Aller au contenu Skip to footer

Iran : guerre juste, war of choice, guerre totale, guerre éclair ?

« Menace imminente, désastre annoncé et tous les autres recours, notamment diplomatiques, épuisés » tels sont les trois principes qui définissent la notion de guerre juste et qui caractérisent pour Bernard Henry-Levy l’opération militaire américaine en Iran. Principes auxquels il faut ajoute l’idée que « le mal fait par la guerre sera inférieur à celui qu’elle aurait empêché ». Selon tous ces critères écrit le philosophe dans une tribune publiée par Le Point (La guerre en Iran est juste) « la guerre en Iran est juste : « Quoi qu’on puisse penser de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, quelles que puissent être leurs motivations respectives, fussent-elles des plus fielleuses, la guerre qu’ils mènent contre l’Iran est une guerre profondément juste ».

BHL n’est pas la seule personnalité à pousser cette idée. Dans ces interventions sur LCI et Radio Classique, Luc Ferry va dans le même sens. Dans une tribune publiée dans Slate (La guerre contre le régime iranien est une guerre juste), l’écrivain Laurent Sagalovitsch défend la même thèse. Et il y en aura bien d’autres.

Pour ce qui me concerne, le fait de penser que Donald Trump puisse faire quelque chose de juste oblige à penser contre moi-même. Je vais essayer.

D’abord, cette guerre n’est pas légale contrairement à ce qu’affirme BHL lorsqu’il écrit : « Car la règle est claire. Le président est fondé à engager des hostilités. Il n’a que l’obligation d’en informer le Congrès dans les deux jours et, si celui-ci l’exige, de rapatrier les troupes au bout de quatre-vingt-dix jours ».

La Constitution des États-Unis ne mentionne aucun délai de 2 ou 90 jours. Elle établit une séparation stricte des pouvoirs :

– Le Congrès a le pouvoir exclusif de « déclarer la guerre ».

– Le Président est le « commandant en chef » des armées.

Le texte constitutionnel ne donne pas explicitement au Président le droit d’engager des hostilités de son propre chef sans déclaration préalable du Congrès, bien que dans la pratique historique, les présidents l’aient souvent fait pour répondre à des urgences ou à des attaques.

Il est vrai que la War Powers Resolution de 1973 (qui est une loi fédérale, pas un article de la Constitution), votée par le Congrès, vise à limiter le pouvoir présidentiel après la guerre du Vietnam en imposant les deux règles suivantes :

– Information sous 48 heures : Le Président doit informer le Congrès dans les deux jours suivant l’introduction des forces armées dans des hostilités.

– Retrait sous 60 à 90 jours : Le Président doit mettre fin à l’utilisation des forces armées après 60 jours (avec une période de prolongation possible de 30 jours supplémentaires pour le retrait, soit 90 jours au total) si le Congrès n’a pas déclaré la guerre ou n’a pas spécifiquement autorisé l’intervention.

Mais dans le système juridique américain, c’est la Constitution qui prime de manière absolue sur toute autre loi, y compris une loi-cadre comme la War Powers Resolution.

Cette hiérarchie est établie par la Constitution elle-même et par la jurisprudence :

1. La Clause de Suprématie : L’Article VI de la Constitution dispose que : « La présente Constitution, ainsi que les lois des États-Unis qui seront édictées en exécution d’icelle […] seront la loi suprême du pays ». Cela signifie qu’une loi n’est valide que si elle est conforme à la Constitution.

2. Le contrôle de constitutionnalité : Depuis l’arrêt historique Marbury v. Madison (1803), il est établi que si une loi (qu’elle soit une loi ordinaire ou une loi-cadre) entre en conflit avec la Constitution, les tribunaux doivent déclarer cette loi nulle et non avenue.

3. Le cas spécifique de la “loi cadre” sur la guerre : La War Powers Resolution de 1973 est un exemple parfait de cette tension.

– Le Congrès estime qu’elle ne fait qu’expliciter son pouvoir constitutionnel de « déclarer la guerre ».

