil du temps.

Nous avons aujourd’hui que le plus grand danger vient de l’Exécutif.

Nous y sommes, aurait-elle sans doute ajouté aujourd’hui.

Les Pères fondateurs pensaient aussi s’être libérés de la domination de la majorité. C’est pourquoi ce serait une erreur de penser que nous sommes dans une démocratie, une erreur que font beaucoup d’Américains. Il s’agit d’un système républicain. Ils pensaient surtout préserver les droits des minorités, une nécessité dans un corps politique sain où une pluralité d’opinions doit pouvoir s’exprimer. Ce que nous appelons en France l’Union Sacrée est précisément ce à quoi il faut aboutir et qui est une sorte de tyrannie. Le tyran pourrait très bien être une majorité. C’est pourquoi le pouvoir est construit de telle majorité qu’il doit toujours y avoir une opposition.

Avec Donald Trump qui considère les démocrates non pas comme l’opposition, mais comme un ennemi intérieur, on est complètement sorti de ce système.

La sécurité nationale est un nouveau mot du vocabulaire américain. C’est la traduction de la raison d’État. Il est apparu en 1947 avec la loi National Security Act. Une notion qui, pour Hannah Arendt, a été importée d’Europe. C’est Eisenhower qui a officiellement instauré la fonction aux États-Unis. Cette raison d’État n’a jamais joué aucun rôle aux États-Unis. Elle concerne quasiment tout. Et pourtant, cette notion s’est encore assez largement élargie après le 11 septembre 2001. Dans un tel contexte, le président est-il au-dessus des lois et tout ce qu’il est fait est-il dans l’intérêt de la sécurité nationale ?

« Nous avons peur de la liberté »

« Ces gens-là croyaient à l’image qu’il fallait créer de soi. Maintenant, ils veulent que tout le monde croie à leur image. Nous entrons dans un monde politique totalement différent ». Nous sommes en 1973. Que dirait-elle aujourd’hui ? Que l’image est devenue la réalité ?

Question : Après l’arrogance du savoir, l’arrogance du pouvoir. Maintenant l’arrogance tout court ?

« Je ne sais pas ce qu’est l’arrogance tout court. Je pense que c’est plutôt la volonté de dominer. Jusqu’à présent, cela n’a pas réussi ».

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