On le sait : un simple tweet, une petite déclaration dans l’embrasure de la porte de l’avion présidentiel, une conférence de presse, autant d’événements qui peuvent faire varier les indices boursiers ou le prix du baril de pétrole dans des proportions significatives. De la simple conséquence à la manipulation de cours, il n’y a qu’un pas assez facile à franchir. Et la corruption des quinze premiers mois laisse planer un sérieux doute sur l’idée que certains dans l’entourage proche du président puissent tirer parti des annonces présidentielles.
Dans son édition du 23 mars 2026 de sa newsletter Letters from an American, Heather Cox Richardson présente les faits troublants de ces derniers jours.
Au lendemain d’une semaine de tensions liées à l’escalade militaire avec l’Iran, Donald Trump tente, dans un premier temps, de rassurer les marchés. Vendredi, juste après la clôture de S&P 500, il affirme que la guerre est en voie d’apaisement, évoquant un conflit “winding down”. Cette communication, soigneusement positionnée hors des heures de cotation, semble viser à contenir l’anxiété des investisseurs pendant le week-end.
Mais le ton change brutalement le lendemain. Samedi à 19h44, le président publie un message d’une extrême fermeté :
“If Iran doesn’t FULLY OPEN, WITHOUT THREAT, the Strait of Hormuz, within 48 HOURS from this exact point in time, the United States of America will hit and obliterate their various POWER PLANTS, STARTING WITH THE BIGGEST ONE FIRST! Thank you for your attention to this matter. President DONALD J. TRUMP”
Le monde retient son souffle.
Cette menace directe contre des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ravive immédiatement les craintes d’un choc pétrolier. Même en l’absence de cotation, les anticipations de marché basculent : les risques sur l’approvisionnement mondial augmentent, tirant mécaniquement les attentes à la hausse sur le Brent crude, tandis que les actifs risqués sont sous pression.
Le retournement intervient le lundi matin. À 7h23, Donald Trump publie un nouveau message, cette fois résolument optimiste :
“I AM PLEASED TO REPORT THAT THE UNITED STATES OF AMERICA, AND THE COUNTRY OF IRAN, HAVE HAD, OVER THE LAST TWO DAYS, VERY GOOD AND PRODUCTIVE CONVERSATIONS REGARDING A COMPLETE AND TOTAL RESOLUTION OF OUR HOSTILITIES IN THE MIDDLE EAST. BASED ON THE TENOR AND TONE OF THESE IN DEPTH, DETAILED, AND CONSTRUCTIVE CONVERSATIONS, WHICH WILL CONTINUE THROUGHOUT THE WEEK, I HAVE INSTRUCTED THE DEPARTMENT OF WAR TO POSTPONE ANY AND ALL MILITARY STRIKES AGAINST IRANIAN POWER PLANTS AND ENERGY INFRASTRUCTURE FOR A FIVE DAY PERIOD, SUBJECT TO THE SUCCESS OF THE ONGOING MEETINGS AND DISCUSSIONS. THANK YOU FOR YOUR ATTENTION TO THIS MATTER! PRESIDENT DONALD J. TRUMP”
L’effet de marché est immédiat à la réouverture :
- le S&P 500 bondit de 240 points,
- le Brent crude chute à 96 dollars le baril.
Les investisseurs interprètent ce message comme un signal clair de désescalade, réduisant la prime de risque géopolitique. Cependant, cette embellie est de courte durée. Les autorités iraniennes démentent rapidement toute négociation, affirmant n’avoir eu “no direct or indirect contact” avec Washington. Elles accusent même le président américain de chercher “to reduce energy prices and to buy time”.
La réaction des marchés est tout aussi brutale que le mouvement initial :
- le S&P 500 recule de 120 points,
- le Brent crude remonte aux alentours de 100 dollars.
Ce va-et-vient illustre une dépendance extrême des marchés à la crédibilité des annonces politiques.