– À l’inverse, presque tous les présidents américains (depuis Richard Nixon qui y avait mis son veto) considèrent que certaines parties de cette loi sont inconstitutionnelles, car elles empiéteraient sur les prérogatives du Président en tant que « commandant en chef ».

En résumé, si une disposition de la loi-cadre contredit un pouvoir que la Constitution accorde au Président ou au Congrès, c’est la Constitution qui l’emporte. La loi-cadre n’est qu’un outil législatif pour tenter d’organiser l’exercice de ces pouvoirs, mais elle ne peut pas les modifier. Seul un amendement constitutionnel (selon la procédure de l’Article V) peut modifier l’équilibre des pouvoirs défini en 1787.

Voilà pour un point juridique qui peut, en l’espèce, paraître secondaire en regard des enjeux. En tous cas, pour l’actuel président qui bouscule tout l’édifice juridique depuis son retour à la Maison-Blanche, c’est certainement vrai. Mais cela n’empêche pas de s’y référer.

C’est donc le Congrès a le pouvoir exclusif de « déclarer la guerre ». Ça c’est la théorie. La pratique est bien différente. Bien que les États-Unis aient été impliqués dans de nombreux conflits armés depuis lors (comme la Corée, le Vietnam, l’Irak ou l’Afghanistan), la dernière fois que le Congrès a voté une déclaration de guerre en bonne et due forme remonte à la Seconde Guerre mondiale. Les dernières déclarations ont été adoptées le 11 décembre 1941 contre l’Allemagne et l’Italie, quelques jours après celle contre le Japon (8 décembre 1941).

Depuis cette date, les interventions militaires américaines ont été menées soit par le biais de résolutions autorisant l’usage de la force militaire (AUMF), soit sous l’autorité directe du Président en tant que commandant en chef, sans déclaration de guerre formelle au sens de l’Article I de la Constitution.

Même si le président outrepasse son pouvoir de déclarer la guerre, il devrait au moins essayer d’expliquer à ces concitoyens, les raisons qui le poussent à prendre une telle initiative. De ce point de vue, rien, nada, nichts, nothing, niente. Et quand il a essayé de définir des buts de guerre, combien de fois a-t-il changé d’objectifs. Ce fut successivement et au gré des jours, la vengeance pour toutes les mauvaises actions perpétrées par l’Iran depuis 1979, l’Iran comme agent du terrorisme mondial, l’Iran comme danger militaire en tant que détenteur de missiles balistiques, l’Iran menace sur le point de posséder l’arme nucléaire, le changement d’un régime cruel et sanguinaire, la libération de la population…

Dans un article publié par Popular Information (9 days in, the most basic question about the Iran war remains unanswered), le journaliste Judd Legum a recensé 17 objectifs différents en l’espace de 9 jours :

1. Refus d’abandonner les ambitions nucléaires : “Iran refused to abandon its ‘nuclear ambitions.’”

2. Prévention d’une guerre nucléaire : “If we didn’t do what we’re doing right now, you would have had a nuclear war, and they would have taken out many countries.”

3. Imminence de l’arme nucléaire (délai de deux semaines) : “If we didn’t hit within two weeks, they would’ve had a nuclear weapon.”

4. Menace des missiles longue portée sur le sol américain : “Iran was developing the long-range missiles that […] could soon reach the American homeland.”

5. Contrôle de l’approvisionnement mondial en pétrole : “This terroristic regime […] has the ability potentially to shut off 20 % of global energy. […] We’re going to destroy their navy.”

6. Préemption suite à une attaque israélienne imminente : “We knew that there was going to be an Israeli action, we knew that that would precipitate an attack against American forces, and we knew that if we didn’t preemptively go after them […] we would suffer higher casualties.”

7. Démenti de l’implication israélienne (contradiction du point précédent) : “Q: Mr. Secretary, yesterday you told us that Israel was going to strike Iran… SECRETARY RUBIO: Yeah, your statement’s false.”

8. Prévention d’une attaque iranienne imminente : “It was my opinion that they were going to attack first. …If we didn’t do it, they were going to attack first.”

