A intervalles de quinze minutes, le président des États-Unis peut dire une chose et son contraire. Est-ce là une contradiction ou une instabilité de l’intéressé qui déclare ce qui lui passe par la tête ? Pas du tout. En cherchant un peu, on découvre qu’il s’agit là d’une adhésion au principe philosophique ou logique qui autorise à dire simultanément une chose et son contraire, mais il faut distinguer logique formelle et logique dialectique ou contextuelle.
Dans la logique classique, il existe le principe de non-contradiction, formulé par Aristote :
« Il est impossible que la même chose soit et ne soit pas en même temps et sous le même rapport. » Par exemple : « Il pleut » et « Il ne pleut pas » ne peuvent pas être vrais en même temps si l’on parle exactement du même lieu et du même moment.
C’est la logique qui régit la mathématique et la plupart des raisonnements rationnels.
En revanche, certaines logiques modernes, comme la logique paraconsistante, permettent d’accepter des contradictions sans que le système entier s’effondre.
Ce qui s’écrit sous la forme symbolique suivante :
[
A \text{ vrai} \quad \text{et} \quad \neg A \text{ vrai}
]
sans que toutes les conclusions deviennent triviales.
Cela sert à modéliser des situations ambiguës, des paradoxes, ou des systèmes où l’information est incomplète ou conflictuelle (ex. bases de données contradictoires, paradoxes philosophiques, réseaux de croyances).
Parmi les applications concrètes dans la politique et rhétorique, on peut défendre deux positions opposées pour couvrir différents publics.
Pour résumer le Principe de Contradiction Contrôlée (PCC) : un système complexe ou contextuel, une entité (E) peut posséder simultanément une propriété (P) et son contraire (\neg P), à condition que la définition de (P) soit partielle, dépendante du contexte, ou interprétée selon des points de vue différents.
Ce qui s’écrit sous la forme symbolique suivante :
[
E : P \ \wedge \ \neg P \quad \text{(valide sous contexte } C\text{)}
]
où :
- (E) = l’entité ou l’objet considéré
- (P) = propriété ou affirmation
- (\neg P) = la négation de cette propriété
- (C) = contexte ou cadre qui rend possible la coexistence
Tous ceux qui affirment donc que le président des États-Unis tient des propos contradictoires passent donc largement à côté de la réalité.
« La guerre c’est la paix », « la liberté c’est l’esclavage », « l’ignorance, c’est la force ». A l’image des trois slogans imposés par l’Angsoc, le parti unique d’Océania et présentés dans le Roman 1984 de George Orwell, Donald Trump égraine des déclarations qui disent une chose et son contraire à un intervalle de temps toujours plus réduit.
C’est le concept de la doublepensée dont l’objectif est de maintenir simultanément deux opinions contradictoires et de les accepter toutes deux comme vraies.
« Dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement, oublier tout fait devenu gênant, puis, quand il devient nécessaire, le tirer de l’oubli pour le temps qu’il faut. » Dans le contexte actuel, cela correspondrait à déclarer que la guerre est « finie » tout en affirmant qu’elle doit « continuer le temps nécessaire ».
C’est ce que fait allègrement Donald Trump, jour après jour. Ci-dessous un petit florilège des déclarations du président des États-Unis.
Sur la fin de la guerre et la victoire (Triomphalisme vs Réalité)
– March 9, 2026 (CBS Interview): Trump declares the conflict is essentially over.
“The war is over, pretty much. We are very far ahead of schedule. It was supposed to take four or five weeks, and we’ve done it in much less time.” (Source: Reuters, March 13, 2026)
– March 11, 2026 (Campaign Rally in Hebron, Kentucky): He claims total victory while simultaneously suggesting the job isn’t done.
“We’ve won… but we don’t want to leave too early, do we? We have to finish the job.”
(Source: Reuters, March 13, 2026)
– March 13, 2026 (Shift to an indefinite timeline): Confronted with the IRGC’s resilience, he changes his tone to NBC News.
“It will be as long as it takes.”
(Source: Reuters, March 13, 2026)
Sur l’état du régime et de l’IRGC (Écrasés vs Résistants)
March 9, 2026 (Claiming total destruction):
“They have no navy, they have no communications, they have no air force. They have nothing.”
(Source: Reuters, March 13, 2026)
March 11, 2026 (Ignoring CIA data): Despite intelligence reports saying the government is NOT at risk of collapse, Trump insists:
“We’ve knocked them out twice.”
(Source: Reuters, March 11 & 13, 2026)
March 13, 2026 (Admission of stalled regime change):
“It might not happen immediately [regime change] because they’re being very rough on their people.”
(Source: Reuters, March 13, 2026)
Sur les prix de l’essence et l’impact économique (Nuisances vs Sacrifices)
Alors que les prix mondiaux explosent, Trump minimise l’impact sur le portefeuille des Américains :
March 8, 2026 (Truth Social):
“Gas prices going up? A very small price to pay for the safety of the United States and world peace!”
(Source: WSJ / Analysis by Michael D. Sellers)
March 9, 2026 (Dismissing critics): He insults those worried about inflation.
“Only fools would think otherwise [about the necessity of the strike despite prices]!”
(Source: Reuters, March 13, 2026)
March 10, 2026 (Describing the crisis as a minor issue):
“These are just minor nuisances. They don’t weigh heavily against the goal of stopping a terrorist regime. It’s a small pause for a massive future growth.”
(Source: WSJ Reporting on Trump’s Decision)
Sur la violence et l’objectif final
March 10, 2026 (Threatening total escalation):
“Death, Fire and Fury will rain down upon them [if they block the Strait of Hormuz]. We will hit them 20 times harder than they have ever been hit.”
(Source: Analysis by Michael D. Sellers / Reuters)
March 13, 2026 (On the destruction of Kharg Island): A display of detachment regarding strategic strikes.
“We totally demolished most of Kharg Island. We might hit it a few more times, just for fun.”
(Source: Reuters, March 13, 2026)