Dans un article récent, le New York Times (Trump Says His Unpredictable Style Gives Him Leverage. But It Has a Cost) tente de faire passer l’imprévisibilité de Donald Trump pour de la stratégie, de vision ou de méthode, Un examen des commentaires montre que les lecteurs n’adhèrent pas à ce discours et y voient plutôt «de l’arbitraire, de l’incompétence et de l’instabilité mentale ». Richard Nixon avait théorisé cette théorie du fou consistant à faire croire aux dirigeants des pays hostiles du bloc de l’Est qu’ils ont en face d’eux un dirigeant au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction. Ainsi, ces pays hostiles ne devaient pas être tentés de provoquer les États-Unis, craignant une réponse américaine inattendue (Source : Wikipedia). Avec Donald Trump, on est passé dans un autre registre.

Il faut un certain courage rhétorique — ou une certaine lâcheté éditoriale — pour titrer encore, en 2026, sur le prétendu « style imprévisible » de Donald Trump. Comme si l’on parlait d’un chef excentrique, d’un négociateur fantasque, d’un tempérament iconoclaste. Comme si, après dix ans de chaos documenté, de mensonges compulsifs, de corruption systémique et de pulsions de vengeance, il était encore raisonnable de présenter cette conduite comme une stratégie.
Le New York Times ne nie pas les dégâts. Il les euphémise. Il les polit. Il les anesthésie sous un vocabulaire managérial — leverage, deal-making, unpredictability — qui relève moins de l’analyse que les Américains ont baptisée de sanewashing : une pratique médiatique qui consiste à traiter un comportement manifestement pathologique, autoritaire ou dangereux comme une simple variante du jeu politique normal.
Comment qualifier, par exemple, les récentes déclarations de Donald Trump au National Prayer Breakfast : “They rigged the second election. I had to win it. I had to win it. I needed it for my own ego. I would’ve had a bad ego for the rest of my life. Now I really have a big ego, though. Beating these lunatics was incredible, right? What a great feeling, winning every swing state, winning the popular vote. The first time, you know, they said I didn’t win the popular vote. I did.” Cela ne relève-t-il pas plutôt de la psychiatrie que de l’analyse politique ?
En réaction à cet article, les lecteurs du New York Times, eux, ne s’y trompent pas.
“‘Unpredictable style?’ Is that media euphemism now for insanity?”
“This isn’t a style. This is a lack of ability, vision and character.”
“Let’s stop normalizing manic, erratic behavior as strategy.”
Ces lecteurs ne sont pas des militants. Ce sont des citoyens, des chefs d’entreprise, des universitaires, des observateurs étrangers, qui disent tous la même chose : ce que Trump appelle imprévisibilité est en réalité de l’arbitraire, de l’incompétence et de l’instabilité mentale.
Dans le monde réel — celui des affaires, de la diplomatie, de la finance — l’imprévisibilité n’est pas un atout. Les acteurs de ces secteurs ne se lassent pas de nous le répéter. Cette imprévisibilité est synonyme de volatilité, donc de risque.
De leur côté, les lecteurs le rappellent avec une clarté que le journal semble avoir perdue :
“In finance, unpredictable = volatility = risk. Plain and simple.”
“You can’t be a master deal maker when no one trusts you.”
Un État puissant n’est pas celui qui terrorise ses partenaires par des menaces erratiques, mais celui dont la parole est fiable, dont les engagements tiennent, dont le droit s’applique. Pendant soixante-dix ans, la prévisibilité américaine fut un pilier de l’ordre mondial. Trump l’a dilapidée en quelques mois.
Là encore, les lecteurs voient ce que le Times hésite à nommer :
“He is burning through the trust and goodwill of the whole USA.”
“America First has become America Last.”
“Allies are pivoting away — not because they prefer China, but because predictability is an asset.”
Qualifier cette conduite de style relève presque de l’insulte à l’intelligence. Plusieurs lecteurs décrivent avec justesse ce qui se joue réellement : une logique de racket, directement héritée des méthodes de Roy Cohn et du monde mafieux.
“Extract money, then escalate demands until the target breaks.”
“This is extortion, not negotiation.”
“A mob boss shaking down universities and countries.”
Donald Trump ne négocie pas. Il menace, humilie, recule, puis revendique une victoire imaginaire. Ce cycle est parfaitement prévisible. Ce qui ne l’est pas, c’est l’ampleur des dégâts qu’il inflige à chaque itération — institutions, alliances, économie, État de droit.
L’éléphant dans la pièce : la démence et la vengeance
À force de précautions lexicales, le New York Times évite l’essentiel. Beaucoup de lecteurs, eux, osent le dire :
“This is evidence of non compos mentis.”
“He has almost zero capacity for critical thought.”
“His behavior is driven by grievance, anger and ego.”
Il ne s’agit pas d’une insulte. Il s’agit d’un diagnostic politique. Un président mû par la rancune, obsédé par ses ennemis, incapable de cohérence sur plus de vingt-quatre heures, utilisant l’appareil d’État pour régler des comptes personnels, n’est pas imprévisible. Il est dangereux.
Et ce danger est aggravé par une corruption désormais ostentatoire :
“Negotiation is unnecessary when you can simply buy Trump off.”
“Check his net worth before and after taking office.”
Le vrai coût, ce n’est pas l’inconfort. C’est la démocratie.
Le New York Times conclut que “it has a cost”. Là encore, les lecteurs corrigent :
“The cost is democracy. Period.”
“Chaos is the feature, not the bug.”
L’imprévisibilité n’est pas un outil. C’est une arme : contre le contrôle parlementaire, contre la justice, contre les élections, contre toute forme de responsabilité. Elle sert à épuiser, à distraire, à normaliser l’inacceptable.
En ce sens, le problème n’est pas seulement Donald Trump. Il est aussi médiatique. Tant que la presse de référence continuera à parler de style là où il faut parler de dérive autoritaire, de tactique là où il faut parler de désordre mental et moral, elle participera — volontairement ou non — à la grande entreprise de blanchiment du réel.
Les lecteurs, eux, ont déjà cessé d’y croire. Il serait temps que le journal les écoute.
Il est vrai que, à sa défense, la presse est attaquée et les journalistes (surtout les femmes) insultés matin, midi et soir par Donald Trump, est concurrences (submergée ?) par les réseaux sociaux, est dans une situation financière précaire et enfin que sa crédibilité auprès du public s’est effondrée ces dernières années. Ça fait beaucoup.