9. Élimination des missiles courte portée et des drones : “The United States is conducting an operation to eliminate the threat of Iran’s short-range ballistic missiles… [and] one-way attack drones.”

10. Responsabilité historique de l’Iran : “They’ve been killing Americans for 47 years.”

11. Opportunisme stratégique (faiblesse du régime) : “The U.S. attacked Iran because Iran is ‘the weakest they’ve ever been.’”

12. Effet cumulatif et “sentiment” de menace imminente : “Based on a cumulative effect of various direct threats […] and the president’s feeling, based on fact, that Iran does pose an imminent and direct threat.”

13. Vengeance personnelle (complots d’assassinat) : “I got [Ayatollah Ali Khamenei] before he got me. […] They tried twice. Well, I got him first.”

14. Absence de négociations de bonne foi : “Tehran was not negotiating. They were stalling, buying time to reload their missile stockpiles and restart their nuclear ambitions.”

15. Libération du peuple iranien : “All I want is freedom for the people.”

16. Dernière chance stratégique de frapper : “This was our last best chance to strike…and eliminate the intolerable threats posed by this sick and sinister regime.”

17. Réponse à l’ingérence électorale : “Iran tried to interfere in 2020, 2024 elections to stop Trump, and now faces renewed war with United States.”

Et l’objectif ultime et global posté par le Président sur Truth Social : “PEACE THROUGHOUT THE MIDDLE EAST AND, INDEED, THE WORLD!”

Personne ne discutera le fait que le régime des Mollahs soit l’un des pires existant sur cette planète ou ayant existé dans l’histoire. Mais il y en a beaucoup d’autres qui ne sont pas beaucoup plus recommandables. Quand on n’est pas capable de définir un objectif précis ou que celui-ci change au gré des situations, peut-on alors considérer que la guerre qu’il motive est une guerre juste ?

Cette réflexion aborde le concept philosophique et juridique de la « guerre Juste » (Justum Bellum) confronté à la réalité géopolitique complexe, comme celle du régime iranien.

Réfléchir à cette idée de guerre juste, revient à analyser trois piliers de la pensée sur le conflit éthique

Le premier argument souligne que la « méchanceté » d’un adversaire ne suffit pas, en soi, à rendre une guerre juste. Si l’on justifie une guerre uniquement parce qu’un régime est « l’un des pires », on ouvre la porte à un état de guerre permanente, car il existe sur cette Terre de nombreux des régimes autoritaires ou cruels.

Ce qui pousse donc à l’idée qu’il y aurait deux poids, deux mesures. D’autres régimes « pas plus recommandables » sont parfois épargnés ou même alliés par pur pragmatisme. Ou pour des raisons encore plus simples. La Corée du Nord a fait de l’arme atomique son assurance vie. Cette inconsistance affaiblit la position morale de celui qui veut faire la guerre : si le critère est la moralité, il devrait s’appliquer à tous.

Dans la doctrine classique que mentionne BHL (de Saint Augustin à Grotius), une guerre ne peut être juste que si elle poursuit un but clair, limité et moralement défendable (généralement le rétablissement d’une paix juste ou la fin d’une agression).

Clairement, ce n’est pas le cas.Si l’objectif « change au gré des situations » (passant, par exemple, de la destruction d’armes de destruction massive au « changement de régime », puis à la « démocratisation »), la guerre perd sa boussole éthique. Sans but fixe, il est impossible de savoir quand la guerre doit s’arrêter. Elle devient une entreprise opportuniste plutôt qu’une réponse à une injustice précise.

La Constitution américaine, par exemple, donne au Congrès le pouvoir de « déclarer la guerre », ce qui impose normalement un débat public sur les motifs et les objectifs avant l’engagement des troupes. Si l’on n’est pas capable de définir ce qu’est la « victoire » ou quel est l’état final recherché, la guerre devient un déchaînement de violence sans issue. Par ailleurs, une guerre dont les motifs sont flous finit souvent par causer plus de souffrances au peuple (que l’on prétend parfois libérer) que le régime lui-même. Les Afghanes sont-elles plus heureuses et les Libyens plus libres aujourd’hui.

