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Jusqu’où ?

Sur le fil de son réseau social, Donald Trump a publié une petite vidéo qui le met en scène comme le Lion de la jungle, vidéo qui s’inspire du film d’animation The Lion King. Jusqu’ici, rien de trop grave… sauf que quand on arrive vers la fin de la vidéo, on y découvre un segment qui montre Barack et Michelle Obama dont les têtes sont posées sur des corps de singe.

Est-il possible de faire plus dégoûtant et dégradant ? (Sans doute, puisque l’intéressé ne connaît pas de limites).  

Puis vint l’explication pour le moins cocasse. La porte-parole de la Maison-Blanche a d’abord raillé la « fausse indignation » (Fake outrage) suscitée par l’image. Puis lorsque les sénateurs républicains Tim Scott de Caroline du Sud, Pete Ricketts du Nebraska et Roger Wicker du Mississippi ont dénoncé le racisme derrière la publication, le président a supprimé la vidéo et un responsable de la Maison-Blanche a déclaré qu’un membre du personnel a fait la publication par erreur. Plus tard ce soir-là sur Air Force One, Donald Trump a déclaré qu’il l’avait lui-même publié. Et quand un journaliste lui a demandé s’il allait s’excuser, il a répondu : « Non, je n’ai pas fait d’erreur.

« Il ne s’agit pas d’une sortie de route, comme le faisait remarquer le journaliste Gallagher Fenwick sur un plateau de LCI, c’est la route ».

Il est vrai que durant toute sa vie, Donald Trump a embrassé le racisme avec une certaine vigueur. Au début des années 1970, Donald Trump dirige avec son père Fred Trump un complexe immobilier à New York, notamment à Brooklyn et dans le Queens.

En 1973, le Department of Justice (ministère de la Justice américain) engage des poursuites contre la Trump Management Corporation pour discrimination raciale systématique.

L’enquête montre que les immeubles du groupe refusaient de louer à des Afro-Américains : les candidats noirs étaient étiquetés d’un “C” (pour “colored”) sur les dossiers et on leur disait que les appartements étaient indisponibles, alors qu’ils étaient proposés à des locataires blancs.

Selon une technique apprise de Roy Cohn, Donald Trump nie tout en bloc, attaque l’État fédéral et parle de persécution politique, avant de signer en 1975 un accord à l’amiable l’obligeant à mettre fin à ces pratiques (sans reconnaissance formelle de culpabilité).

C’est l’un des rares cas où le racisme de Trump est documenté juridiquement, noir sur blanc, par l’État fédéral. Une étrangeté juridique où une personne est condamnée sans avoir à reconnaître sa culpabilité.

En 1989, une joggeuse blanche est violemment agressée à Central Park. Cinq adolescents noirs et latinos (âgés de 14 à 16 ans) sont arrêtés et accusés à tort.

Donald Trump finance alors des pleines pages de publicité dans plusieurs journaux new-yorkais (New York Times, Daily News), pour un coût d’environ 85 000 dollars de l’époque (environ 250 000 dollars aujourd’hui).

Il y réclame explicitement le rétablissement de la peine de mort, dans un climat de panique raciale intense.

Les cinq adolescents sont condamnés, passent entre 6 et 13 ans en prison, avant d’être totalement innocentés en 2002 grâce à des preuves ADN et aux aveux du véritable agresseur.

Malgré cette exonération officielle, Trump refusera toujours de s’excuser. Encore en 2016, il affirme que les jeunes sont « probablement coupables », niant les faits établis.

Cet épisode est devenu emblématique du racisme punitif de Trump : amalgame entre criminalité et minorités, refus obstiné de reconnaître l’erreur judiciaire, indifférence aux vies brisées.

Ces deux affaires forment un continuum, pas des “dérapages” isolés : elles éclairent une vision du monde fondée sur la hiérarchie raciale, la peur et la punition.

Mais ce ne sont pas là des événements isolés et on peut en citer bien d’autres. D’abord ce que l’on appelle la “birther theory” contre Barack Obama (2011–2016). Donald Trump prend la tête d’un mouvement contre Barack Obama et amplifiant la théorie complotiste selon laquelle le président, élu en 2008, ne serait pas né aux États-Unis. Il exige la publication de l’acte de naissance d’Obama, insinue qu’Obama serait illégitime, voire étranger, donc inapte à gouverner.

Cette attaque vise le premier président noir et s’appuie sur des soupçons jamais formulés contre des présidents blancs. C’est un racisme politique codé : pas d’insulte raciale directe, mais une mise en doute de l’appartenance à la nation.

Dès sa campagne de 2015, en prononçant son premier discours où il annonce sa candidature, il mentionne les immigrés mexicains qui sont décrits comme des “violeurs” et des criminels. En 2016, Donald Trump attaque le juge fédéral Gonzalo Curiel, chargé d’un dossier le concernant en déclarant que le juge est partial parce qu’il est “mexicain” (alors qu’il est né aux États-Unis).

Dès qu’il est élu, il décide un “Muslim ban”, visant explicitement une religion associée à des populations non blanches et met en place une politique de séparation des enfants migrants à la frontière.

Lors d’une réunion à la Maison-Blanche sur l’immigration, Donald Trump qualifie certains pays d’Afrique, ainsi que Haïti, de “shithole countries” (pas besoin de traduction car ce n’est pas de la haute littérature). Il oppose ces pays à la Norvège ou à d’autres nations européennes.

Pendant la campagne de 2020, en s’adressant explicitement aux électeurs blancs des classes moyennes, Donald Trump affirme que les politiques de logement équitable permettront à des populations pauvres (sous-entendu noires ou latinos) d’“envahir” les suburbs (banlieues). Il ressuscite la vieille peur de la déségrégation et du déclassement racial. Un retour en arrière des vieilles pratiques des années 1970.

Après la mort de George Floyd en 2020 et la naissance du mouvement Black Lives Matter, Donald Trump se pose en président de la “loi et de l’ordre”. Il tweete : “When the looting starts, the shooting starts”, minimisant les violences policières et criminalisant le mouvement BLM.

Le policier Derek Chauvin qui a tué George Floyd est reconnu coupable de meurtre ; condamné à 22,5 ans de prison au niveau de l’État et 21 ans au niveau fédéral. Les trois autres policiers sont condamnés pour avoir violé les droits civiques de Floyd et pour complicité.

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