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Le discours du State of the Desunion

Comment écouter ce passage et penser que la personne qui parle n’a pas un sérieux problème.

Le discours sur l’État de l’Union prononcé par Donald Trump n’aura surpris personne. Il en a pourtant dit long. Long, au sens propre — près de deux heures, un record — mais surtout long au sens politique : un interminable défilé de mensonges, de provocations, de mises en scène et d’attaques, révélant moins la force du pouvoir que son épuisement.

Sur l’économie, Trump a livré une version entièrement fantasmée de la réalité : inflation « en chute libre », prix de l’énergie « divisés », salaires en hausse rapide, renaissance industrielle spectaculaire. Comme d’habitude aucun indicateur sérieux ne vient étayer ces affirmations. On passera sur la possibilité de prix de médicaments ayant baissé de 500, voire 600 %. Donald Trump a désormais trop souvent répété cette ineptie qu’il est sans doute trop tard pour revenir en arrière. Toutes ces litanies entrent en contradiction directe avec l’expérience vécue par une majorité d’Américains, confrontés à la cherté du logement, de la santé et des biens de consommation, aggravée par une politique de droits de douane massivement impopulaire.

Ces mensonges ne sont pas des « grands récits » capables de restructurer l’opinion. Ce sont des falsifications répétitives, mécaniques, qui s’accumulent sans convaincre, et finissent par dessiner un tableau grotesque plutôt qu’un horizon mobilisateur.

Le cœur du discours n’était pas l’Union, mais la division. Les démocrates ont été désignés comme ennemis intérieurs : « fous », destructeurs, complices du crime et de l’immigration illégale. À aucun moment Donald Trump n’a cherché à parler au centre politique, ni même à feindre l’unité nationale. L’Amérique qu’il décrit est binaire : ses partisans d’un côté, ses opposants de l’autre, des traîtres par définition.

Cette stratégie de polarisation extrême s’est accompagnée d’une instrumentalisation émotionnelle systématique : récits sanglants de crimes attribués aux immigrés, victimes exposées dans l’hémicycle, peur et sidération comme ressorts narratifs. La politique devient un théâtre de l’angoisse.

Faute de projet cohérent, Trump a transformé le *State of the Union* en show télévisé. Athlètes olympiques, remises de décorations militaires, ovations scénarisées, distribution de médailles comme dans un jeu télévisé : la mise en scène a remplacé le message.

Cette spectacularisation permanente masque une absence frappante : aucune explication sérieuse des choix stratégiques, notamment en matière de guerre et de paix. Alors que les États-Unis sont engagés dans une escalade militaire majeure autour de l’Iran, le président s’est contenté d’incantations vagues, oscillant entre menaces et promesses de « deals ».

Le document analysé pointe une contradiction centrale : Donald Trump aspire à une dynamique autoritaire de type fascisant — chef au-dessus des lois, ennemi désigné, âge d’or mythifié, culte de la force — mais il en est incapable politiquement. Son impopularité, sa désorganisation, l’incompétence de son entourage et l’absence d’adhésion populaire massive bloquent toute bascule décisive.

Là où les régimes autoritaires historiques se sont consolidés par des guerres victorieuses, Donald Trump ne parvient ni à imposer un conflit majeur, ni à en maîtriser les conséquences. Il menace, gesticule, espère que d’autres feront le sale travail à sa place — sans jamais assumer la responsabilité politique d’un engagement clair.

Ce *State of the Union* révèle un président enfermé dans une impasse : capable de détruire des normes, d’humilier des institutions, de brutaliser le débat public, mais incapable de produire un récit crédible, un projet collectif ou une légitimité durable.

Il reste alors une fuite en avant possible : la restriction du droit de vote, la délégitimation des élections, la confusion entre sécurité et suspension démocratique. Autant de signaux déjà esquissés dans le discours, où le vote est décrit comme un « privilège » et non comme un droit.

Ce discours n’a pas décrit l’état de l’Union. Il a exposé l’état du trumpisme : fatigué, répétitif, agressif, dépendant du mensonge et du spectacle, incapable de transformer la polarisation en hégémonie durable.

Loin d’un moment de force, ce State of the Union apparaît comme un symptôme de stagnation autoritaire : dangereux, corrosif, mais instable. Rien n’est revenu à la normale — et rien ne le redeviendra spontanément. L’issue reste ouverte, mais elle dépendra moins des effets de manche présidentiels que de la capacité des contre-pouvoirs, des médias, de la société civile et des électeurs à transformer la lassitude en résistance organisée.

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