La justice d’une guerre ne dépend pas seulement de la nature de l’ennemi, mais de la rectitude de l’intention et de la clarté des objectifs. Une intervention motivée par des sentiments moraux, mais dépourvue de direction politique stable est souvent perçue comme une aventure impérialiste ou une gestion de crise par le chaos, ce qui est l’antithèse d’une guerre juste.

Le journaliste Laurent Sagalovitsch défend une position d’interventionnisme moral radical : la nature monstrueuse du régime ennemi suffit à valider la guerre, quels que soient les défauts de ceux qui la déclarent ou l’impréparation de la suite dont il ne semble pas tenir rigueur à l’administration américaine. Il affirme que l’objectif de débarrasser l’Iran d’un “régime sanguinaire” et de “fanatiques” justifie l’engagement militaire. Pour lui, la fin (la libération du peuple iranien) l’emporte sur la diplomatie, les grands équilibres mondiaux ou la méfiance envers les dirigeants menant cette guerre.

Tout en exprimant son mépris personnel pour Donald Trump (il arrive à penser contre lui-même), l’auteur lui reconnaît une “qualité” paradoxale : son absence de surmoi et ses “audaces d’ignorant”. Aux ignorants les mains pleines, pourrait-on ajouter pour reprendre une formule bien connue. Selon lui, là où un président plus réfléchi serait freiné par la prudence ou le calcul, Trump agit avec une “volonté brute” qui permet le passage à l’acte militaire. Cette absence de surmoi est doublée d’une quête insatiable de reconnaissance (comme recevoir le prix Nobel, rebaptiser tout et n’importe quoi à son nom) ce qui ne semble pas gêner l’auteur qui reconnaît que la motivation profonde de Trump réside dans son obsession de laisser une trace dans l’Histoire et de devenir l’égal de Lincoln ou Roosevelt en cas de “victoire avec des lendemains radieux”.

Une position pragmatique et fondée sur l’’efficacité qu’il oppose à tous les esprits trop rationnels et réfléchis qui craignent l’embrasement ou le chaos post-conflit. Que pèse l’argument de l’incertitude du futur face à l’horreur présente ? L’inaction et la passivité ne sont-elles pas à une forme de complicité avec la barbarie ? L’impuissance des discours diplomatiques n’est-il tout simplement pas “vaseux”. Pourtant, les exemples afghans, irakiens, libyens, syriens, pour ne citer que les plus récents, pourraient laisser à réfléchir.

À son tour, Laurent Sagalovitsch qualifie ce conflit de “guerre profondément juste” et légitimée par deux missions :

– L’éradication d’un régime qui exerce une répression sanglante en interne.

– L’arrêt de l’exportation de la terreur au-delà des frontières iraniennes.

Ce ne sont pas les États-Unis qui ont déclaré cette guerre, c’est l’Iran, les États-Unis ne font que la finir. C’est ce qu’on déclaré plusieurs membres de l’administration Trump. We didn’t start this war, but under President Trump, we are finishing it” affirmait Pete Hegseth, secretary of Defense, lors d’un point presse du Pentagone. “They have no Navy, no air force…it’s all been blown up”, expliquait Donald Trump appuyant cette idée que les États-Unis ne feraient que mettre fn au conflit par une victoire rapide. Alors si c’est l’Iran qui a commencé cette guerre, est-on toujours partant pour défendre cette idée de guerre juste ?

War of choice ou war of necessity

La distinction entre “War of Choice” (guerre par choix) et “War of Necessity” (guerre de nécessité) est un pilier de la rhétorique et de l’analyse stratégique américaine, particulièrement remise au goût du jour par les récents événements en Iran. Cette notion a été popularisée par Richard N. Haass, ancien diplomate et ex-président du Council on Foreign Relations, notamment dans son ouvrage comparant les deux guerres d’Irak (War of Necessity, War of Choice

A Memoir of Two Iraq Wars).

