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Groenland : Temper trantrum

Puisque je n’ai pas eu le prix Nobel, je ne sens plus obligé par les questions de paix, je vais aller débarquer au Groenland et prendre possession du territoire. C’est en gros ce que vient d’écrire Donald Trump.

En lisant, l’article publié par la chaîne PBS qui ne faisait pas de doute sur l’origine de la lettre, mais laissait néanmoins planer la possibilité d’un possible « fake », Il était préférable d’attendre que le document soit confirmé par un autre média. Le New York Times a pris le relais, donc on peut commenter l’affaire sans trop de retenue. Et beaucoup d’autres ont suivi.

Alors que la controverse autour du Groenland se poursuit dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et l’Europe, le journaliste Nick Schifrin (PBS NewsHour) affirmait avoir obtenu le texte d’une lettre de Donald Trump adressée au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. Avec cette lettre, Donald Trump se plaint de ne pas avoir reçu le prix Nobel, évoque le Groenland et réitère des menaces. Selon Nick Schifrin, le document a été diffusé par le Conseil de sécurité nationale (NSC) à plusieurs ambassadeurs européens à Washington.

Ci-dessous la lettre au Premier ministre norvégien

Dear Ambassador:
President Trump has asked that the following message, shared with Prime Minister Jonas Gahr Støre, be forwarded to your [named head of government/state].

“Dear Jonas: Considering your Country decided not to give me the Nobel Peace Prize for having stopped 8 Wars PLUS, I no longer feel an obligation to think purely of Peace, although it will always be predominant, but can now think about what is good and proper for the United States of America. Denmark cannot protect that land from Russia or China, and why do they have a ‘right of ownership’ anyway? There are no written documents, it’s only that a boat landed there hundreds of years ago, but we had boats landing there, also. I have done more for NATO than any other person since its founding, and now, NATO should do something for the United States. The World is not secure unless we have Complete and Total Control of Greenland. Thank you! President DJT”

On se pince pour être sûr qu’on n’est pas pris de délires ou de folies hivernales liées au manque de soleil. Il fut un temps où l’on jugeait les chefs d’État à la cohérence de leur pensée, à leur connaissance de l’Histoire, voire à la maîtrise élémentaire de la langue. Ce temps est révolu. Avec Donald Trump, la grammaire devient capricieuse, l’Histoire optionnelle, et la géopolitique un sous-produit d’une obsession maladive pour le Nobel de la paix.

Le document qui a relancé la lubie groenlandaise du président américain est, à cet égard, un petit bijou. Le Groenland n’est pas une terra nullius oubliée par l’Histoire. C’est un territoire danois depuis des siècles, peuplé de citoyens danois qui votent… au Danemark. Détail amusant : la souveraineté danoise sur le Groenland est attestée par de nombreux traités écrits, dont certains signés par les États-Unis eux-mêmes. Mais qu’importe, quand la réalité devient un obstacle à la narration personnelle.

Le plus fascinant, cependant, n’est pas l’erreur factuelle — Trump en a fait un art — mais le message global : le président des États-Unis vit désormais dans un monde parallèle, hermétiquement fermé à la grammaire, à l’Histoire et aux règles minimales de l’interaction humaine. Dans cet univers, la Norvège est coupable de ne pas lui avoir décerné le Nobel de la paix, et le Danemark pourrait être puni — pourquoi pas — par l’invasion militaire de l’un de ses territoires.

Essayons un instant d’imaginer les Américains forcer des Groenlandais, citoyens d’un allié de l’OTAN, à devenir Américains contre leur gré, au nom de quoi exactement ? D’un caprice présidentiel ? D’un ressentiment narcissique envers un comité norvégien ?

Depuis un an, les alliés des États-Unis cherchent désespérément une grille de lecture : isolationnisme, néo-impérialisme, populisme patrimonial… Peine perdue. Il n’y a pas de « doctrine Trump ». Il n’y a qu’un homme enfermé dans une bulle cognitive. Reste une dernière digue : le Congrès républicain. Les proches de Trump semblent trop corrompus ou trop affamés de pouvoir pour freiner ses fantasmes. Les élus, eux, savent. Ils savent que des années de diplomatie, des milliards de dollars d’échanges, des alliances en Europe, en Inde, au Japon ou en Australie sont menacés par une obsession présidentielle mal soignée. La question n’est plus de comprendre Trump. Une petite douzaine d’élus républicains a fait connaître leur opposition à ce projet. Tiendront-ils la distance face aux menaces à venir de Donald Trump.

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