« I have joined the political arena so that the powerful can no longer beat up on people that cannot defend themselves. Nobody knows the system better than me, which is why I alone can fix it » avait déclaré Donald Trump, le 21 juillet 2016 à Cleveland (Ohio) lors de son premier discours d’investure. Phrase qui avait été longuement commentée et avait servi de titre à un livre à succès I Alone Can Fix It: Donald J. Trump’s Catastrophic Final Year, publié en 2021.
Aujourd’hui, il pourrait déclarer : “I alone can break it”.
La décision de lancer l’opération militaire en Iran a sans doute été poussé par Israël mais sans appui formel de Donald Trump elle n’aurait pas eu lieu. C’est donc la guerre de Donald Trump dont il sera le seul responsable et dont on voit les conséquences se dérouler sous nos yeux.
Selon l’agence Reuters et le Wall Street Journal, le président américain a pris cette décision sur la seule base de son intuition et contre l’avis assez largement partagé par la CIA et son chef d’Etat-major Dan Caine qui doit aujourd’hui faire le service après-vente.
Alors que les bombardements sur l’Iran entrent dans leur troisième semaine, une vérité émerge des cercles du renseignement américain : la résilience du régime de Téhéran, loin d’être une surprise stratégique, était un scénario explicitement prédit et communiqué au président Donald Trump avant même le premier tir.
L’objectif affiché de Washington — un effondrement rapide du pouvoir clérical — se heurte aujourd’hui à une réalité que la CIA avait anticipée. Selon des évaluations produites deux semaines avant l’offensive du 28 février, l’agence avait averti la Maison Blanche que l’élimination de l’Ayatollah Ali Khamenei ne provoquerait pas de vide politique. Au contraire, le renseignement prévoyait qu’il serait remplacé par des figures encore plus radicales issues du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (IRGC) ou du clergé ultra-conservateur.
Cette analyse s’appuyait sur un constat clé : malgré les manifestations de janvier, aucune défection n’avait été enregistrée au sein des Gardiens de la révolution islamique (IGRC). Sans fracture de l’appareil sécuritaire, les chances d’une révolution réussie étaient jugées quasi nulles.
Le président n’a pas seulement ignoré les analyses politiques, mais aussi les alertes militaires et économiques. Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, aurait prévenu Trump à plusieurs reprises qu’une attaque pousserait l’Iran à fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % des exportations mondiales de pétrole.
Pourtant, Donald Trump a choisi de parier sur une capitulation rapide de Téhéran, convaincu que la puissance militaire américaine suffirait à forcer la main du régime avant que les conséquences économiques mondiales ne deviennent intenables.
L’enquête du Wall Street Journal révèle que ce mépris des faits n’est pas le fruit du hasard, mais d’un processus de décision extrêmement restreint. Entouré d’un petit cercle de fidèles comprenant JD Vance, Marco Rubio et Pete Hegseth, le président a délibérément limité les voix discordantes.
Ce petit groupe constitué de “Yes men” marqué par une idéologie de rupture avec l’ “État profond” (*Deep State*), a fonctionné comme un filtre, ne laissant remonter au président que les informations confirmant ses intuitions.
Le Vice-Président J.D. Vance – pourtant opposé aux interventions extérieures – a joué un rôle moteur en présentant l’attaque non pas comme un risque, mais comme une opportunité historique de remodeler le Moyen-Orient. Pour Vance, les avertissements de la CIA sur la résilience de l’IRGC étaient perçus comme des tentatives de la bureaucratie du renseignement pour entraver la volonté présidentielle. Il a soutenu l’idée que la force brute provoquerait un choc psychologique suffisant pour briser le régime, une thèse que les faits ont depuis démentie.
Bien qu’il ait mené les négociations de la dernière chance à Genève, Marco Rubio a adopté une posture de fermeté absolue. Lors de ses briefings devant le “Gang des Huit” au Congrès, il a minimisé les risques de blocage du détroit d’Ormuz évoqués par le Pentagone. Marco Rubio a porté la vision d’un Iran “mûr pour le changement”, s’appuyant davantage sur les espoirs des exilés iraniens que sur les analyses de terrain des services secrets.
Nommé pour sa loyauté et son désir de purger la hiérarchie militaire des éléments jugés trop prudents, Le Secrétaire de la Défense Pete Hegseth a court-circuité les réserves du général Dan Caine. Alors que l’état-major s’inquiétait de l’escalade, Il a assuré au président que l’armée américaine pouvait mener une opération chirurgicale sans s’enliser dans un conflit de longue durée.
Le Wall Street Journal et Reuters révèlent que ce conseil restreint a mis en place un système de décision étanche :
– Les rapports de la CIA soulignant l’absence de défections au sein des Gardiens de la Révolution (IRGC) ont été balayés. Le cercle de Donald Trump considérait que le renseignement américain sous-estimait systématiquement la fragilité des dictatures, citant souvent (à tort) des précédents historiques.
– En limitant les participants aux briefings, Donald Trump a éliminé la contradiction.
– Donald Trump et ses proches conseillers ont parié sur l’idée que les frappes agiraient comme un catalyseur pour les manifestants de janvier. Cependant, comme l’avait prédit la CIA, l’attaque étrangère a eu l’effet inverse, permettant au régime de l’IRGC de resserrer les rangs au nom de l’unité nationale.
La confiance de Donald Trump semble s’être forgée sur une analogie douteuse avec l’opération de janvier au Venezuela. Ses conseillers ont eu du mal à le convaincre que l’Iran ne s’effondrerait pas aussi facilement que le gouvernement de Nicolas Maduro.
Aujourd’hui, les rapports de renseignement du 11 mars confirment que le régime iranien n’est pas menacé d’effondrement imminent. La direction reste largement intacte, le contrôle sur la population est maintenu, et l’ascension de Mojtaba Khamenei valide la thèse d’une continuité radicale prédite par la CIA.
Alors que ses conseillers cherchent désormais désespérément une porte de sortie honorable, la responsabilité de Donald Trump est engagée : celle d’avoir lancé une guerre pour un motif — le changement de régime — que ses propres services lui avaient décrit comme une chimère.
L’offensive contre l’Iran n’est donc pas le résultat d’une erreur de renseignement, mais d’une décision politique délibérée d’ignorer le renseignement. Donald Trump, soutenu par un entourage qui a érigé la loyauté au-dessus de l’expertise, a lancé les États-Unis dans un conflit dont les issues désastreuses étaient écrites noir sur blanc dans les dossiers de la Maison Blanche avant même le début des hostilités.
Entre arrogance et incompétence, on hésite à choisir. Mais à entendre le président des Etats-Unis, la guerre est bientôt finie et la victoire américaine éclatante. Maintenant, c’est au tour de Cuba de trembler.
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