Comme son appellation le suggère, la War of Choice (Guerre par choix) est une guerre engagée alors que d’autres options (diplomatie, sanctions, endiguement) sont encore disponibles. Elle naît souvent d’une volonté de changer un régime, de remodeler une région ou de prévenir une menace future non encore imminente. Richard Haas considère la Guerre d’Irak de 2003 comme le modèle de la “war of choice”.

À l’inverse, la War of Necessity (Guerre de nécessité) est une guerre où des intérêts vitaux sont directement menacés et où il n’existe aucune alternative raisonnable à l’usage de la force. L’exemple type est la Seconde Guerre mondiale (après Pearl Harbor) ou la Guerre du Golfe de 1991 (pour libérer le Koweït et protéger l’ordre international).

Face à cette alternative, quelle est la situation de la guerre en Iran ? Richard Haas place ce conflit dans la première catégorie, car il considère que la diplomatie n’était pas épuisée et que le programme nucléaire iranien aurait pu être contenu sans invasion). Il l’avait plus ou moins été avec les accords du JCPOA que Donald Trump lui-même a rompu. Tout ça pour revenir dix ans en arrière.

Si l’on peut retarder l’attaque d’une semaine ou d’un mois sans péril immédiat pour la sécurité nationale, alors c’est un choix politique et non une obligation stratégique. Une “war of choice” est critiquée parce qu’elle engage des ressources massives (le texte de Judd Legum mentionne 1 milliard de dollars par jour) pour des objectifs flous, là où une “war of necessity” impose le sacrifice, car la survie du pays est en jeu.

Certains observateurs, comme le souligne l’Atlantic Council, estiment que cette distinction est superficielle. Qualifier une guerre de “nécessité” sert souvent à faire taire l’opposition, tandis que “choix” sert à délégitimer l’action présidentielle.

Cette notion rejoint les critiques que formuleraient Hugo Grotius ou Saint Thomas d’Aquin. Pour eux, une guerre ne peut être “juste” que si elle est une nécessité de justice (réponse à un tort). Si elle est un “choix” motivé par la vanité, la vengeance ou des objectifs changeants, elle sort du cadre de la guerre juste pour devenir une guerre d’agression.

Guerre éclair ou guerre totale

Le bon exemple de guerre éclair est la guerre des Six Jours qui s’est déroulée du lundi 5 au samedi 10 juin 1967 et a opposé Israël à l’Égypte, la Syrie, l’Irak, et la Jordanie, après une offensive israélienne contre l’Égypte. Ce fut une véritable guerre éclair dont les Israéliens sortirent largement vainqueurs en écrasant leurs adversaires. Est-ce ce que Donald Trump avait en tête lorsqu’il déclara au soir du dixième jour que la guerre qu’il avait lancée était quasiment finie ? La grande différence avec la précédente est dans le quasiment, car la présente guerre au Moyen-Orient n’est pas du tout finie. Le génie est sorti de la bouteille et il va être très difficile de le faire rentrer.

“In a phone interview, explique la journaliste Weijia Jiang de CBS, President Trump told me the war could be over soon: ‘I think the war is very complete, pretty much. They have no navy, no communications, they’ve got no Air Force.” Bref, avant même de commencer, la guerre est finie et gagnée.

Parmi les autres déclarations contradictoires de sa conférence de presse de lundi, il y a la référence to the U.S.-Israeli bombing campaign as a “short-term excursion” that is “very complete.” et “We’ll not relent until the enemy is totally and decisively defeated.” “We’ve already won in many ways, but we haven’t won enough.”

Mais là on entre dans les contradictions dont on est familier avec Donald Trump. Il a déclaré successivement qu’il demandait une « reddition complète des Iraniens », avant de déclarer qu’elle « allait se terminer bientôt » pendant que les responsables iraniens excluaient toute négociation avec les États-Unis. Une incohérence qu’il est donc assez difficile de lever. Mais la qualification de la fin de la guerre n’a d’autre but que de faire croire à sa base MAGA qu’il ne l’avait pas trahie et aux marchés financiers que la situation était sous contrôle et que les choses allaient reprendre un cours normal.