Un élément troublant renforce encore cette séquence : selon plusieurs observateurs, dont Paul Krugman, les marchés à terme auraient enregistré une hausse soudaine environ quinze minutes avant l’annonce présidentielle. Il évoque la possibilité qu’un acteur informé ait pu exploiter la situation “could have sold a bunch of crude oil futures (…) then bought them back immediately after Trump’s announcement (…) and you could have turned a very, very nice profit.”
En définitive, la chronologie des événements révèle une mécanique désormais bien identifiée :
- annonces de désescalade → hausse des actions, baisse du pétrole
- annonces de confrontation → baisse des actions, hausse du pétrole
Mais surtout, elle souligne un facteur plus structurant : la réaction des marchés ne dépend plus seulement des faits, mais de la crédibilité perçue de la parole politique — une variable devenue, en elle-même, un moteur majeur de volatilité.
Or cette crédibilité est sérieusement altérée. Pour preuve, cet échange entre le président Trump et les journalistes lors de son départ de l’aéroport de Palm Beam pour la Maison-Blanche. Il a affirmé que son envoyé pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, s’entretient actuellement avec
“a top person” en Iran, qu’il décrit comme “the man who, I believe, is the most respected and the leader…not the supreme leader…but the people that seem to be running [Iran].”
Barak Ravid d’Axios a rapporté plus tard que ce sont Witkoff et Jared Kushner — tous deux agissant de manière indépendante avec des intérêts financiers au Moyen-Orient — qui mènent la danse plutôt que le secrétaire d’État Marco Rubio. Ils auraient envoyé des messages au président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, via l’Égypte, le Pakistan et la Turquie. Des intermédiaires tentent d’y organiser un appel entre négociateurs américains et iraniens.
Donald Trump a semblé considérer ce plan comme acquis, affirmant que les négociateurs se parleraient par téléphone dès aujourd’hui. Il a ajouté :
“We’ll at some point very soon meet. We’re doing a five-day period. We’ll see how that goes. And if it goes well, we’re gonna end up with settling this, otherwise we just keep bombing our little hearts out.”
Kaitlan Collins de CNN a interrogé Trump sur le contenu de ces discussions :
“You’ve said there’s many points of agreement with Iran right now. Can you give us a few of them?”
Ce à quoi il a répondu :
“Many. Like fifteen points. Fifteen points.”
Lorsque la journaliste a cherché à savoir si l’Iran avait déjà donné son aval (“That Iran has said yes to?”), Trump a rétorqué :
“Well, they’re not gonna have a nuclear weapon. That’s number one. That’s number one, two, and three. They will never have a nuclear weapon.”
À la question de savoir si les Iraniens avaient accepté cette condition, il a affirmé :
“They’ve agreed to that.”
Un autre journaliste a ensuite demandé si l’Iran acceptait l’absence totale d’enrichissement, même à des fins médicales ou civiles, Donald Trump a répondu :
“They have.”
Le dialogue s’est ensuite porté sur la sécurité maritime. À la question de Kaitlan Collins sur le contrôle du détroit d’Ormuz, Donald Trump a déclaré :
“That’ll be opened very soon if this works,” précisant que cela se ferait “Immediately.”
Quant à savoir qui contrôlerait le détroit, il a répondu après une hésitation :
“Uhhhhh, [it’ll] be jointly controlled.”
Pressé de préciser par qui, Donald Trump a lancé :
“Maybe me. Maybe me. […] Me and the ayatollah, whoever the ayatollah is…. And there’ll also be… a very serious form of regime change. Now in all fairness, everybody’s been killed from the regime…. But we’re dealing with some people that I find to be very reasonable, very solid. The people within know who they are. They’re very respected, and maybe one of them will be exactly what we’re looking for. Look at Venezuela, how well that’s working out. We are doing so well in Venezuela, with oil and with the relationship between the president-elect and us. And maybe we find someone like that in Iran.”
Enfin, interrogé sur la nécessité de maintenir un budget de 200 milliards de dollars si la guerre touchait à sa fin, Trump a conclu :
“We, ah, it’s always nice to have. It’s always nice to have. It’s a very inflamed world.”
Avait-il Cuba en tête ? Pourquoi ne pas créer une crise à Cuba pour faire oublier la crise du Moyen-Orient ?