Quant à la guerre totale, elle est peut-être à venir. On est là dans les déclarations tonitruantes dont Donald Trump à le secret. On se souvient de son discours à l’Assemble générale des Nations Unies le 19 septembre 2017 lorsqu’il déclarait : “The United States has great strength and patience, but if it is forced to defend itself or its allies, we will have no choice but to totally destroy North Korea. Rocket Man is on a suicide mission for himself and for his regime.”

Ici, Donald Trump écrit dans un billet sur son réseau social : “If Iran does anything that stops the flow of Oil within the Strait of Hormuz, they will be hit by the United States of America TWENTY TIMES HARDER than they have been hit thus far. Additionally, we will take out easily destroyable targets that will make it virtually impossible for Iran to ever be built back, as a Nation, again—Death, Fire, and Fury will reign [sic] upon them—But I hope, and pray, that it does not happen!”

Guerre d’annihilation et de déshumanisation et non politiquement correcte

Les interventions du Secrétaire de la défense Pete Hegseth donnent une autre image de la guerre que les États-Unis sont en train de mener. Ses déclarations illustrent une stratégie de domination totale par la force aérienne et un refus de toute négociation sans capitulation immédiate et totale.

1. Sur l’intensité des bombardements et le contrôle du ciel

Pete Hegseth a affirmé que les États-Unis n’utilisaient plus seulement des missiles de précision, mais passaient à des bombardements massifs.

– “Today will be once again our most intense day of strikes inside of Iran—the most fighters, the most bombers, the most strikes.”

Source : Pentagon Briefing, March 10, 2026 (The Guardian).

– “We will fly all day, all night, day and night finding, fixing and finishing the missiles and defense industrial base of the Iranian military […] flying over Tehran, flying over Iran, flying over their capital.”

Source : Pentagon Press Conference with Gen. Dan Caine, March 4, 2026 (War.gov).

“The ability for us to be up over the top and hunting with more conventional munitions, gravity bombs, 500-pound, 1,000-pound, 2,000-pound bombs on military targets—that—we haven’t even really begun to start that effort of the campaign.”

Source : Interview with Major Garrett, 60 Minutes (CBS News), March 8, 2026.

2. Sur l’objectif d’écrasement (“Bring to their knees”)

Le ton employé rejette l’idée d’une guerre “limitée” au profit d’une annihilation des capacités adverses.

– “This is war. This is conflict. This is bringing your enemy to their knees. Now, whether they will have a ceremony in Tehran Square and surrender, that’s up to them.”

Source : 60 Minutes (CBS News), March 8, 2026.

– “The Iranian Air Force is no more, built for 1996, destroyed in 2026. The Iranian navy rests at the bottom of the Persian Gulf, combat ineffective, decimated, destroyed, defeated, pick your adjective.”

Source : Pentagon Briefing, March 4, 2026 (War.gov).

– “We didn’t start this war, but under President Trump, we are finishing it.”

Source : Pentagon Briefing, March 2, 2026 (The Guardian).

3. Sur le rejet des règles traditionnelles et de la diplomatie

Pete Hegseth souligne une rupture avec les engagements militaires des administrations précédentes.

– “No stupid rules of engagement, no nation-building quagmire, no democracy-building exercise, no politically correct wars. We fight to win.”

Source : First Remarks as SecDef on Iran strikes, March 2, 2026 (The Guardian).

– “President said recently there will be no deal with Iran except unconditional surrender. […] It means we’re fightin’ to win. It means we set the terms. We’ll know when they’re not capable of fighting.”

Source : 60 Minutes (CBS News), March 8, 2026.

– “We face a determined enemy, but you are better… We are not defenders anymore. We are warriors, trained to kill the enemy and break their will.”

Source : War.gov News Transcript, March 2, 2026.

4. Sur les conséquences et les pertes

Il assume une posture de fermeté absolue, même face aux pertes civiles ou militaires.

– “The only ones that need to be worried right now are Iranians that think they’re gonna live.”

Source : 60 Minutes (CBS News), March 8, 2026.

– “It turns out the regime who chanted ‘death to America’ and ‘death to Israel’ was gifted death from American and death from Israel.”

Source : Pentagon Briefing, March 2, 2026 (The Guardian).

Une guerre présentée avec une telle rhétorique et de tels objectifs peut être qualifiée de plusieurs manières, selon que l’on se place d’un point de vue stratégique, politique ou juridique.

Contrairement à une “guerre d’usure” ou une “guerre limitée” (visant à amener l’ennemi à la table des négociations), la stratégie décrite par Pete Hegseth vise la destruction totale des capacités militaires et de la volonté de l’adversaire. C’est l’application du concept de « Shock and Awe » (Choc et effroi), poussé à son paroxysme. Ce qui d’ailleurs est une vision toute personnelle qui n’est pas partagée par l’appareil militaire ni Donald Trump.

On parle de stratégie maximaliste lorsque les objectifs fixés sont les plus élevés possibles ici, la “reddition inconditionnelle” qu’avait demandée Donald Trump pour sonner la fin des hostilités. Cela exclut toute diplomatie intermédiaire et transforme le conflit en un jeu à somme nulle : pour que les États-Unis gagnent, l’Iran doit cesser d’exister en tant que puissance régionale.

L’usage de termes comme « Gifted death » (offrir la mort) ou l’idée que les seuls Iraniens inquiets sont ceux qui « pensent qu’ils vont vivre » relève d’une rhétorique de déshumanisation. Cela sert à préparer l’opinion publique à un niveau de violence extrême et à minimiser l’impact moral des pertes humaines (dommages collatéraux).

On pourrait résumer ce style de guerre par l’expression « Hard Power débridé ». C’est une vision qui rejette le concept de “guerre chirurgicale” ou guerre propre au profit d’une force brute punitive, destinée à servir d’exemple global.

Fautes et mensonges de guerre

Selon un rapport préliminaire des enquêteurs militaires, les États-Unis sont responsables de la frappe du 28 février contre l’école primaire de filles Shajarah Tayyebeh. C’est ce que rapporte le New York Times. Les autorités iraniennes affirment que l’attaque a coûté la vie à au moins 175 personnes, pour la plupart des enfants. Le bâtiment scolaire faisait autrefois partie d’une base militaire iranienne adjacente, et il semble que les forces américaines aient utilisé des informations obsolètes pour cibler l’édifice. Comme l’a souligné le quotidien :

“Striking a school full of children is sure to be recorded as one of the most devastating single military errors in recent decades.”

Le déroulement des déclarations officielles illustre une déconnexion croissante avec les faits rapportés :

– Samedi 7 mars : interrogé sur la possibilité que les États-Unis soient responsables, Donald Trump a répondu :

“No. In my opinion and based on what I’ve seen, that was done by Iran…. We think it was done by Iran. Because they’re very inaccurate, as you know, with their munitions. They have no accuracy whatsoever. It was done by Iran.”

– Lundi 9 mars : Lorsqu’un journaliste a noté qu’un missile Tomahawk avait probablement frappé l’école et a demandé si les États-Unis accepteraient d’en porter la responsabilité, Donald Trump a rétorqué que : “the Tomahawk…is sold and used by other countries,” suggérant que l’Iran “also has some Tomahawks.”

– Mardi 10 mars : Face à la question de savoir pourquoi il affirmait que l’Iran possédait des Tomahawks alors que seuls les États-Unis et trois de leurs alliés en disposent, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré :

“The president has a right to share his opinions with the American public, but he has said he’ll accept the conclusion of that investigation, and frankly, we’re not going to be harassed by the New York Times, who’s been putting out a lot of articles on this making claims that have just not been verified by the Department of War, to quickly wrap up this investigation because the New York Times is calling on us to do so.”

Mercredi 11 mars, un reporter a confronté directement Donald Trump : « Un nouveau rapport indique que l’enquête militaire a conclu que les États-Unis ont frappé l’école en Iran. En tant que commandant en chef, assumez-vous cette responsabilité ? »

Le président a simplement répondu :

“I don’t know about it.”

Recevez les derniers articles directement dans votre boîte mail !

Un Jour en Amérique © 2026. Tous droits réservés. 
Consentement des cookies